02.08.2017
Envoi n°312. Michel Baglin : extrait de "Le chant des migrants".
3.
C’était au début du XX° siècle, Concheta fuyait à Vintimille les olives et le pain sec de sa Calabre. Aujourd’hui c’est Linda la Congolaise, qui a subi trente-trois jours de viols et de tortures avant de s’évader, et qui arrive en France. « Je reprends mes sourires », dit-elle.
Monica, elle, ne les reprend pas : un mariage lui a fait quitter sa Roumanie, ce qu’elle estime avoir été une vie ni riche ni pauvre, très belle pourtant ; et dans cette transplantation, comme beaucoup d’autres, c’est elle-même qu’elle a perdue.
Quand on regarde Mouna dans les yeux, on voit plein de tristesse : cela la dérange, et lui fait baisser la tête, par pudeur, raconte-telle. Alors qu’elle n’a rien à se reprocher, Mouna, seulement de s’être sauvée, au propre comme au figuré, devant l’homme qu’on voulait lui imposer. Seulement d’avoir choisi la dignité au prix de la solitude et de l’exil. Seulement d’avoir laissé ses chances à l’amour.
Voilà, ils sont de tous les continents et de toutes les douleurs. Ces voyageurs-là n’ont pas rêvé l’ailleurs. Ils l’ont subi.
Michel Baglin Le chant des migrants* in Un présent qui s’absente. Editions Bruno Doucey. 2013.
*Les textes qui suivent ont été inspirés par un travail effectué avec des personnes en apprentissage ou réapprentissage de la langue et avec le clap Midi-Pyrénées, travail qui a fait l’objet de la publication d’un recueil collectif, « Les mots de l’exil en mémoire » (Editions Privat, 2007).
12:08 | Lien permanent | Françoise

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