28.10.2020
Envoi n°457. Marilyne BERTONCINI: "La Noyée d'Onagawa".
A Onagawa, elle avait tapé sur son portable :
« Tsunami énorme » -
Ce furent sans doute les derniers mots de la femme de Yasuo,
Quelques signes d’un message
sans voix
sans corps.
(…)
Réfugiée sur le toit d’une banque d’Onagawa,
sa femme Yuko aurait à peine le temps de voir se dresser
l’immense muraille ruisselante –
près de vingt mètres de terreur avançant au galop
des juments de Diomède et de Glaukos,
dévorant tout sur leur passage.
Elle est raflée,
comme un poisson,
fauchée, désarticulée, ensevelie
dans le pesant linceul de l’eau en furie
qui brasse les choses et les corps comme une pâte unique,
et qui rejettera son portable comme on crache
un pépin.
Pas un cri ne s’entend dans le fracas des choses
qui s’écroulent. La mer déferle en hennissant
et ses crinières sont des langues,
lanières, tentacules
qui happent, frappent, emportent,
sans pitié dans l’écume échevelée : les arbres fouettés
entraînent dans leurs racines les bateaux remontés de la mer
qui traversent des ponts où s’écroulent des pans
d’immeubles, des silhouettes tombent, les voitures se cabrent
et flottent follement sur la crête de l’eau
qui les rabat soudain d’une gifle liquide
vers sa bouche de nuit
comme un monstre dévore
sa pitance.
(…)
Marilyne Bertoncini La noyée d’Onagawa. Rêverie poétique inspirée d’une dépêche de l’A.F.P. Préface de Xavier Bordes. Jacques André éditeur. Coll. Poésie XXI, janvier 2020.
En exergue : « Nothing left but their name »
Laurie Anderson, Life on a string
14:34 | Lien permanent | Françoise

Les commentaires sont fermés.