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Envoi n°43. Didier Jourdren. Notes d'hiver.
A la fin de l'automne, tôt le matin, on entend le rouge-gorge. Son chant est si bref et si léger qu'on ne le remarque pas. Il faut tendre l'oreille, de sorte que parler de chant convient à peine : quelques notes seulement, vite interrompues, puis reprises souvent, un peu plus tard. L'oiseau les lance tout au long du jour, mais surtout à l'aube, et le soir, perché à mi-hauteur, ici, puis ailleurs, immobile, invisible presque toujours, jusqu'à la nuit.
Je n'avais jamais fait attention à cette voix très discrète jusqu'à ce matin de l'autre hiver, où j'ai été frappé plusieurs fois par quelques notes très pures, que je n'ai pas tout de suite reconnues. Je n' y ai pas accordé plus d'importance. Au début de cet hiver, je les ai entendues à nouveau, un peu plus touché cette fois, et de plus en plus à mesure que je les entendais, au point de me surprendre à les attendre toujours un peu plus chaque jour. Peu à peu, sans m'en rendre compte, presque chaque matin, j'ai guetté le chant bref, je l'ai écouté, délaissant pour un temps tout autre chose. Peu à peu aussi, de façon toujours aussi peu déterminée, j'ai tenté de dire ce qui avait eu lieu. (...)
(page 9 )
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Écouter, accueillir. Non seulement tendre l'oreille, mais donner place, en s'effaçant, en abritant, en laissant habiter. Se livrer à ce qui vient, qui est plus que les notes pures, en consentant à perdre tout repère, en se laissant conduire par un élan que l'on ne comprend pas.
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L'humble compagnon, tout proche de la terre, le maître très discret, le frère menacé n'est jamais loin.
(page 18)
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Les appels discrets à l'aube : humbles rappels à l'ordre. Pour se redresser, être un peu plus présent, accepter d'être touché, interrogé. Quelques notes tracent la voie pour tout le jour. Il ne s'agit pas de s'y attacher, de s'y enfermer : elles ouvrent la porte, remettent au monde.
(page 23)
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Petit maître qui enseigne à écouter. (…)
(page 23)
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Cascade légère du chant, aussitôt interrompue.(...)
(page 24)
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Souvent j'éprouve l'impression d' être conduit au bord, sur une lisière tremblante, transparente. Le chant intermittent là-bas m'appelle, m'emporte. La voix descend légèrement et s'arrête, suspendue, ouverte, invitant à avancer, à se livrer à l'espace vacant, de l'autre côté, reprend tout au bord, s'élève à nouveau, ici, à présent, passage franchi un instant, tout au bout, dans le vertige.
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Petite passerelle vers le silence. Je l'écoute autant que les notes. Ce n'est pas un vide entre celles-ci, mais une composante du chant, aussi émouvante. Peut-être s'agit-il en réalité d'écouter le silence, d'aller vers lui ? Dans les intervalles, il devient chant. Quelque chose demeure, suspendu, respire, frémit, une vibration particulière qui appartient aussi au chant.(...)
Comment dire cela ? Le rouge-gorge donne à entendre l'espace du chant qui habite chaque être, ce qu'on n'écoute presque jamais, par distraction, précipitation, indifférence, que l'on ignore, et qui pourtant est le plus vrai.
(page 25)
Didier Jourdren Notes d'hiver. Éditions Multiples «Les Cahiers» n°1. 2011.
04.01.2012 | Lien permanent
Envoi n°44. Didier Jourdren. Notes d'hiver
Le rouge-gorge sous la pluie, je ne l'entends pas, abrité sous des feuilles ou dans la haie, dans un arbre non encore dépouillé, mais le simple fait de le savoir dans les parages suffit à me rendre attentif. (…)
(page 32)
Mais nous avons oublié que nous appartenons au monde, que nous vivons dans une fraternité de fait avec tout ce qui vit, tout ce qui est. Petit compagnon qui chantes d'une voix vacillante dans la venue du jour, je t'écoute, je te fais place, (…). Et je m'aperçois soudain que je te parle, frère rouge-gorge, ce matin pour la première fois, …
(page 33)
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Appelé par l'ouverture, tenté par le repli. Vers où me guide l'oiseau de la lisière ? Accueillant sa voix, mais craignant de la suivre, cherchant refuge dans la clôture et l'immobilité(...)
