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01.11.2023

Envoi n°592. Kimberly BLAESER "De l'ascension des pétroglyphes"

DE L’ASCENSION DES PéTROGLYPHES*

*Dans la tradition anishinaabe (comme pour d’autres cultures Indiennes d’Amérique), la quête de vision constituait un point d’orgue dans une vie humaine. Après un jeûne de 4 à 5 jours (ou dans un rêve nocturne), le « rêveur » recevait une vision, vision qui était gravée ou sculptée dans la pierre : rochers, falaises. Il s’agissait souvent de personnages ou d’entités spirituelles. Les sites choisis pour graver les visions, ces pétroglyphes donc, sont des lieux qui marquent un paysage où la connivence nature-esprit humain est remarquable. De ce fait, il prend une dimension sacrée. De nos jours les quêtes de vision sont encore pratiquées, mais les modalités ont été adaptées aux nouveaux modes et lieux de vie. Dans l’état du Michigan il existe un parc (Sanilac Petroglyphs Historic State Park) connu sous le nom d’ezhibiigadek asin, soit « écrit sur la pierre » en anishinaabemowin. Il s’agit de la collection la plus importante de pétroglyphes gravés et sculptés à l’époque précolombienne. Ils enseignent et représentent les divers aspects de la spiritualité des Indiens d’Amérique originaires de cette région. Les quêtes de vision quant à elles permettaient aux « rêveurs » de se trouver une identité, une mission, une place dans la communauté. Pour contourner l’interdit d’en parler, il y avait cet acte de graver et de sculpter les pierres qui donnait alors une dimension de promesse, de vœu à respecter solennellement.

I

(...)

II

Non, restons suspendues ici, lambinons

à la recherche d’un moment ambré pendant que les notes scintillent

doucement capturées dans les chants de la flûte incrustée de turquoises –

la partition d’un passé que nous annotons ensemble.

Toujours pas de mots murmurés au-delà de ces images des ancêtres

restées intactes, peintes sur le rocher : soleil, oiseau, chasseur.

Traits spirituels qui nous soudentcuivrent à un infini.

Endurance. Tes jambes ballantes. Les miennes.

Avant le plancher de notre devenir.

Il se pourrait que même les poètes doivent apprendre le silence,

cette innocence, cet espace avant que de parler.

 

 Kimberly BLAESER (membre de la communauté Anishinaabe (Ojibwé), poète, universitaire) in Revue Décharge 199extraits de Résister en dansant, éditions des Lisières, traduction de Béatrice Machet, édition bilingue, 2020. 

https://www.dechargelarevue.com/Decharge-no-199.html 

https://www.editionsdeslisieres.com/les_livres.html

 

 

 

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