24.06.2020
Envoi n°438. Vénus Khoury-Ghata "Le râteau dans une main..."
Le râteau dans une main
le crayon dans l'autre
je dessine un parterre
écris une fleur à un pétale
désherbe un poème écrit entre veille et sommeil
je fais la guerre aux limaces et aux adjectifs adipeux
le chiendent acrimonieux pousse sur mes draps
les mots récalcitrants se prolongent jusqu'à mon jardin
je sarcle
élague
arrache
replante dans mes rêves
le matin me trouve aussi épuisée qu’un champ labouré par une
herse rouillée
le rêve seul moyen de locomotion pour atteindre ma mère qui
habite le dessous
Elle se disait la mère de tous ceux qui savent dessiner une maison
c'est pour eux qu’elle trayait la lune
qu'elle conservait son lait dans une jarre femelle
loin du soleil qui avait mangé ses deux fenêtres
et roté une écharde sur son seuil
Assis sur le même seuil
les mots de ma langue maternelle me saluent de la main
je les déplace avec lenteur comme elle le faisait de ses ustensiles
de cuisine
marmite écuelle louche bassine ont voyagé de mains en mains
quels mots évoquent les migrations d’hommes et de femmes
fuyant génocides sécheresse faim
enfants et volailles serrés dans le même balluchon parlaient-ils
l’araméen caillouteux
l'arabe houleux des tribus belliqueuses
ou la langue tintant telles billes de verre dans nos poches d’enfants
Vénus KHOURY-GHATA ORTIES, dessins Diane de Bournazel
Al Manar Éditions Alain Gorius, 2011
* Vénus Khoury-Ghata dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°32
« La surface d'un automne » ; envoi n°437 « Son feu n’a pas de toit… ».
23:09 | Lien permanent | Françoise
17.06.2020
Envoi n°437. Vénus Khoury-Ghata "Son feu n 'a pas de toit..."
Son feu n’a pas de toit
ses flammes n’ont pas de jupe
la bassine sur sa terrasse recueille le sang noir des étoiles égorgées
sa voix est rouge par temps de compromissions et de tempêtes
grise lorsqu’elle appelle les enfants qu’elle n’a pas eus
elle leur apprend les petits pois de l’addition
les cerises de l’alphabet
les bonbons acidulés de la grammaire
à se méfier du brouillard qui ne salue pas les paillassons
de l’air silence en mouvement
de l’eau souterraine
sueur secrète de la terre étalée au grand jour
Vénus Khoury-Ghata Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France (2004),in revue Poésie /première numéro 65. 2016. www.poesiepremiere.fr
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- Vénus Khoury-Ghata dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°32 « La surface d’un automne ».
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23:32 | Lien permanent | Françoise
03.06.2020
Envoi n°435. Jean Joubert "La rose momifiée".
La rose momifiée
Lorsqu’on ouvrit le tombeau
dans une terre antique et noire
on trouva sur le sein
de la jeune femme embaumée
une rose
une rose rouge figée,
momie de rose, sans parfum
cueillie jadis dans un jardin de rêve
parmi ses sœurs fugitives
et devenue immortelle,
compagne d’une immortelle.
La jeune femme nous contemple
de ses yeux d’obsidienne.
Elle sourit de la blancheur de ses os.
Sa main menue désigne
la fleur miraculée
comme une offrande,
l’esquisse d’un baiser.
Jean JOUBERT Terre d’exil. 2013. Editions La Porte.
Jean Joubert dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envoi n°29 "Une trêve en plein été" ;
envoi n°30 "Le Cheval" ; envoi n°70 "La Colline" ; envoi n°71 "Le Chemin" ; envoi
n°235 : "Le Cerf" ; envoi n°236 "Effet de soleil" ; envoi n°434 « L’exil ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
11:36 | Lien permanent | Françoise
