08.12.2021
Envoi n°505. En hommage à Odile Caradec "Voeux pour une mise en bière" & autres poèmes.
Vœux pour une mise en bière
Je veux des musiciens
je veux des poètes
beaucoup de bruit et de fureur
des clowns sur les tombes ouvertes
des alléluias, des trompettes
Item je veux que l’on me mette
en violoncelle
ma bière aux hanches fines
qui tant chanta contre mon ventre
ensuite en bonne douce terre
Item je veux des papillons
un cortège de potirons
avec des lumières dedans
Item afin que nul n’oublie
les joyeusetés de la vie
fifres, tambours
et le bruit sourd
que fait la terre
en digérant un corps fidèle
Odile Caradec (5 février 1925-22 septembre 2021)
https://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2011/08/odile-caradec-une-libre-po%C3%A9sie.html
J’ai retenu pas à pas la merveilleuse poitrine
du silence.
Le poème à écrire se déplace sur la page
avec la circonspection d’une coccinelle
évitant l’obstacle invisible
Il sinue, il hoquette, on le voudrait finir
et le polir avec la peau de ses deux paumes
Or dis-toi bien ceci : tout poème terminé
(l’est-il jamais)
ne vaut pas le formidable braiement de l’âne
Quant à mon âme, elle apprend doucement
à striduler avec tous les criquets
tous les grillons, toutes les cigales du monde
Lancer un poème dans le noir
dans la douceur térébrante du noir
avec un sabre de lumière
Adapter sa cervelle à l’incertain
au titubant, aux flocons sombres
Courir au plus pressé, au plus urgent
Désapprendre le monotone
l’implacable vent des minutes
Un poème non terminé est enroulé
sur ma machine et la bloque
Sur le papier caché il y a peut-être
des mots-étoiles, des mots-trous-noirs
des mots qui pourraient me projeter
hors de la planète terre
et engloutir mon âme passagère
en attendant la descente en piqué
de la cape sombre, taiseuse et sourde
Odile Caradec La poésie au crépuscule pp.73, 74, 75 in Le Ciel, Le Coeur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.
Chant de la nuit : échos glacés dans la fraîcheur lunaire
Li Shang-Yin
C’est en profonde nuit
qu’on y voir le plus clair dans les poèmes
En transparence comme les yeux des tigres
ils sont phosphorescents
Ce sont grains de raisin
grappes vives et fortes
à faire glisser sans heurts
dans les gosiers les plus secs
les plus roides
Sur les cœurs noirs, sur les âmes grises
le poème déroule son ombre cristalline
Il fait entrer son silence
sa blancheur et sa force
dans les êtres cadenassés.
Odile Caradec Clair miroir du cœur, reflet infini p.101 in Le Ciel, Le Cœur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.
PETIT CŒUR DORE
Une mésange est entrée chez moi
affolée, minuscule
poids plume de mon cœur
J’ouvre toutes les fenêtres
je donne de l’air
et je vois s’élancer un bleu
un jaune, un vert
un arlequin de plumes
finalement un petit cœur doré
Odile Caradec Une rose, l’infini s’empare du train p.241 in Le Ciel, Le Cœur/Der Himmel, Das Herz, édition bilingue, adaptation en allemand Rüdiger Fischer, Illustrations Claudine Goux, 2011.
18:42 | Lien permanent | Françoise

Les commentaires sont fermés.