http://www.xiti.com/ ID de suivi

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26.03.2014

Envoi n°151. Jan Skacel "Sonnet talisman"

SONNET TALISMAN

 

Pour qu'elle te protège du mal

(ainsi va le monde)

je te donne l'amulette

et porte-la toujours

 

Elle est contre les temps durs

elle chasse la faim de l'âme

elle protège des sorts

l'amoureux

 

Peut-être est-elle tombée du ciel

cette formule précieuse

A la lueur des étoiles filantes

 

j'ai gravé dans l'argent

SINE AMORE NIHIL

rien sans amour

 

Jan Skacel (Vnorovy, 1922 – Brno, 1989) Talisman Douze sonnets pour un vieil amour in Millet ancien.  Traduit du tchèque par Yves Bergeret et Jiri Pelan. Atelier La Feugraie. 1997. Titre original : Davné proso. 1981, Blok, Brno.

06:00 | Lien permanent | Françoise

19.03.2014

Envoi n° 150. Jacques Vandenschrick "Nous ouvrirons les granges..."

Nous ouvrirons les granges      et nous y

 

boirons l'eau des nuits        sur la brisure

 

des cailloux    nos paumes adoucies dans

 

la déchirure des sources  .     Nous mon

 

terons dans les villes ouvertes  .    Nous

 

serons des millions        des foules frater

 

nelles    .    Nous ferons naître un feu au

 

bout des pistes de poussière     .    Là où

 

commence l'herbe    ,       et là où fleurit

 

l'ombre   .    Nous userons le temps avec

 

notre malheur    .     Nous le fatiguerons

 

à force de durer    .    Nous apaiserons la

 

montée     de quatre très jeunes soldats .

 

Nous emmènerons aux prairies les trom

 

pés les pâles les pauvres . Nous irons

 

aux vergers comme on glisse aux musi

 

ques . Nous laisserons parler : la nuit

 

est une amande . Nous userons le temps

 

avec notre chemin . Nous laisserons

 

pleurer : les larmes sont un châle . Les

 

yeux bordés de sel promettent les prin

 

temps . (...)

 

Jacques Vandenschrick Pour quelques désarmés. Cheyne éditeur. 1997. 43400

 

Le Chambon-sur-Lignon

21:41 | Lien permanent | Françoise

12.03.2014

Envoi n°149. Tomas Tranströmer. "Baltiques" (extraits)

                                      IV.

 

Des plans rapprochés,

à l'abri du vent.

 

Le goémon. Les forêts de goémon luisent dans l'eau claire, elles sont jeunes, on voudrait

     y refaire sa vie, se coucher de tout son long sur son image dans le miroir et couler

     jusqu'à un certain point – le goémon surnage avec des bulles d'air, comme nous

     surnageons avec des idées.

 

La cotte quadricorne. Ce poisson est un crapaud qui voulait se faire papillon et qui y

     parvient à un tiers, il se blottit dans l'herbe marine, mais remonte dans les filets,

     accroché à ses piquants et ses verrues pathétiques – quand on le dégage des mailles

     du filet, les mains brillent de morve.

 

Les rochers. Là-bas, sur les lichens que chauffe le soleil, courent les bestioles, elles sont

     aussi pressées que l'aiguille des secondes – le sapin jette une ombre, elle avance

     doucement comme l'aiguille des heures – en moi le temps s'est arrêté, un temps sans

     fin, le temps qu'il faut pour oublier toutes les langues et inventer le mouvement

     perpétuel.

 

A l'abri du vent, on peut entendre l'herbe pousser – un léger roulement de tambour

     par le bas, le faible grondement de millions de flammèches, c'est ainsi qu'on entend

     l'herbe pousser.

 

Et maintenant le grand large, sans porte : la frontière

     ouverte

ne cesse de s'élargir

au fur et à mesure que l'on s'étire.

 

Il y a des jours où la Baltique est un toit immobile,

     infini.

Rêvez alors, en toute innocence, de quelque chose qui rampe sur ce toit et tente de

     démêler les cordes des drapeaux,

qui tente de hisser

le chiffon -

ce drapeau si froissé par le vent, enfumé par la cheminée 

     et blanchi par le soleil qu'il pourrait être à tout le monde.

 

Mais la route est encore longue jusqu'à Liepaja.

 

Tomas Tranströmer (1931) Baltiques in Il pleut des étoiles dans notre lit. Cinq poètes du Grand Nord. nrf Poésie/Gallimard. 2012

11:30 | Lien permanent | Françoise