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15.04.2017

Feuille Volante N°7. Susan Abulhawa "Wala". Poème & vidéo offerts par L.C.

 Vidéo  http://poesie.pourlapalestine.be/poetes-dune-parole-essentielle/category/susan-abulhawa/poemes-textes-de-susan-abulhawa/

 

Wala

Il est 3 heures du matin

Dans la cage aux bestiaux

 

La file est longue

Et dense

De corps

 

Tu attends

 

Un sandwich au jibney (1)

Et au concombre

Dans un sac en plastique

Serré dans ta main calleuse d’ouvrier

 

Ta femme a préparé

Ton petit déjeuner et ton repas de midi

Elle était debout avant toi

Et ensemble vous avez dit

La salat d’avant l’aube (2)

 

Elle a embrassé ton visage et dit

Allah ma’ak ya habibi

Allah soit avec toi, mon amour

 

Tu embrasses les visages de tes petits qui dorment

Depuis des mois tu ne les as plus vus éveillés

Et tu te demandes

La voix de Walid a-t-elle déjà commencé à muer ?

Les hanches de Wijdad ont-elles commencé à s’élargir ?

Comment était le sourire de Suraya quand elle est rentrée à la maison avec son bulletin ?

 

Il est 4 heures du matin

Dans la cage aux bestiaux

 

Et toujours, tu attends

La file devant toi est si longue

Et maintenant, derrière toi, elle s’est encore allongée

 

Il y en a peu qui parlent

Vous êtes tellement serrés bon sang

Que vous vous maintenez debout les uns les autres

 

Tu vois ta propre fatigue

Reflétée dans la lassitude affleurant sur

Les visages tout autour de toi

 

Tu tournes la tête

Tu meurs d’envie de fumer

 

Mais qui diable peut se le permettre ?

 

Tu fixes les graffiti derrière les

Barreaux de fer qui t’enferment

Ils ont été écrits juste pour toi

Ecrits

Par des colons sionistes aspirant le souffle de tes poumons

 

Tu comprends le sens

De leurs mots anglais

« Crevez nègres des sables ! »

 

Parfois

Tu meurs d’envie de ça, aussi.

 

Il est 5 heures du matin

Dans la cage aux bestiaux

 

Les soldats arrivent

La file se desserre

Tu fais un pas en avant

Poussé par le poids des corps

Derrière toi

 

Ton sandwich au jibney

Et au concombre

Dans un sac de plastique

Est écrasé.

Il ne survit jamais.

 

Il est 7 heures du matin

Dans la cage aux bestiaux

 

Maintenant c’est ton tour

Tu sors tes papiers

Les déplie et les replie

Les yeux en berne

Le cœur en berne

Les chaussures en berne de tant de guigne

 

Mais

Tu es sorti de la file

Quinze hommes devant toi ont été mis sur le côté

Et tu a essayé de ne pas regarder

De ne pas entendre celui qui suppliait

Ne me frappez pas

 

Il est 7 h 30 du matin

Dans le bus aux bestiaux

 

Tu roules

Le pays qu’ils t’ont volé

Germe au-delà de ta vitre

Et tu imagines

L’homme que tu aurais été

L’homme que tu aurais dû être

Là juste dehors

À chevaucher le coursier de la famille

Les juments pur-sang que ton grand-père

Élevait et nourrissait et aimait

Dans une Palestine

Inviolée

Non volée

 

Il est 8 heures du matin

Tu descends du bus aux bestiaux

 

Ton sandwich écrasé au jibney

Et au concombre

Dans un sac en plastique

Dans une main

 

Les yeux en berne

Le cœur en berne

Tu déposes ta boîte à outils sur le sol pour frapper

À la porte de derrière du colon sioniste

Là où on va aider

 

Mais

 

Le contremaître du colon sioniste gueule

Wala

Mish hon el yom !

Pas aujourd’hui

Garçon !

 

Et tout ce que tu peux faire c’est remercier Allah que ta

Femme et tes petits ne soient pas

Là pour les entendre t’appeler

Wala

 

Poème de Susan Abulhawa « My Voice Sought the Wind – Ma voix cherchait le vent. » Just World Books, Charlottesville, Virginia). Traduction : JM Flémal

Note : (1) Jibney. Fromage à pâte molle. (2) Salat. Une des cinq prières de la journée

Vidéo  http://poesie.pourlapalestine.be/poetes-dune-parole-essentielle/category/susan-abulhawa/poemes-textes-de-susan-abulhawa/

N.B. :les "Feuilles Volantes" sont un espace ouvert , le 15 du mois, aux lecteurs qui offrent un poème en partage.

23:54 | Lien permanent | Françoise

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