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10.08.2011

Envoi n°27. Erika Burkart. Les voix du petit jour.

          LES VOIX DU PETIT JOUR

 

Veiller au-devant

du premier oiseau.

Une langue autre dit

ce pour quoi manquent les mots.

 

Les yeux fermés

je me tiens ouverte,

le corps selon les voix

s'oriente.

 

La rosée à présent imprègne l'herbe.

 

Dans mon sommeil

j'emporte

le soleil présagé.

 

 

Erika Burkart Schweigeminute, Artemis, 1988. in  D'une lyre à cinq cordes.Traductions de Philippe Jaccottet 1946-1995. NRF. Gallimard 1996, et la notice.

 

  • Erika Burkart ( Aarau,1922). Poétesse suisse de langue allemande. Après de longues années vouées à l'enseignement, elle vit aujourd'hui à la campagne où elle partage son temps entre les tâches domestiques, les soins du jardin et du verger, et son œuvre littéraire ; celle-ci comprend quelques romans et une dizaine de recueils de poésie qui sont le fruit d'une amoureuse contemplation du monde naturel et d'un lent approfondissement de son expérience intérieure.

 

 

00:18 | Lien permanent | Françoise

03.08.2011

Envoi n°26. Gérard Bocholier. "La lumière qui soudain coule..."


La lumière qui soudain coule

Du ciel lavé de ses ténèbres

Longtemps retournées par l'orage

Porte un peu de bleu à ses tempes

Un oiseau salue le prodige

Ce sourire qui passe et tente

De chasser les peurs les alarmes

De la mort qui roule ses foudres

Encore au fond du paysage

Par espérance violente

Son aiguille au cœur si poignante

Qu'on voudrait renaître et mourir

D'un cri perdu et retrouvé

Dans un pur noyau de silence

*

L'arbre que l'on ne peut nommer

Reste à la fenêtre obstiné

A faire signe à la lumière

Distille du rose du bleu

Pâle sur un fond dédoré

Le vide se fait sans que manquent

Le moindre suc la moindre feuille

Si pur qu'on dirait le silence

Face au tranchoir nu fasciné

Au fond des plaines la semence

De la nuit hésite à lever

Un homme sans plus d'âge étouffe

L'aveu de midi qui le ronge

Et va pourrir dans le secret

*

L'aurore à la taille élancée

N'avait plus qu'à jeter les bras

Vers le ciel à pousser la planche

Qui bouchait le rond du soleil

 

Tout le pays pouvait entrer

Les talus les oiseaux les arbres

Les maisons protégeant les drames

Laissés nus contre le silence

 

L'âme plongeait par les terrasses

Les pentes saisies par la fièvre

Jusqu'à la mort et au-delà

Dans un élan fou de lumière

 

       Gérard Bocholier Abîmes cachés. Éditions L'Arrière-Pays. 2010

   *  Gérard Bocholier, né en 1947 et directeur de la revue «Arpa», a reçu en 2011 le prix Louise Labé pour «Abîmes cachés».

           http://www.arpa-poesie.fr/Nous.html

23:34 | Lien permanent | Françoise