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28.09.2016

Envoi n°269. Françoise Ascal "Le désir d'aube".

Un désir d’aube

J’ai toujours aimé les creux,  les grottes,  les poches d’ombre,  le caché ordinaire, celui qui trace des galeries sous l’écorce ou tient l’abeille en son alvéole, celui des terriers de lièvre ou de loutre, celui des amoureux enlacés les soirs d’été dans les trous d’obus que l’herbe a recouverts, celui des puits où remonte l’eau du jour dans un grincement de vieille poulie, celui de l’âtre ruisselant d’une suie grasse et noire. J’ai toujours su que c’était là ma place, que j’étais vouée à ne jamais quitter les territoires de l’obscur.

J’ai toujours aimé.

Ou peut-être il m’a fallu aimer.

Ou peut-être je n’ai pas eu la force de.

Ou peut-être l’orgueil de n’être rien a-t-il fait pousser de grandes racines dans la noirceur native, dans l’humus compatissant. Manière de solidarité avec ce « d’où je viens » et ses figures dévastées par l’Histoire.

(…)

 

Françoise Ascal inédit. Revue « Décharge ». N°171. Septembre 2016.

 

 

22:51 | Lien permanent | Françoise

21.09.2016

Envoi n°268. Jean-Louis Clarac " Nous accédons au bout du monde..."

 

Nous accédons au bout du monde

aux confins

sommes des errants sans territoire propre

inventons des voies incertaines

jouons avec les traces vicinales

tressons le réseau fraternel

des traverses ludiques

 

L’âme des bergers

quel gardien pour quel troupeau

déchirée pend aux baleines rouillées

du parapluie mité

crevé gisant

dans l’abri chaulé de bleus virginaux

écaillés

que l’oratoire décrépit est maintenant

devenu

 

Les promeneurs

en font le tour

franchissant le seuil

entrent dans sa pénombre

 

Y perdent-ils leur âme

Y gagnent-ils de l’être

 

Jean-Louis Clarac L’oratoire  in Vers les confins. Encres de Claude Barrère. Editions Encre et Lumière. 2012.

16:55 | Lien permanent | Françoise

15.09.2016

Feuille volante n°2. 15 septembre 2016. Le choix des lecteurs.Poème offert par J.F.M.

Le passant

 

Il entre. Il n’avait pas sonné.

       ― C’est contre sa nature.

 

Pourtant la porte était fermée.

       ― Il traverse les murs.

 

Il chante sans ouvrir les lèvres.

       ― Son cri serait trop dur.

 

Pourtant, il voit qu’il est aimé.

       ― Il n’en est pas très sûr.

 

Il part. Il souffle la bougie.

      ― C’est afin qu’on l’oublie.

 

Mais il caressait l’écriture

Que sa main nous avait laissée !

      ― C’était pour l’effacer.

 

NORGE, Les coq-à-l’âne, Gallimard 1985

 

 

 

09:42 | Lien permanent | Françoise