09.02.2011
Envoi n°4. Gaston Puel. Le rouge-gorge.
LE ROUGE-GORGE.
I.
Rouge-gorge
A l'œil avide
Prompt à l'envol
Prompt au retour
Planète ou flamme
Dieu d'alentour.
II.
Le rouge-gorge ? Sa fragile apparence, sa lumineuse évidence : il sautille, voltige, disparaît,
libre beauté qui jaillit entre réel et surnaturel : une apparition.
III.
Marpa, le maître de Milarépa, * enseigna, dit-on, à son fils le secret de la migration de l'âme,
quitter son corps grossier pour entrer dans le cadavre d'un animal ou d'un être humain.
Entrer dans l'âme légère du rouge-gorge et, de son corps grossier, mesurer la gravitation
universelle de l'absurde.
Gaston Puel Dix-neuf attaches in L'Âme errante et ses attaches. Editions L'Arrière-Pays. 2007.
- Milarépa (onzième siècle) est un grand maître tibétain de la lignée des Kagyu (celle de l'actuel Karmapa). Disciple de Marpa (lignée de Tilopa, Naropa, Marpa, Milarépa), il parvint à l'éveil en une seule vie, devint l'ermite à la robe de coton («ré-pa») et l'auteur des "Cent mille chants" (traduits par Marie-José Lamothe). On le voit sur les fresques assis en tunique blanche, la main en conque près de l'oreille.(ndlr)
22:42 | Lien permanent | Françoise
02.02.2011
Envoi n°3. Cinq haïkus pour le nouvel an chinois.
Une branche de prunier à la main
mes vœux de nouvel an
je présente.
Shiki (1866-1902)
Blanc le bouillon de riz
dans mon bol immaculé
au soleil du premier jour de l'année.
Joso (1661-1704)
Même mon ombre
est au meilleur de sa forme
ce matin du nouvel an.
Issa ( 1763-1827)
Premier lever de soleil de l'année
avec un nuage
comme le nuage d'un tableau.
Shusai (1874-1940)
Du premier jour de l'année
l'esprit
le vent dans les pins des cimes.
Tozan (807-869)
«Mallarmé rêvait d'une pratique du monde autant parlée que vécue où «l'Homme, puis son authentique séjour terrestre» échangeraient « une réciprocité de preuves », – n'est-ce pas à peu près cela ? (…) Quand il se propose d' « imiter le Chinois au cœur limpide et fin » – le Chinois, mais c'est ce sage qui peint trois roseaux et la lune sur une tasse, devant un ciel d'émeraude, nous sommes bien près du haïku – , c'est pour donner son accord à une poétique où le dénommé semble le seul objet de pensée, et la dénomination une « extase ». Les mots dans leur évidence. Et nous, dans la demeure qu'ils font, comme les hôtes d'un jour mais comblés...»
Yves Bonnefoy. Haïku, Avant-propos. Éditions Fayard, 1980.
22:37 | Lien permanent | Françoise
26.01.2011
Envoi n°2. Judith Chavanne."Nous monterons aux montagnes d'espace..."
Nous monterons aux montagnes d'espace
légers, de notre consentement.
Comme le souffle délié lorsque l'on respire
nous apprendrons ainsi à aimer, nous élever
depuis la terre.
Le dessin de crête entre ciel et neige
et de givre bleu, sera le partage
notre aune spirituelle
à la toute lisière.
Judith Chavanne En partage in Entre le silence et l'arbre. NRF Gallimard. 1997
* Judith Chavanne, née en 1967, a reçu le prix Louise Labé pour Entre le silence et l'arbre.
Sur le site Poezibao : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/07/judith_chava...
22:13 | Lien permanent | Françoise
