29.01.2020
Envoi n°420. Albertine Benedetto "J'envie l'entêtement futile des oiseaux..."
8.
J’envie l’entêtement futile des oiseaux
à percer la toile grise du ciel
le vent attise leurs départs
précipite leurs cris en éclaireurs
rien ne peut les établir
leur grâce est fulgurance
9.
Grands à-plats de la lumière
sur un paysage mouvant
de jardins suspendus
entre les branches
où filent des notes aiguës
des mélismes suaves
un flot de couleurs
terre ébouriffée d’oiseaux où nous planons
enfin légers
10.
Nous pénétrons le bois obscur
à la boussole des rossignols
leur chant ouvre des fenêtres
accroche des lampes
au plus sombre des branches
la nuit n’est plus la nuit
une chambre de musique
leurs voix lèvent des voiles
et nous filons
ainsi le souffle du poème
secoue
l’ombre collée à nos souliers
Albertine BENEDETTO Oiseaux in Revue Décharge n°183
Site : http : //www. dechargelarevue.com
16:57 | Lien permanent | Françoise
22.01.2020
Envoi n°419. Albertine Benedetto "Le rouge-gorge ce matin...".
4.
Le rouge-gorge ce matin
en allé sous la terre
(d’une main pieuse tu as gratté le sol
couché la dépouille sous les feuilles l’œil vide
pattes raidies sur la paroi de la mort)
son ombre aveugle le jardin
5.
A flanc de nuit
les oiseaux en décousent les bords
chaque note fait une trouée
aux bois épais
le monde de nouveau
est un visage
une présence qui remue
dans les gestes du matin
6.
Marais où le ciel se renverse
chenal bassin méandre
la mer se sème dans les prés
ni eau ni terre dédale liquide
transparent aux oiseaux
la lumière s’y noie
et sitôt se ravive
dans une féérie de pluie et de soleil
une mosaïque de bruns et de verts
où flamboient les girandoles
d’un champ de tournesols
Albertine Benedetto OISEAUX, revue « Décharge », n°183.
16:00 | Lien permanent | Françoise
15.01.2020
Envoi n°418. Philippe Jaccottet "Offrande par le pauvre soit offerte au pauvre mort...".
III
Offrande par le pauvre soit offerte au pauvre mort :
une seule tremblante tige de roseau cueillie au bord
d’une eau rapide ; un seul mot prononcé par celle
qui fut pour lui le souffle, le bois tendre et l’étincelle ;
un souvenir de la lumière tout en haut de l’air…
Et que par ces trois coups légers lui soit ouvert
l’espace sans espace où toute souffrance s’efface,
la clarté sans clarté de l’inimaginable face.
Philippe Jaccottet Le Livre des Morts. 1956, in L’ignorant.
Œuvres. Bibliothèque de la Pléiade. Editions Gallimard.
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- p.172
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