28.10.2020
Envoi n°456. Marilyne BERTONCINI :"La Noyée d'Onagawa".
C’était en mars – les cerisiers n’étaient pas encore en fleur
mais les bourgeons sans doute gonflaient
dans leur gaine de soie,
préparant la joyeuse explosion du sakura
dans les parcs et les jardins.
Autour des sanctuaires, toujours dans la grisaille
de l’humeur hivernale
qui fait strider les cordes du vent,
les daims peut-être découvraient les premières tiges
pâles sous la neige
qui se craquèle
aux abords des fontaines où sommeillent les carpes.
Y a-t-il de la neige encore sur la carapace des monts couchés,
dragons hérissés des pointes sombres des pins ?
Dans la cour des écoles, sinueuse traîne de cerfs-volants
l’écharpe des enfants voltigeait dans leur course.
La scintillante buée de leur haleine esquissait
de légers spectres
dans la fine brume côtière de fin d’hiver
et leurs cris appelaient celui des hirondelles.
Le ciel molletonné
est vide encore du triangle des grues dans leur vol printanier
et répercute comme étouffée la rumeur de la ville.
On pressentait dans l’air peut-être le parfum des fleurs,
et l’attente rose des pétales fleurissait les nuages
teintant le ciel où bientôt ils flotteraient
comme des millions de papillons
au-dessus d’Onagawa.
Marilyne Bertoncini La noyée d’Onagawa. Préface de Xavier Bordes.
Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI n°58. Janvier 2020.
14:32 | Lien permanent | Françoise

Les commentaires sont fermés.