14.09.2016
Envoi n°267. Jean-Louis Clarac " En étrange pays..."
En étrange pays
familier
nous voici dans la brume
dans l’effacement
Quand l’olivier cède la terre
au châtaignier au chêne
avant les pierres amoncelées
qui murent l’aire humaine
tout contre les glacis sauvages
La langue se joue des frontières
quand tout est déserté
du hameau et des champs
Restent quelques lieux habitables
le parage des mots
les regards échangés
les gestes partagés
Jean-Louis Clarac Vers les confins. Encres de Claude Barrère.
Editions Encre et Lumière. 2012.
15:51 | Lien permanent | Françoise
07.09.2016
Envoi n°266. Marcelle Kasprowicz "L'herbe verte d'Hiroshima".
L'herbe verte d'Hiroshima.
("Il semble que très tôt après l'explosion une herbe verte commença à pousser partout sur la ville.")
Attendez
Les cendres
n'ont pas encore cessé de pleuvoir
et si vous glissez votre main
sous leur cape étouffante
vous pouvez encore sentir leur chaleur
Attendez
Et les fleurs de kimono
tatouées dans la chair
par le soleil qui s'écrase
n'ont pas encore ouvert leurs bouches béantes
Attendez
Attendez
Comment avoir l'audace
de pousser
si dense
si verte
d'envahir la ville qui meurt
alors que les cheveux noir-minuit de ses habitants
tombent par poignées
Oh attendez
attendez que les premiers crocus
qui fleurissent et saignent
sous la peau
commencent à se faner
Attendez
Marcelle Kasprowicz
Green Grasses of Hiroshima
Wait
The ashes
haven't stopped raining
and if you slip your hand
under their stifling coat
you can feel their warmth
still
Wait
And the kimono flowers
tattooed in flesh
by the falling sun
haven't opened their gaping mouths
yet
Wait
Wait
How dare you
grow
so thick
so green
invade the dying city
when her people's midnight hair
by the handful
falls
Oh, wait
wait until the first crocuses
which bloom and bleed
under the skin
start to fade
Wait
Marcelle Kasprowicz
16:48 | Lien permanent | Françoise
