20.09.2017
Envoi n°319. Fadwa Souleimane "Je vis dans deux époques..."
Je vis dans deux époques
Je leur adresse mes courriers
En deux langues
Je ne suis pas encore entrée dans leurs villes
Je n’ai pas bu le miel de la première le soufisme
Ni le vin de la deuxième la poésie
Leur musique ne m’a pas bouleversée
Au point d’unir luth et guitare
Pour que naisse le violon
Ses cordes connaissent le secret du retour
De tous vers l’arbre
Mon calame vogue sans fin
*
Qui a choisi qui ?
Ai-je choisi le chemin ou m’a-t-il choisie ?
Je ne me souviens que de l’instant du rêve
Après il n’y eut plus que du sang
*
Ici et là j’ai perdu mon visage
Ici et là j’ai oublié ma voix
Ici et là mon identité s’est égarée
Ici et là mon nom est tombé
Aucune différence entre cet ici et ce là
Là nous avons tout perdu
Et ici nous ne retrouverons rien
*
Nous avons décidé de changer la langue et de pétrir
ses lettres dans l’eau de l’éternité.
Fadwa Souleimane Poèmes inédits extraits de « Pour que je range ce qui reste de ces ruines ».
Traduction de l’arabe (Syrie) Lionel Donnadieu, in « Revue Décharge » N° 174,
Juin 2017, pages 92-93.
"Vous prendrez bien un poème ?" fait une pause : rendez-vous le mercredi 4 octobre !
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13.09.2017
Envoi n°318. Fadwa Souleimane, extraits de "Genèse".
GENESE
(…)
pluie sur pluie
argile sur argile
et ma grand-mère qui tricote son récit
avec un fil de soleil
et un fil de lune
moulant ses mots
dans le moulin du vent
et les répandant
comme des étoiles
(…)
pluie sur pluie
argile sur argile
elle inclina sa nuque au vent
et son buste devant le tronc d’un arbre mûr
ses genoux elle les plia devant les cailloux
et son front elle l’abaissa devant la terre
elle offrit ses doigts aux abeilles
ses dents à la vérité
ses chansons aux roseaux
et ses pieds aux racines
elle donna son sang pour la noce du pollen
et laissa tomber sa chevelure sur le récit
Fadwa Souleimane « A la pleine lune. Poésie ». Traduction de l’arabe (Syrie) par Nabil El Azan, pages 32, 58 Editions Le Soupirail, 2016.
22:35 | Lien permanent |
06.09.2017
Envoi n°317. Josette Ségura : "Ils pleurent devant les pots de basilic..."
Ils pleurent devant les pots de basilic,
nous allons partir pour un long voyage en 4CV,
je ne sais plus si je pleurais, ma mère, oui,
ma grand-mère me regarde toujours derrière ses larmes,
mon grand-père avec son mouchoir à carreaux,
le jour se levait comme lorsque nous partions à l’Océan,
on achetait des croissants chauds,
ce voyage sera bien plus long,
plusieurs jours pour arriver en France,
l’émotion quand je vis ce nom à la frontière,
je n’avais que cette image de pommes rouges dans
l’herbe verte au pied des vaches,
de mon livre de géographie.
*****
Vivre, dire, mine de rien,
comme si cette façon pouvait donner le ton juste,
sans bruit, comme il faudra passer ici,
souvent à la recherche d’une légèreté, d’une brise
quand les tracas troublent la paix
avec laquelle pourtant nous allions.
*****
Josette Ségura, extraits de « Jours avec ». Poèmes. Editions éditinter. 2017.
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