15.11.2023
Envoi n°594. André Duprat "La nuit d'étang".
Devant l’abri muse, étang sous cieux comme on est sous tutelle, je glisse vers une contemplation, propre au regard songeur ; des vagues somnolentes - rocking-chair des yeux - distillent un confort d’âme, à nul autre pareil... Le clapot - pouls de peu -caresse l’inconscient dans un savant repos. De cette berceuse natale, je suis ami, aussi client. Le passé et l’avenir pareils à des inséparables se posent comme un présent. Et l’onde ondulante m’embarque sur la chaloupe des passages...
(...)
Étang, je te tutoie comme l’ami de la famille. Autrefois, cette pièce d’eau semblait servir de pas de porte, de prolongations ménagères, d’enceinte des nues, aujourd’hui elle s’identifie, s’intensifie comme une vie intérieure...
Si la contemplation fourmille des attentes qu’elle désire transformer en lendemains, son bilan chavire aussi vite que sa mise à l’eau. En surface, une auto hypnose développe un nuancier à l’usage de chacun : le jour fait sa nuit...
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L’étang n’a pas l’ampleur à offrir en partage, il a plus grand : le mystère abordé par l’aperçu et bordé par l’ombre portée des œillères, l’intime au feu de bois dans le soleil oblique de l’automne, la bruine pénétrant dans le paletot massif du solitaire et les secrets murmures des reflets admis en poésie. Ainsi soit-il du premier souffle comme du dernier... Tout est moi dans cet étang jonché de notes mortes. Tout est moi : le moindre et la sensation possible.
André DUPRAT La nuit d’étang, éditions Henry, collection La main aux poètes, 2018, pages 5, 9 et 10.
*André DUPRAT dans « Vous prendrez bien un poème ? » : feuille volante du 16/06/2022 : « Un lieudit de ce monde », Editions Océanes 2002 ; envoi n°536 : extrait de « L’étang unique », éditions Apeiron 2012 ; envoi n°537& 593 : extraits de « La Partance revenue » in « La nuit d’étang », éditions Henry 2018 ; envoi n°594 : extraits de « La nuit d’étang », éditions Henry 2018.
22:56 | Lien permanent | Françoise

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