11.01.2023
Envoi n°558. Anne BARBUSSE "La non-mère" (extraits)
La non-mère
(extraits)
tu portais la honte sur tes épaules et ton visage
tu croyais que le dénigrement était de mise
et que tout était de ta faute
tu demandais sans cesse à la non-mère si elle t’aimait
et elle répondait par l’affirmative par habitude
comme si tu avais demandé qu’on te passe le sel à table
tes questions devenaient des couteaux
elles fusaient par les trous du ciel
tu les prenais dans les livres
et tu te balançais des heures sur la balançoire
pour échapper
à cette histoire non-maternelle
et t’envoler au-dessus des haies
les poupons mous que l’on berce ont ta préférence
sur une photo noir et blanc la non-mère pose dans son lit de
maternité
elle tient dans les bras un bébé en t’éloignant de son corps
à peine sourire crispé pour le photographe
cette chose emmaillotée est ton corps qui commence
la souffrance
*
ce n’est pas toi qui as mis du rouge sur le dessin de ta voisine
on te barbouille le nez de peinture après l’accusation
la voisine a menti la maîtresse ne te croit pas
tu prends la honte et les moqueries comme une injustice de
plus
ta révolte n’aura plus de nom
elle attendra vingt ans
puis se fera écriture
*
(...)
Anne BARBUSSE La non-mère (extraits) in Revue Décharge 195, septembre 2022.
https://www.dechargelarevue.com/
19:09 | Lien permanent | Françoise
Envoi n°559. Anne BARBUSSE "RECLUSE" (extraits)
RECLUSE
(extraits)
premier oiseau
d’où sait-il le jour
un second répond
froid par la fenêtre
branches mortes de l’amandier défiant les ciels
à quatre heures du matin
infusion de thym dans le bol
brièveté
deux notes
-- en bas, la musique, retrouvée, rassemblée,
et mes mots sont encore invisibles de nuit franchie
l’oiseau crie/chante
juste habiter
arbres et pierres
l’autonomie est l’utopie des vivantes,
nourriture des supermarchés, arpent bêché, potager envi-
sagé,
l’oiseau se double d’un autre oiseau
enveloppée/encerclée des énergies couplées du
soleil du vent et des pluies
acquises hors-monde par
les technologies plastifiées
on s’y perd, boucle bouclée
l’oiseau chante/crie et
le consumérisme a fabriqué des objets sériels que
les 4x4 ont montés pour les recluses
qui ont rechargé leur téléphone portable pour les
hommes intermittents
- les notes plurielles, l’oiseau convoqué
par le jour battant, toujours les lumières des
villes dans les vallons creusés de rivières transparentes et
de millénaires fusillés d’avance
quand on parcourt l’espace à défaut du temps tueur
- l’oiseau nous appelle dans le jour saoulé
de soleil vierge, premières phrases
sur le papier dans la lueur de lait entre
hésitation et ciel
- de quel côté le ciel
*
Anne BARBUSSE Recluse, extraits in ARPA, Revue de Poésie, N° 137-138
*Anne BARBUSSE dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°558 « La non-mère ».
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