25.12.2019
Envoi n°416. Marilyne Bertoncini " Infinis-Terrae".
Infinis-Terrae
Les plis des dunes en éventail déploient le Sahara
de mon enfance
battu de vents et de nuages au bout du monde quelque part entre
les plages de Wissant et
le port de Dunkerque
Le sable de la dune voile ma carte d’amnésie
et mes pas d’aujourd’hui s’enchaînent à ceux d’autrefois
ü
la carte parfois affleure avec sa chaleur africaine et ses cris de fennecs
brouillant l’image des grues
dressées au loin sur la jetée
les cabines de plage sous la pluie de septembre
et le sable mouillé des dunes où l’on se perd très loin
très loin parfois
au Bout du Monde
ü
Les mots crissent comme le sable dans l’infini du sablier
que je renverse en ma mémoire où bat l’aile de
l’éventail
et s’envolent mes souvenirs
à l’horizon des goélands
ü
ces fantômes sont mes souvenirs
encore à naître
je m’enveloppe de leurs plis à ne faire plus qu’un
seul
rêve infiniment sur soi-même replié
déployé
envolé
Marilyne Bertoncini « Sous cette carte d’amnésie » pp.21-25 in « Mémoire vive des replis ». Editions pourquoi viens-tu si tard. 2018.
* Marilyne Bertoncini dans « Vous prendrez bien un poème ? » ; envoi n°346 : « Phi-dias, dans l’îlot clair découpé par la lampe… » ; envoi n°347 : « Ici, tout en bas de la falaise… ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
17:08 | Lien permanent | Françoise
18.12.2019
Envoi n°415. Jean-Pierre Metge "Je me laissai glisser vers l'hiver..."
Je me laissais glisser vers l’hiver
tout me semblait facile
je n’étais qu’un mendiant
dessous les porches verts
jamais tu n’aurais dû t’asseoir si près de moi
je sais bien tu as froid
je le savais déjà
à regarder tes yeux
à deviner ta vie
que tu le veuilles ou non
que je le veuille ou non
tu danses dans mes nuits
mes jours deviennent nuits
pour rêver plus longtemps
et je nage éveillé dans ton visage-pluie
je ne dirai plus rien
et pas même ton nom
mais ne va pas trop loin
surtout ne dis pas non
et reste donc pour moi
comme un printemps fragile
sur ta poitrine douce
des saisons impossibles
jamais sur ton épaule ne s’useront mes lèvres
jamais je ne prendrai
ton regard dans mes mains
une feuille de neige cicatrise ton ventre
je déchire les jours pour t’en faire un manteau
Jean-Pierre METGE Nos seuls soleils sont des lichens. Choix de poèmes.
Editions L’Arrière-Pays. 2003.
14:11 | Lien permanent | Françoise
11.12.2019
Envoi n°414. Jean-Pierre Metge "Le Gui" & autres poèmes.
LE GUI
à M.-F. L
Greffé par quelque oiseau sauvage
au peuplier ou aux pommiers
on le croit à portée de main
Au vent d’hiver
il offre étrange
de minuscules lunes pâles
et le bonheur insaisissable
Qui n’a tendu les bras en vain ?
Elle se baigne aux nues
et moi je pêche l’eau
sous les piles du pont de la rivière étrange
j’aperçois ses bras pâles
derrière les roseaux
je rêve vers ses sources
et ses habits épars
je cueille les glaïeuls
qu’elle a dû regarder
Le plus joli voyage serait à contretemps
remonter un chemin
bordé de noisetiers
où les filles du soir
une main sur la hanche
et un bras arrondi
sur des morceaux de ciel
criblés d’astres rouillés
nés des chocs aux fontaines
bomberaient leurs seins blancs
pour irriguer la nuit
Jean-Pierre METGE Nos seuls soleils sont des lichens.
Editions L’Arrière-Pays. 2003.
22:38 | Lien permanent | Françoise
