23.05.2018
Envoi n°347. Marilyne Bertoncini "Ici tout en bas de la falaise..."
Ici
tout en bas de la falaise
le noir granit creuse une vasque si profonde qu’à
marée basse on y entre
à mi-corps
Entre deux roches se cachent les tourteaux
aux carapaces vernissées
de transparentes chevrettes
les mouvantes anémones
et la fine dentelle des laminaires
sur l’écran de l’eau
Flottants comme ces algues entre deux profondeurs
tendant leurs rets doux et luisants dont la main ne saisit
que fuite coulissante
les lieux m’échappent
Pour ceux qui entrent
dans les mêmes fleuves
autres et autres coulent les eaux
et des âmes aussi s’exhalent
des substances humides[1]
Marilyne Bertoncini « La dernière œuvre de Phidias[2] ». Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI. Lyon. 2017, pages 19 & 20.
[1] « Les citations en italique alignées à droite sont extraites de « L’Odyssée », dans la traduction de Victor Bérard, Les Belles Lettres, Paris, 1924, et des « Fragments » d’Héraclite dans « Les Présocratiques », traduction P. Dumont, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1988. » page 33.
[2] « De Phidias, fils de Charmidés, ainsi qu’il avait signé sur le socle d’une statue à Athènes, au V° siècle avant J-C, on ignore presque tout.(…) Le mot « exil » a sans doute fait naître dans mon imaginaire l’idée qu’il finit sa vie dans l’île de Lemnos, attaché à chercher jusqu’à la fin, dans les veines des marbres bruts, le visage des dieux.» (4ème de couverture).
18:24 | Lien permanent | Françoise

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