(page 40)
Petite barque frêle que je n'emprunte pas, craignant d'être emporté vers des rivages sans limites, d'être noyé dans l'eau transparente du chant. Je continue de regarder le fanal que l'on agite dans l'ombre pour me guider, d'entendre les appels répétés, mais je reste sur le bord.
(page 42)
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Et parfois me reviennent le jardin abandonné, perdu dans l'enfance lointaine, la grande maison, la fenêtre de la petite cuisine. Et ces moments passés à guetter les apparitions d'un rouge-gorge qui venait picorer les miettes, comme le plus intense de la vie, et le plus incompréhensible, qui appelle impérieusement, qui met à part aussi, presque nécessairement, des êtres, de leurs vies, dans une fascination à laquelle on ne peut se soustraire, une obligation plus importante que tout.
(page 51)
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Le petit tablier orangé noué serré sur la poitrine rebondie, presque toujours affairé, en quête sans répit de provende, ayant l’œil à tout, il a incontestablement un côté nourricier, maternel.
(page 54)
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Petite cascade argentée, mince ruisseau qui court dans l'herbe, heurte les cailloux, coule sans bruit, puis chante à nouveau, frissonne, frémit, éclabousse, un peu, s'ébroue et disparaît derrière les arbres.
(page 59)
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Petite clochette près de la porte, à l'aube, grelot très léger dans le froid vif.
Petit portier du jour posté dans la haie de palme, tenant sa lanterne, appelant par leur nom ceux qui passent ou se tiennent là...
(page 77)
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La voix qui se brise : la seule juste.
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Demeurer dans le silence où l'on a été conduit. Ou plutôt , ménager à chaque instant une place à ce silence, l'écouter, se laisser traverser par lui, envahir, emporter, source qui ne cesse pas, dont le chant très bas respire dans le souffle.
(page 86)
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Et si le rouge-gorge m'a appris quelque chose, c'est que l'on ignore presque tout de ce qui nous lie aux êtres et aux choses. (…)
(page 87)
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Il ne s'agit pas de voir clair dans les notes pures, mais de tenter d'être soi-même un peu plus clair, de s'accorderà cette limpidité.
(page 93)
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Appelé chaque matin par la voix très pure, presque imperceptible, franchissant sans rien voir l'étroite passerelle pour aller au-delà, où l'on ne reconnaît plus rien, ni personne, ni soi-même, conduit à accueillir là-bas, plus loin, ici, toute chose et tous les êtres, dans l'ignorance la plus grande, dans une reconnaissance bouleversée.
(page 94)
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Petit oiseau qui aime s'approcher quand on retourne la terre, il m'oblige à creuser aussi en moi.
(page 102)
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Didier Jourdren Notes d'hiver. Éditions Multiples. «Les Cahiers» n°1. 2011.
11.01.2012 | Lien permanent
Troisième anniversaire de ”Vous prendrez bien un petit poème ?”
Bashô (1643-1694),
Gustave Roud,Béatrice Douvre,
Raymond Queneau,Georges Bonnet, Henri Heurtebise,
Erika Burkart, Saint-John Perse, Gilles Baudry,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Geneviève Peigné, Joan-Maria Petit,
Victor Segalen, Odile Caradec, Jules Supervielle,
Gaston Puel,
François Cheng, Josette Ségura, Pierre-Albert Jourdan,
Marina Tsvétaeva,Ossip Mandelstam, Else Lasker-Schüler,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Thomas Vinau, Laurent Deheppe,
Emily Dickinson, Jean Malrieu, Frank Castagné, Arthur Rimbaud,
Sapphô, Monique Saint-Julia, Henri Michaux, Tsoui-hao,
Gilles Lades, Francis Ponge,Claire Garnier-Tardieu,
Béatrice Bonhomme-Villani,Shusai (1874-1940,Jean-Claude Xuereb,
Le 20 janvier 2011, «Vous prendrez bien un petit poème ? » prenait son envol avec l’envoi n°1. Ce 20 janvier 2014, à l'approche de l'envoi n°141, «Vous prendrez bien un petit poème ? », adresse à ses lecteurs ce salut souriant en hommage aux poètes. |
Bernadette Engel-Roux, Thierry Metz,
Pierre Dhainaut, Jean-François Mathé, Tozan (807-869),
Joë Bousquet,
Philippe Jaccottet, Hölderlin, Paul de Roux,
Didier Jourdren, Chushi Fanqi ( 1296-1370), Janine Modlinger,
Issa (1763-1827), Marie-Claire Bancquart, Yvon Le Men,
Anne Perrier,Shanci Tongji (1608-1645), Jean Pichet,
Omar Khayyam,
Judith Chavanne,,Jean Joubert,René Char, Georges Perros,
Jean-Damien Roumieu, Gérard Bocholier, Joso (1661-1704),
Max Alhau, Charles-Ferdinand Ramuz, Wujian Xiandu (1265-1334)
Chantal Dupuy-Dunier, Gil Jouanard, Jean-Yves Masson,
Bernard Mazo,Shiki (1866-1902), Jean-Marc Sourdillon,
Bernard René Grasset, Andrée Chedid, Beijian Jujian (1164-1246)
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/ |
20.01.2014 | Lien permanent
ANNIVERSAIRE 2017. ”Vous prendrez bien un poème ?” a six ans !
