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Rechercher : Henri Heurtebise

Envoi n°21. Henri Heurtebise. Mon enfance.

                                MON ENFANCE

 

 

Mon enfance a frémi

le long des cloîtres

cherchant perdue courant

mon enfance menue

ma tendre

je commençais le temps

je me taisais

L'ai-je adoucie d'intense ?

 

J'avance dans la voix

la garantie des jours

souriant à l'incertitude

Je veille au monde à l'écriture

les accouplant les modelant

sans l'humaine amertume.

 

 

               Henri Heurtebise Chant Profond. Éditions Rougerie. 2005

 

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08.06.2011 | Lien permanent

Envoi n°197. Henri Heurtebise ”Alcôve Blanche”

ALCÔVE BLANCHE

 

Alcôve blanche

où paraît la lumière

de la naissance heureuse

dont rien n'est encore dit

où nous viendrons riant

temps vécu

mains solides

 

D'où venez-vous ainsi ?

diront les masques

De poésie là-bas

où les chemins se mêlent

à l'assemblée de vivre.

 

Henri Heurtebise Chant profond Éditions Rougerie. 2005

 

 

LES FESTINS S’ÉTERNISAIENT DANS LE SOIR

 

L'automne est peuplée. L'automne est vide. Il est vain de faire le bruit qu'on avait commencé au printemps, poursuivi et fini dans la sueur.

Les femmes étaient venues, munies de leur robe nue, et si nous n'avions pas été trop communs nous les avions tenues ruisselantes et si silencieusement consentantes que les festins s'étaient éternisés dans le soir, à croire que nous étions leur roi !

Mais la solitude est venue peu à peu du bois, peu à peu du temps. Nous avons attendu et maintenant nous aimons leur absence comme un dernier cadeau.

O fugitifs des allées que nous sommes !

O légers dans le temps ! Et cette clarté jaune-grise qui nous prend le cœur en longeant le maïs. La bicyclette de qui est là, bicyclette de femme mûre, de femme rendue.

Rien ne sauve ni le songe ! Et la lumière est là comme une faiblesse acceptée.

 

Henri Heurtebise D'automnes in Les Cahiers de la rue Ventura N°12.

Dossier Henri Heurtebise

Henri Heurtebise dans «Vous prendrez bien un petit poème ? » : envois

n°21, n°22. 

 

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12.03.2015 | Lien permanent

Envoi n°22. Henri Heurtebise. L'heure continue l'heure

                                  L'HEURE CONTINUE L'HEURE

 

Être dans la lumière

tu vois

d'un matin frais

Vivre ce calme

pour le calme

Vivre c'est bien

tu vois

sans rien de gêne

ni de moteur

 

Être dans l'écriture

tu vois

d'un matin sans violence

dans l’attente récompensée d'attendre

Le matin

entends-tu matin

attend l'heure

qui vient d'avant

Souriant au sourire

qui t'environne

lance ta marche

Qu'on n'entende

que la lumière

horizontale et fine

L'heure continue l'heure

et pour cela souris.

 

              Henri Heurtebise Chant Profond. Éditions Rougerie. 2005

 

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15.06.2011 | Lien permanent

Envoi n°38. Henri Michaux. En respirant.

EN RESPIRANT

 

Parfois je respire un peu plus fort et tout à coup, ma distraction continuelle aidant, le monde se soulève avec ma poitrine. Peut-être pas l'Afrique, mais de grandes choses.

Le son d'un violoncelle, le bruit d'un orchestre tout entier, le jazz bruyant à côté de moi, sombrent dans un silence de plus en plus profond, profond, étouffé.

Leur légère égratignure collabore (à la façon dont un millionième de millimètre collabore à faire un mètre) à ces ondes de toutes parts qui s'enfantent, qui s'épaulent, qui font le contrefort et l'âme de tout.

 

Henri Michaux La nuit remue (1935) in L’espace du dedans. Pages choisies . NRF. Gallimard.1973


  • Henri Michaux dans "Vous prendrez bien un petit poème," : envoi n°37 "Poteaux d'angle" ; envoi n°39 "En respirant". Exergue à l'envoi n° 47 & sur le site de  J.M. Maulpoix : http://www.maulpoix.net/Plume.html

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26.10.2011 | Lien permanent

Envoi n°240. Henry Bauchau ”Mérence”.

