28.02.2024
Envoi n°605. Pierre MAUBé "ETRANGEMENT" (suite).
ETRANGEMENT (suite)
L’étranger n’a pas de cri, il vit dans l’ombre,
il marche lentement parmi les herbes du silence,
il ne s’abrite pas de la pluie, il habite l’automne,
il se souvient d’une maison disparue
derrière une frontière de sable et de sel,
L’étranger n’a pas de nom, pas de paroles,
il unit la mémoire et l’absence,
son corps est lourd, ses gestes balbutient,
il découvre un paysage
de visages détournés,
Son regard est une rivière murmurante, il ne tarit jamais
mais la source s’est perdue.
ü
A l’étranger rien ne sera donné,
lui seront refusés le visage des gestes,
l’asile des regards,
le verger des premières paroles,
Il vivra l’usure de vivre
au hasard des frontières et des portes fermées,
Il suivra la ligne de fuite
de l’horizon renouvelé.
Pierre Maubé Étrangement inédit, à paraître en mars dans Libres Mots, la revue de l'association Le Capital des Mots. Eric Dubois, Pierre Kobel.
Voici, avec son autorisation, la présentation de Pierre Maubé : « Chère Françoise, (...) je vous envoie trois poèmes, un étrange triptyque intitulé... « Etrangement », trois poèmes où je tente de rendre justice à celles et ceux qui errent aujourd’hui. Ils sont dédiés à mes grands-parents, que j’accompagnais souvent, marmouset, dans les magasins et sur le marché de Saint-Gaudens, pour les aider à dire ce qu’ils désiraient et comprendre ce qu’on leur répondait. Certains de ceux à qui nous parlions souriaient, aidaient. D’autres, non. C’est ainsi. Ces deux étrangers m’ont beaucoup appris. (...) »
*Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121, 2017 ; envoi n°367 « ce cœur en nous qui cogne… » & envoi n°368 « qu’elle soit aumône du temps… » & « ce lieu commun à la parole et au silence… », extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 extraits de « Onze Kaddishim pour Rose » in « Etrange », Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n°476 : « ce n’est jamais le moment » & « une journée très ordinaire », inédits ; envois n°604 & 605 : « Etrangement », à paraître dans la revue « Libres Mots » en mars 2024.
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
00:02 | Lien permanent | Françoise
21.02.2024
Envoi n°604. Pierre Maubé "Etrangement", inédit.
ÉTRANGEMENT
L’étranger avance,
ébloui de silence,
il avance tâtonnant,
il avance à contre-jour,
il avance dans la nuit murmurante des mots inconnus,
il avance, il cherche, il ne comprend pas
ces questions qui heurtent sa face,
L’étranger se dit
que chaque effort est inutile,
que chaque pas trébuche,
qu’il ne franchira jamais la frontière
invisible des mots,
Parfois,
l’aridité se fissure,
un inconnu le regarde
et lui parle silencieusement,
L’étranger appuie sa vie usée sur un sourire.
Pierre Maubé inédit, à paraître en mars dans Libres Mots, la revue de l'association
Le Capital des Mots. Eric Dubois, Pierre Kobel.
N.B. : voici, avec son autorisation, la présentation de Pierre Maubé (et ses vœux, à partager !) : « Chère Françoise, en ces temps effrayants, je vous souhaite malgré tout une bonne et belle année 2024, et veux croire, contre les vents et les marées amères, en l’union des êtres de bonne foi et de bonne volonté, et au rayonnement obstiné de la littérature, cette souterraine activité. Je vous envoie trois poèmes, un étrange triptyque intitulé... « Etrangement », trois poèmes où je tente de rendre justice à celles et ceux qui errent aujourd’hui. Ils sont dédiés à mes grands-parents, que j’accompagnais souvent, marmouset, dans les magasins et sur le marché de Saint-Gaudens, pour les aider à dire ce qu’ils désiraient et comprendre ce qu’on leur répondait. Certains de ceux à qui nous parlions souriaient, aidaient. D’autres, non. C’est ainsi. Ces deux étrangers m’ont beaucoup appris. (...) »
*Pierre Maubé dans « Vous prendrez bien un poème, » : envoi n°337 « ce qu’il y a de nocturne en chacun de mes jours… », revue ARPA n°120-121, 2017 ; envoi n°367 « ce cœur en nous qui cogne… » & envoi n°368 « qu’elle soit aumône du temps… » & « ce lieu commun à la parole et au silence… », extraits de « La Peau de l’ours », préface de Michel Baglin, éditions Pont 9, 2018 ; envoi n°475 extraits de « Onze Kaddishim pour Rose » in « Etrange », Cahiers du loup bleu, Les Lieux-Dits éditions (Zone d’art) 2, rue du Rhin Napoléon. F-67000 Strasbourg. 2020 ; envoi n°476 : « ce n’est jamais le moment » & « une journée très ordinaire », inédits.
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15:27 | Lien permanent | Françoise
14.02.2024
Envoi n°603. LI PO "Libation solitaire au clair de lune" (Nouvel An lunaire)
LIBATION SOLITAIRE AU CLAIR DE LUNE
Parmi les fleurs un pot de vin :
Je bois tout seul sans un ami.
Levant ma coupe, je convie le clair de lune ;
Voici mon ombre devant moi : nous sommes trois.
La lune, hélas, ne sait pas boire ;
Et l’ombre en vain me suit.
Compagnes d’un instant, ô vous, la lune et l’ombre !
Par de joyeux ébats, faisons fête au printemps !
Quand je chante, la lune indolente musarde ;
Quand je danse, mon ombre égarée se déforme.
Tant que nous veillerons, ensemble égayons-nous ;
Et, l’ivresse venue, que chacun s’en retourne.
Que dure à tout jamais notre liaison sans âme :
Retrouvons-nous sur la lointaine Voie Lactée !
Traductrice : Tch’en Yen-hia, lectrice à l’Université de Paris.
Rv. : Jean-Pierre Diény, agrégé de l’Université, attaché au C.N.R.S.
« Libations solitaires ou collectives au clair de lune : c’est un thème traditionnel que Li Po renouvelle avec esprit dans ce « poème à chanter » (yue-fou). Le buveur découvre à ses côtés deux compagnons « sans âme » (littéralement « privés de sentiment », une expression que les poètes emploient souvent, avec tristesse, à propos de la nature). On reconnaît la marque de Li Po dans l’ambiguïté du ton, à la fois gai, exubérant et mélancolique. »
LI PO (701-762), Poèmes des T’ANG (618-907), Anthologie de la poésie chinoise classique, sous la direction de Paul Demiéville, nrf, Poésie/Gallimard, 2017, p.252.
*LI PO dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°34 : Gil Jouanard « Peut - être Li Po a-t-il raison... » in « La veine ouverte », revue Poètes de SUD Éditions Rijois, 1978 ; envoi n°560 : Li Po « complainte du perron de jade », extrait de LI PO, l’immortel banni : « buvant seul sous la lune », éditions Moundarren, 1999, p. 106
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