Françoise Ascal . Jean-Marie Petit. Antoine Maine. Ferrucio Brugnaro. Jean-Marie Alfroy. Morgan Riet. Dominique Zinenberg. Jean-Pierre Lemaire.Henri Michaux. Marcelle Kasprowicz. Jean-Baptiste Pedini. Colette Elissalde. Jean-Louis Clarac. Evelyne Vijaya. Gustave Roud. Rainer Maria Rilke. Béatrice Marchal. Henry Bauchau. Anne Certain. Georges Cathalo. WANG WEI. Jean Joubert. Andrée Chedid. Christian Bobin. Ghislaine Lejard. Li Po. Jean-François Mathé. Jia Dao. Pierre Dhainaut. Anne Perrier. Henri Heurtebise. Isabelle Raviolo. René Char. Pierre Peuchmaurd. Claude Esteban. Jean Pichet. Liliane Wouters. Jean Malrieu. Judith Chavanne. Frédéric-Jacques Temple. Umberto Saba.
«Vous prendrez bien un (petit) poème ? » a six ans !
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Louis-René Des Forêts. Danièle Corre. Pablo Neruda. Odile Caradec. Abdellatif LaÂbi. Wujian Xiandu Gaston Puel. Jean-Pierre Thuillat. ISSA. Emile Vitta. Josette Ségura. Jorge Luis Borgès. ANON. Beijian Jujian. Jean Chatard. Georges-Emmanuel Clancier. Valérie Rouzeau. Thierry Metz. Gil Jouanard. Chantal Dupuy-Dunier. Victor Segalen. Didier Jourdren. Max Alhau. SAPPHÔ. Jules Supervielle. Edouard Glissant. Jacques Tornay. Colette Nys-Mazure. René de Obaldia. Claude Cailleau. Jean-Claude Pirotte. Marie-Claire Bancquart. Julien Gracq. Jacques Vandenschrick. Michel Cosem. Yvon Le Men. Noël Ruet. Jan Skacel. Monique Saint-Julia. Tomas Tranströmer. Bernard René Grasset. Gilles Baudry. Jean-Yves Masson. Laurent Deheppe. Geneviève Peigné. Raymond Queneau. Georges Bonnet. SAIGYO. Claire Garnier-Tardieu. Philippe Jaccottet. Joë Bousquet. Else Lasker-Schüler. Thomas Vinau. Jean Malrieu. Emily Dickinson. Gérard Bocholier. Jean-Marc Sourdillon. BASHÔ. Charles-Ferdinand Ramuz.
«Vous prendrez bien un (petit) poème ? » a six ans !
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François Cheng. Marina Tsetaïéva. Paul de Roux. Jacques Darras. Vahé Godel. Bernadette Engel-Roux. Frank Castagné. Béatrice Bonhomme. Tsoui-hao. Francis Ponge. Jean-Claude Xuereb. Johann Christian Friedrich Hölderlin. Mina Lobata. Yves Bonnefoy. Janine Modlinger. Alain Freixe. Claude Margat. Jules Laforgue. béatrice dOUVRE. Georges Perros. Ziad Medhouk. Max de Carvalho. Omar Khayyam. Hélène Cadou. Ossip Mandelstam. Erika Burkart. Pierre-Albert Jourdan. Maximine. Gilles Lades.
