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01.05.2024

Envoi n°614. Cécile Oumhani "Feuilles de thé"

 Feuilles de thé

 

Les grands jours ma mère

sortait sa dînette de poupée

et nous jouions avec

 

je contemplais

petits bols et assiettes de cuivre

 

ils roulaient, tintaient

s’éparpillaient

fragments d’un monde perdu

ils avaient traversé les mers

survivaient au temps

enfermés dans un placard

elle ouvrait sa boîte en argent

des graines rouge vif

couraient sur la table

épelaient le braille

de ce que je n’avais jamais vu

 

je regardais les feuilles de thé

dans l’évier d’émail blanc

quand elle rinçait la théière

une cuillerée

de feuilles sèches et recroquevillées

 

son monde perdu était-il comme le thé ?

les rivières allaient le rendre à la vie

en dépliant ses feuillages endormis

 

et je cherche ses pieds d’enfant

dans les pantoufles de velours

qu’elle a gardées toute une vie

enveloppées de papier de soie

dans sa commode

 

leurs semelles me montreront-elles le chemin ?

 

 

Cécile OUMHANI Passeurs de rives, Encres de Myoung-Nam Kim, éditions la tête à l’envers, 2017.

 

« Nous sommes tous tressés de fils voués à se briser avec la disparition de nos parents.(...)Quinze jours après le décès de mon père, le hasard des circonstances a décidé que, sans l’avoir cherché, je partirais en Inde du Sud, non loin de la ville où ma mère est née, en Andhra Pradesh. Elle a vécu dans plusieurs régions de l’Inde, jusqu' à l’âge de sept ans, avant d’être envoyée en pension en Ecosse, comme c’était l’habitude à cette époque-là. Ce départ l’a séparée, elle et toute une fratrie, de ses parents et d’un jardin d’Eden plus revu de son vivant et dont elle n'a cessé de me transmettre la fascination et le regret. (...)Mon père ne connaissait pas l’Inde et il avait ici en France toutes ses racines. (...) » » Extrait du Prologue de C.O.

 

 

 

14:15 | Lien permanent | Françoise

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