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30.05.2018

Envoi n°348. Laurent Deheppe "Papier millimétré".

Papier millimétré

 

Je vais bien, ou quelque chose comme ça. A dire vrai j’ai une doublure. Elle travaille à ma place, fait la queue dans les supermarchés, tombe en panne de voiture…, tandis que moi j’arrive pour les couchers de soleil, les nuits d’amour et la senteur des roses.

 

A l’occasion d’une côte cassée, un toubib un peu idiot m’a fait passer un électrocardiogramme. D’où ces trois vers, notés le soir même sur le papier millimétré :

Par minute soixante-et-une

pulsations sur le charleston

un cœur qui bat – grandiose

 

Je lis toujours beaucoup, ce qui laisse peu de temps pour écrire. Qu’importe, les livres sont faits pour être lus et non pour être écrits. Et puis comment se faire entendre au milieu du vacarme ?

 

Le reste est plus abstrait. Je pense à toi qui à présent réside hors gel. Au drapeau à sept couleurs du ciel, que des anges facétieux déploient pour les rêveurs. Ici-bas l’enfer n’a qu’une saison et elle a la taille d’une carte bancaire.

 

 Laurent DEHEPPE, revue « Décharge » n°177. Jacques Morin, association Les Palefrenier du rêve, 

4, rue de la Boucherie, 89240 Egleny. http://www.dechargelarevue.com

17:44 | Lien permanent | Françoise

23.05.2018

Envoi n°347. Marilyne Bertoncini "Ici tout en bas de la falaise..."

Ici

tout en bas de la falaise

le noir granit creuse une vasque si profonde qu’à

marée basse on y entre

à mi-corps

 

Entre deux roches se cachent les tourteaux

aux carapaces vernissées

de transparentes chevrettes

les mouvantes anémones

et la fine dentelle des laminaires

sur l’écran de l’eau

 

Flottants comme ces algues entre deux profondeurs

tendant leurs rets doux et luisants dont la main ne saisit

que fuite coulissante

 

les lieux m’échappent

 

                                                                        Pour ceux qui entrent

                                                                       dans les mêmes fleuves

                                                           autres et autres coulent les eaux

                                                               et des âmes aussi s’exhalent

                                                                        des substances humides[1]

 

 

Marilyne Bertoncini « La dernière œuvre de Phidias[2] ». Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI. Lyon. 2017, pages 19 & 20.

 

[1]   « Les citations en italique alignées à droite sont extraites de « L’Odyssée », dans la traduction de Victor Bérard, Les Belles Lettres, Paris, 1924, et des « Fragments » d’Héraclite dans « Les Présocratiques », traduction P. Dumont, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1988. » page 33.

[2]   « De Phidias, fils de Charmidés, ainsi qu’il avait signé sur le socle d’une statue à Athènes, au V° siècle avant J-C, on ignore presque tout.(…) Le mot « exil » a sans doute fait naître dans mon imaginaire l’idée qu’il finit sa vie dans l’île de Lemnos, attaché à chercher jusqu’à la fin, dans les veines des marbres bruts, le visage des dieux.» (4ème de couverture).

18:24 | Lien permanent | Françoise

16.05.2018

Envoi n°346. Marilyne Bertoncini "Phi-dias... La chaîne des lettres à mot comptés..."

Phi-dias[1]

dans l’îlot clair découpé par la lampe

au creux de la ténèbre où ma pensée te cherche

Je trace     la caresse

de ton nom

 (…)

La chaîne des lettres

à mots comptés t’amène à moi

 

Tu froisses la soie tiède de l’immense joue bleue

du crépuscule

bruissante encore de cigales

dans les tamaris roses

vers le surplomb rocheux de l’étroite

falaise

 

Du large

comme un fantôme

l’île est un frémissant navire

 

bateau des Phéaciens pétrifiés dans la rade

 

Le croiseur, arrivant du large, était tout proche ;

il passait en vitesse :

l’Ebranleur de la terre fit un pas,

étendit la main et, le frappant,

l’enracina au fond des eaux

comme un rocher.[2]

Marilyne Bertoncini « La dernière œuvre de Phidias ». Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI. Lyon. 2017, pages 5, 8 &9.

 

[1] « De Phidias, fils de Charmidés, ainsi qu’il avait signé sur le socle d’une statue à Athènes, au V° siècle avant J-C, on ignore presque tout.(…) Le mot « exil » a sans doute fait naître dans mon imaginaire l’idée qu’il finit sa vie dans l’île de Lemnos, attaché à chercher jusqu’à la fin, dans les veines des marbres bruts, le visage des dieux.» (4ème de couverture).

[2] « Les citations en italique alignées à droite sont extraites de « L’Odyssée », dans la traduction de Victor Bérard, Les Belles Lettres, Paris, 1924, et des « Fragments » d’Héraclite dans « Les Présocratiques », traduction P. Dumont, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1988. » page 33.

 

18:25 | Lien permanent | Françoise