24.04.2013
Envoi n°107. Bashô "La Sente étroite du Bout-du-Monde"
Mois et jours sont passants perpétuels, les ans qui se relaient, pareillement sont voyageurs. Celui qui sur une barque vogue sa vie entière, celui qui la main au mors d'un cheval s'en va au-devant de la vieillesse, jour après jour voyage, du voyage fait son gîte. Des Anciens du reste, nombreux furent ceux qui en voyage moururent. Et moi-même, depuis je ne sais quelle année, lambeau de nuage cédant à l'invite du vent, je n'avais cessé de nourrir des pensers vagabonds et j'avais erré sur les rivages marins, puis à l'automne de l'an passé, dans ma cahute du bord de la rivière, je balayai les vieilles toiles d'araignées ; bientôt ce fut le bout de l'an, et le printemps venu, l'envie me prit de franchir la Barrière de Shirakawa dans la brume légère ; possédé par le dieu de la bougeotte qui me troublait l'esprit, touché par les appels des dieux de la route, incapable de rien entreprendre, je ravaudai ma culotte déchirée, changeait le cordon de mon chapeau, et sitôt appliqué le moxa sous la rotule, par la lune sur Matsushima l'esprit déjà occupé, à un autre je cédai ma demeure, je me transportai en la retraite champêtre de Sampû, et là :
Ma chaumière même
d'autres à cette heure l'habitent
maison de poupées
telle est la première des huit strophes qu'au pilier de la hutte je fixai.
(...)
Bashô (1643-1694) La Sente étroite du Bout-du-Monde in Journaux de voyage. Traduit du japonais par René Sieffert. Pof. (Publications Orientalistes de France).1988.
20:54 | Lien permanent | Françoise
17.04.2013
Envoi n°106. Franck Castagné "Pièces détachées"
RUMEUR Quand un âne braie, les autres suivent.
SAVOIR Il n'y a que les ignorants qui savent. Les autres doutent, s'interrogent,
se taisent et réfléchissent à leur agressivité. Le principe d'incertitude (Descartes) est à
la base de toute connaissance réelle.
TENUE Une rigueur de l'attention dans le concret quotidien. La teneur, avec
une volonté appliquée en plus. La maintenance. Il suffit de se tenir. « Tiens-toi comme
il faut ».
UN TANT SOIT PEU Quelque chose existe, quelles que soient les lunettes que l'on doive chausser.
VANITÉ Une caresse exhibitionniste de l'amour-propre.
C'est le mois de février des défauts : le plus petit mais le plus méchant. Colle à la peau en
toute circonstance. Ne pas espérer s'en débarrasser mais plutôt l'éloigner comme une mouche
qui insiste.
Franck Castagné Pièces détachées Lettres R & S. Voix d'encre. N°44. 2011 ; Lettre T . Voix d'encre. N°45. 2011 ; Lettre U. Voix d'encre. N° 46. 2012 ; Lettre V. Voix d'encre. N°47. 2012.
Revue voix d'encre. Alain Blanc. BP83. 26202. Montélimar Cedex.
18:17 | Lien permanent | Françoise
10.04.2013
Envoi n°105. Charles-Ferdinand Ramuz "Chanson"
Chanson
Vivre, c'est un peu
comme quand on danse:
on a plaisir à commencer -
un piston, une clarinette -
on a plaisir à s'arrêter -
et le trombone est essoufflé -
on a regret d'avoir fini,
la tête tourne et il fait nuit.
Charles-Ferdinand Ramuz Le Petit Village Préface de Jil Silberstein. Gravures de Marfa Indoukaeva. Éditions Héros-Limite. 2010.
- Charles Ferdinand Ramuz, né en 1878 à Lausanne, est une figure tutélaire de la poésie suisse romande.
- C.F. Ramuz dans « Vous prendrez bien un petit poème ? » : envoi n°32 : hommage de Gustave Roud qui le connut de son vivant : «La présence perdue », en avant-propos au Chant de Pâques de C.F. Ramuz, dessins de René Auberjonois. Fac-similé. La Guilde du Livre, Lausanne, 1951.
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