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12.04.2017

Envoi n°296. Gérard Bocholier "Seuil"

 

          

               SEUIL

 

     Les marches du seuil sont encore chaudes. La pierre grise a gardé pour la nuit un peu du soleil ardent de l’été. Toute la maisonnée, trois générations, est assise là. L’obscurité arrive comme une proche voisine, flânant dans les recoins des ruelles, sous les porches. Un dernier bonsoir résonne, mais on ne distingue déjà plus le visage de celui qui presse le pas, fatigué, de retour des champs.

     Le ciel devient seul vivant dans le paysage piqué d’étoiles. Pourtant, le rosier rouge, au coin du mur, continue sa danse du feu, délicieusement secrète. Une chauve-souris se risque d’une aile timide, tente un passage. On rentre enfin, mais comme à regret, comme si le meilleur du jour restait là, dans cette tranchée noire, avec le vent pour toute musique. J’aurais du mal à m’endormir. Ce que j’essaierai d'écrire tout à l’heure, avec un grillon pour complice, tentera de saisir un brin de souffle.

 

Gérard Bocholier Le Village emporté. Editions L’Arrière-Pays. 2013. 1, rue de Bennwihr. 32360 Jégun.

 

Gérard Bocholier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°25 « Paysages du Poème » & envoi n°26 « La lumière qui soudain coule… » in «Abîmes cachés », Editions «L’Arrière-pays». 2010.

22:24 | Lien permanent | Françoise

05.04.2017

Envoi n°295. Gérard Bocholier "Cinéma"

CINÉMA

     On emporte sa lampe pour le retour, car les ampoules jaunâtres des rues seront éteintes. Le cinéma Peuf fait halte tous les jeudis dans la salle du café. Quelques rangs de chaises devant le comptoir. Le grand écran est tendu sur les fenêtres qui surplombent la rue. A l’entracte, après documentaire, actualités de la semaine et réclames, on peut acheter à la caisse, un paquet de caramels ou de bonbons acidulés.

     J’ai fini par obtenir la faveur d’assister aux séances. J’aime le bruit des deux grandes roues qui déroulent le film, dévident les destinées. Vers minuit, après avoir vu La Table aux crevés ou L’Auberge rouge, au moment de m’enfoncer dans les ténèbres sans étoiles, j’ai bien peur. Mais quelques autres lampes accompagnent les nôtres, avant de s’éteindre, une à une dispersées.

     Du brouillard flotte, un portail, un balcon nous menacent. Un grincement de gonds tout à coup nous fait sursauter.

 

Gérard Bocholier  Le Village emporté Editions L’Arrière-Pays. 2013.

22:31 | Lien permanent | Françoise