13.09.2023
Envoi n°585. Claude CAILLEAU "Crépuscules"
D’albâtre
la mousse immaculée d’un nuage
(1)
flottante figée
naufrage le souvenir
p.13
(1) ... allongés dans l’herbe haute du Pré Ballant, au retour de l’école (ils ont 11 ans, je crois ; dix, peut-être) Dans l’herbe qui sent bon le soleil et la liberté. Fixant les nuages qui floconnent très haut, ils jouent à se laisser tomber dans le ciel, jusqu’au vertige. Impression d’une chute qui ne cessera jamais. Comment arrêter cette plongée dans l’infini du ciel ? Il ne voit que le vide qui l’aspire. Va-t-il mourir là, emporté dans l’espace ? Il crie sa peur. Elle rit. Ce ne sont que des enfants. Il lèche sur le bras de la fille la sueur de l’été. Tu te rappelles, nous deux, couchés, à moitié nus, au soleil, sur la terre craquelée... C’est maintenant que je m’en étonne...
p.47 Écrits en marge du poème (fragments)
telle vaine
la pierre appelant l’autrefois (2)
sur les chemins du temps
dans la béante profondeur
des mémoires ensevelies
et vers
(prolongeant la parole
du sage)
p.14
(2) Souvigné-sur-Sarthe. 2001 ou 2002. Le petit chemin creux descend vers la rivière. Un sentier, plutôt, entre les haies bavardes de l’été. Et là, soudain, ce caillou lissé par l’attente, brun vert dans la poussière. Il se baisse... Dans sa main, la pierre où gît le temps prisonnier, c’est un peu la mémoire de l’éternité. En elle, quelque chose bat, le pouls secret d’une démesure, à la faille du temps qui fuit. Au-delà, le mystère de l’inabordable...
p.47 Écrits en marge du poème (fragments)
un futur reposé serein
au fond de l’oubliette
si
n’y prenant garde revenu de l’ailleurs
quand
dans le jour qui ouvre
ses pages d’épouvante (3)
p.15
(3) 1942. Il a 6 ans. La nuit, dans la cour obscurcie par la guerre, des esprits aux pouvoirs maléfiques errent, il le sait, en quête de victimes. Il sort, tremblant de courage. Qu’y a-t-il derrière la nuit ? Qu’entend-on par-delà ce silence qui crie si fort à son oreille ? Il n’a que 6 ans. Petit, encore. Sera-t-il grand un jour ? Vieux, barbu de blanc, serein, ayant vaincu les démons des ténèbres... avant la grande nuit de la mort ? Un autre jour... Demain, dit-il. Que sait-il du futur, de l’homme qu’il deviendra, qui s’éveille sous la pluie ?
p.48
Ø
Pour redire, plus simplement...
La mousse immaculée d’un nuage naufrage le souvenir si l’on relit ces pages, attiré toujours par le fleuve, l’image des roseaux, les eaux douces à pleurer ; que si l’on écoute, gravée sur le manuscrit du temps, sur le passé, dans le grand vide du jour, poindre une panique inexplicable lorsque l’être se pense à-demi, économisant l’heure – oui, naufragé, le souvenir, avances-tu, Poète ; lors, de te demander qui se souviendra, parcourant une vie enchâssée dans un miroir sans tain – peut-être ayant laissé venir le vent dans la venelle – et si une dernière fois tu dois redire (pour personne) la vieille solitude qui tenaille – Poète, vieux rêveur – alors qu’une enfance s’agite dans les abîmes de l’Image.
p.43
Pour redire encore...
La mousse immaculée d’un nuage naufrage le souvenir si l’on relit ces pages, que si l’on écoute poindre une panique inexplicable lorsque l’être se pense – oui, naufragé, le souvenir, avances-tu, Poète ; lors de te demander qui se souviendra et si une dernière fois tu dois redire la vieille solitude alors qu’une enfance s’agite dans les abîmes de l’Image.
Redire enfin...
La mousse d’un nuage naufrage le souvenir si l’on relit ces pages, que si l’on écoute poindre une panique inexplicable ; lors de te demander si tu dois relire la vieille solitude alors qu’une enfance s’agite dans les abîmes de l’Image.
p.44
Cl. C.
Claude CAILLEAU Crépuscules, couverture de Louis Hubert. Le Semainier, éditions du Petit Pavé, 2023 BP 176 Brissac Quincé 49320 Saint-Jean des Mauvrets
15:13 | Lien permanent | Françoise

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