14.02.2024
Envoi n°603. LI PO "Libation solitaire au clair de lune" (Nouvel An lunaire)
LIBATION SOLITAIRE AU CLAIR DE LUNE
Parmi les fleurs un pot de vin :
Je bois tout seul sans un ami.
Levant ma coupe, je convie le clair de lune ;
Voici mon ombre devant moi : nous sommes trois.
La lune, hélas, ne sait pas boire ;
Et l’ombre en vain me suit.
Compagnes d’un instant, ô vous, la lune et l’ombre !
Par de joyeux ébats, faisons fête au printemps !
Quand je chante, la lune indolente musarde ;
Quand je danse, mon ombre égarée se déforme.
Tant que nous veillerons, ensemble égayons-nous ;
Et, l’ivresse venue, que chacun s’en retourne.
Que dure à tout jamais notre liaison sans âme :
Retrouvons-nous sur la lointaine Voie Lactée !
Traductrice : Tch’en Yen-hia, lectrice à l’Université de Paris.
Rv. : Jean-Pierre Diény, agrégé de l’Université, attaché au C.N.R.S.
« Libations solitaires ou collectives au clair de lune : c’est un thème traditionnel que Li Po renouvelle avec esprit dans ce « poème à chanter » (yue-fou). Le buveur découvre à ses côtés deux compagnons « sans âme » (littéralement « privés de sentiment », une expression que les poètes emploient souvent, avec tristesse, à propos de la nature). On reconnaît la marque de Li Po dans l’ambiguïté du ton, à la fois gai, exubérant et mélancolique. »
LI PO (701-762), Poèmes des T’ANG (618-907), Anthologie de la poésie chinoise classique, sous la direction de Paul Demiéville, nrf, Poésie/Gallimard, 2017, p.252.
*LI PO dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°34 : Gil Jouanard « Peut - être Li Po a-t-il raison... » in « La veine ouverte », revue Poètes de SUD Éditions Rijois, 1978 ; envoi n°560 : Li Po « complainte du perron de jade », extrait de LI PO, l’immortel banni : « buvant seul sous la lune », éditions Moundarren, 1999, p. 106
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