19.04.2017
Envoi n°297. Maurice Chappaz "Ne tirez pas sur le pianiste".
Ne tirez pas sur le pianiste
Je ris pour ne pas pleurer.
Tous ces poèmes qui ne dureront pas sont des
giclées de printemps. De ces dix ou douze dernières
grandes nuits d’années. Le désespoir et le désir
avec leurs rémissions et leurs fraîcheurs m’ont
jeté toujours aux portes et aux routes dès qu’elle
s’éveille en moi cette terrible saison plus douloureuse qu’heureuse.
Mars passera derrière les granges, juin derrière
l’homme, avril, mai parmi les bêtes.
Je publie ce rien pour aller plus loin.
Il y a un soleil qui lèche la neige de ces soi-disant poèmes mais il y a aussi une grande neige
ni bleue ni blanche qui est la mort.
Or depuis qu’ils sont écrits, avant que je les donne aux inconnus, je suis atteint par ce qu’elle est, cette neige, par son avalanche soudaine, son abîme dans ma vie et une étrange lumière qu’elle apporte aussi.
Sarcastiques ou mystiques ces coups de griffes, ces mots fragiles, à l’exception d’un ou deux surgis en les aiguisant, ne sont plus semblables à ce que je vis qui se précise sur un seul être disparu aux yeux. Je quitte ces textes sans en renier aucun. Si pressé ! Je n’ai pas livré l’essentiel. Pattes d’oiseau sur un névé où il y a eu un envol.
Nouvel an 1983.
Maurice Chappaz « A rire et à mourir. L’été très bleu ». Dessins de Gérard de Palézieux. Fata Morgana.2006.
20:00 | Lien permanent | Françoise

Les commentaires sont fermés.