15.01.2017
Feuille volante N°5. Pablo Neruda "Sonnet vingt-deuxième Que de fois..."
QUE DE FOIS, amour, t’ai-je aimée sans te voir, sans souvenir même,
sans reconnaître ton regard, sans te regarder, centauresse,
en des régions hostiles, et sous la brûlure du midi :
tu étais seulement le parfum des céréales que j’aime.
Peut-être en passant t’ai-je vue, imaginée levant un verre
à Angol, dans la lumière de la lune au mois de juin,
ou bien peut-être étais-tu la ceinture de cette guitare
dont j’ai joué dans les ténèbres et qui sonna, mer furieuse.
Je t’ai aimée, je ne l’ai pas su et j’ai cherché ta mémoire.
Maisons vides : lampe en main j’y entrai pour voler ton portrait.
Mais moi je savais déjà comment tu étais. Et tout d’un coup
Tu venais avec moi, je t’ai touchée et ma vie s’arrêta :
tu étais en face de moi, régnant en moi, et tu y règnes
comme un bûcher allumé dans les bois c’est le feu qui est ton royaume.
Sonnet Vingt-deuxième
CUANTAS veces, amor, te amé sin verte y tal vez sin recuerdo,
sin reconocer tu mirada, sin mirarte, centaura
en regiones contrarias, en un mediodiá quemante :
eras sólo el aroma de los cereales que amo.
Tal vez te vi, te supuse al pasar levantando una copa
en Angol, a la luz de la luna de Junio,
o eras tú la cintura de aquella guitarra
que toqué en las tinieblas y sonó como el mar desmedido.
Te amé sin que yo lo supiera, y busqué tu memoria.
En las casas vaciás entré con linterna a robar tu retrato.
Pero yo ya sabiá cómo era. De pronto
Mientras ibas commigo te toqué y se detuvo mi vida :
Frente a mis ojos estabas, reinándome, y reinas.
Como hoguera en los bosques el fuego es tu reino.
Pablo Neruda "La Centaine d'Amour /Cien Sonetos De Amor" . Le Club des Amis du Livre progressiste, collection Messidor. 1970.
18:16 | Lien permanent | Françoise

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