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16.11.2016

Envoi n°276. Henri Michaux "Si on connaissait la sensation de base des autres..."

       

Si on connaissait la sensation de base des autres, on serait toujours à l’aise avec eux. Ils se tiennent en effet de préférence dans certaines parties de leur être, n’occupant pas également la totalité de leur corps, mais seulement quelques places et positions privilégiées. 

Cependant, même à eux, il leur manque de savoir, quoiqu’ils l’utilisent – aveuglément -, où est  leur centre, cette approximative base changeante, qui a ses habitudes, ses cycles, ses irrégularités, qui la rend quasi personnelle. Là où ils se retirent. Là d’où ils repartent pour irradier, centre mouvant peu sensiblement ou tout à fait insensiblement déplacé par des appels en relation avec des concentrations incessamment variant en silence dans un monde d’infimes se renforçant ou se freinant les uns les autres. Cette zone vague, mais forte, demeure assez particulière à chacun pour qu’un autre ne puisse la connaître, ni même la deviner, encore moins la ressentir. Propriété personnelle. 

Ah ! si on pouvait la trouver ! Les énigmatiques personnes d’en face, ce serait alors tout autre chose. Leur donner un conseil deviendrait valable. Ça le deviendra-t-il un jour ? Fini alors de jeter des bouteilles à la mer.

(p.32)

 Henri Michaux Poteaux d’angle nrf  Gallimard.1989.

 

(Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°37 : extraits de « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 : « En respirant » in « La Nuit remue » ; envoi n°275 « Ecce Homo »)

 

22:30 | Lien permanent | Françoise

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