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07.08.2024

Envoi n°626. Cécile Coulon "Tout va bien".

 

TOUT VA BIEN

 

La première fois que quelqu’un a posé ses mains

sur moi d’une manière tout à fait différente

de celle dont jusqu’à ce jour, j’avais l’habitude,

une manière tout à fait différente

et à la fois chargée d’images, de promesses

et de responsabilités que je n’étais, pas encore,

en mesure de comprendre,

la première fois que quelqu’un

a  posé  ses mains sur moi,

ce geste fut accompagné

de quelques mots simples :

« Tout va  bien et tout ira bien »,

après cela

j’ai répété, à mon tour, ces paroles douces

en d’autres occasions,

mais toujours, toujours, la  même façon

de tendre la voix dans une gorge serrée,

toujours, toujours, les yeux clairs qui fouillent

d’autres yeux clairs pour qu’ils ne les oublient pas,

« Tout va bien et tout ira bien », pour certaines,

pour certains, cette phrase apparaît comme un moyen

facile et rapide de mettre fin à ce genre de scrupules

qui précèdent généralement un baiser long,

profond,

une chemise qu’on retire, un sein qu’on frôle, mais

pourtant, je n’ai pas dit cela pour gagner, je n’ai pas

dit cela pour vaincre et je ne dirai jamais cela

pour mentir à quelqu’un que j’aime et qui a peur,

mais qu’est-ce aimer sinon montrer les dégâts

causés par sa propre terreur, qu’est-ce aimer

sinon répéter, sincèrement, comme un moine

devant la statue d’une vierge aux paupières closes,

« Tout va bien et tout ira bien » ?

Dans les pires moments et les fins d’après-midi

chaudes, dans les aubes  que des chagrins voraces

ont sali, aux rives de lacs gelés comme aux bas

d’immeubles gris, mille fois j’ai pensé

à cette première fois, à la façon dont

les mains, les yeux, la bouche se joignent

en un cortège bancal, et lorsqu’il m’arrive

de croire que tout espoir fut porté en vain,

je repense à ces mots, à la vie qui recommence

dans chacune de leurs syllabes :

« Tout va bien et tout ira bien. »

 

Cécile COULON Les Ronces, prix Apollinaire 2018. Editions Le Castor Astral, Poche/Poésie, 2021.

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