27.06.2018
Envoi n°352. Pierre Dhainaut "Renouvellement des présages".
RENOUVELLEMENT DES PRÉSAGES
Très tard, la chambre étroite, le corps captif,
tu ne te plaindrais pas d’être las, de te taire,
de ne pouvoir aller plus loin, tu comprendrais
que rien ne s’interrompt tant que les souffles
ont le libre passage : avant de t’endormir
choisis un de ces mots errants
dont la mémoire est pleine, prononce-le
comme en t’adressant à des morts,
que la nuit soit ingrate ou généreuse,
as-tu le choix ? ce sera ton offrande.
Par exemple « origine », à peine
le reconnais-tu, pourquoi, tu l’ignores,
tu voudrais soulever chaque syllabe
comme on découvre un chemin pas à pas,
tu ne vas pas au-delà de la première : dehors,
dit-elle, dehors, l’écho répond à ta question,
laisse-le donc t’élargir, te conduire
jusqu’à ce que tes yeux se ferment,
mais non les lèvres prévenantes, l’horizon,
l’origine, la nuit, ne feront qu’un.
(…)
Pierre DHAINAUT in « Poésie naissante. Une anthologie contemporaine inédite » Textes rassemblés par Mathieu Hilfiger. Editions Le Bateau Fantôme. 2017.
Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°18, 19, 61, 62, 139, 193, 195, 231, 232, 351. http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/apps/search?s=Pierre+Dhainaut
12:18 | Lien permanent | Françoise
21.06.2018
Envoi n°351. Pierre Dhainaut "Très tard, la chambre étroite, ..."
RENOUVELLEMENT DES PRESAGES
Très tard, la chambre étroite, le corps captif,
tu ne te plaindrais pas d’être las, de te taire,
de ne pouvoir aller plus loin, tu comprendrais
que rien ne s’interrompt tant que les souffles
ont le libre passage : avant de t’endormir
choisis un de ces mots errants
dont la mémoire est pleine, prononce-le
comme en t’adressant à des morts,
que la nuit soit ingrate ou généreuse,
as-tu le choix ? ce sera ton offrande.
Pierre DHAINAUT in « Poésie naissante. Une anthologie contemporaine inédite » Textes rassemblés par Mathieu Hilfiger. Editions Le Bateau Fantôme. 2017.
Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°18, 19, 61, 62, 139, 193, 195, 231, 232. http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/apps/search?s=Pierre+Dhainaut
ard,
20:04 | Lien permanent | Françoise
13.06.2018
Envoi n°350. Fernando Pessoa. "Le gardeur de troupeaux". XXV
Le gardeur de troupeaux
XXV
Les bulles de savon que cet enfant
s’amuse à tirer d’un chalumeau
sont dans leur translucidité toute une philosophie.
Claires, inutiles et transitoires comme la Nature,
amies des yeux comme les choses,
elles sont ce qu’elles sont,
avec une précision rondelette et aérienne,
et nul, pas même l’enfant qui les abandonne,
ne prétend qu’elles sont plus que ce qu’elles paraissent.
Certaines se voient à peine dans l’air lumineux.
Elles sont comme la brise qui passe et qui touche à peine les fleurs
et dont nous savons qu’elle passe, simplement
parce que quelque chose en nous s’allège
et accepte tout plus nettement.
(…)
Fernando Pessoa (1888-1935) « Le Gardeur de troupeaux » (extraits) Gallimard, coll. « Poésie », Paris 1987(traduit du portugais par Armand Guibert) in « D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du XX° siècle choisis par Philippe Jaccottet. » Editions La Dogana. 2005.
17:08 | Lien permanent | Françoise