 

       MÉRENCE 

 

A la fenêtre mansardée

à la fenêtre de l’enfance

l’amour avait un arbre vert

le cœur avait un arbre rouge

et les pluies s’écoulaient sur les pentes d’ardoises

 

Portée par les branches du ciel

ouverte par un chant d’oiseau

la fenêtre cachait ton image indulgente

Mérence

qui devient plus réelle à la tombée du jour

 

Que je t’ai bien créée Mérence bien rêvée

dans la peur et l’amour et la frayeur d’amour

quand tu venais le soir portant la bougie blanche

avec le chandelier du cœur

 

Engourdi je voyais la reine des abeilles

sa beauté qui veillait

l’ombre et l’or apaisés sur son ventre précieux

et si tu te penchais sur mon corps endormi

en toi je m’éveillais blessé du dard très doux

 

     Henry Bauchau La Fenêtre d’images  in L’escalier bleu, poèmes. nrf  Galimmard. 2012 (première édition 1964)

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10.02.2016 | Lien permanent

Envoi n°275. Henri Michaux ”Ecce Homo”.

                              ECCE HOMO

 

     Qu’as-tu fait de ta vie, pitance de roi ?

     J’ai vu l’homme.

     Je n’ai pas vu l’homme comme la mouette, vague au ventre, qui file rapide sur la mer indéfinie.

     J’ai vu l’homme à la torche faible, ployé et qui cherchait. Il avait le sérieux de la puce qui saute, mais son saut était rare et réglementé.

     Sa cathédrale avait la flèche molle. Il était préoccupé.

     Je n’ai pas entendu l’homme, les yeux humides de piété, dire au serpent qui le pique mortellement : « Puisses-tu  renaître homme et lire les Védas ! » Mais j’ai entendu l’homme comme un char lourd sur sa lancée écrasant mourants et morts, et il ne se retournait pas.

     Son nez était relevé comme la proue des embarcations Vikings, mais il ne regardait pas le ciel, demeure des dieux ; il regardait le ciel suspect, d’où pouvaient sortir à tout instant des machines implacables, porteuses de bombes puissantes.

     Il avait plus de cernes que d’yeux, plus de barbe que de peau, plus de boue que de capote, mais son casque était toujours dur.

     Sa guerre était grande, avait des avants et des arrières, des avants et des après. Vite partait l’homme, vite partait l’obus. L’obus n’a pas de chez soi. Il est pressé, quand même.

     Je n’ai pas vu paisible, l’homme au fabuleux trésor de chaque soir pouvoir s’endormir dans le sein de sa fatigue amie.

     Je l’ai vu agité et sourcilleux. Sa façade de rires et de nerfs était grande, mais elle mentait. Son ornière était tortueuse. Ses soucis étaient ses vrais enfants.

    Depuis longtemps le soleil ne tournait plus autour de la Terre. Tout le contraire.

    Puis il lui avait encore fallu descendre du singe.

     (…)

                    Henri Michaux EPREUVES, EXORCISMES 1940-1944 (1945) in L’ESPACE DU DEDANS, pages choisies. nrf. Gallimard.1973.

(Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°37, extraits de « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 : « En respirant » in « La Nuit remue »)

 

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09.11.2016 | Lien permanent

Envoi n°651. Henry BAUCHAU ”Petite ombre”

 

 

PETITE OMBRE

 

Par l’amour tout un printemps

tout l’été

je fus tant battue, dit-elle

et gaulée

secouée comme un prunier

Je n’ai plus de fleurs

je n’ai pas de fruits

encor tout énamourée

à genoux dans le verger

je n’ai que mes feuilles

et ma petite ombre

 

 

POLLEN

 

Avec le bleu de l’air

avec la sève de la feuille

avec la force des bleuets

mon abeille a quitté pour le Livre du ciel

le profond pollen des chagrins

 

 

Henry BAUCHAU Liant déliant in L’escalier bleu (1958-1963), Poésie complète, éditions Actes Sud, 2009.

 *Henry Bauchau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°240 « Merence » & envoi n°241 « L’Harmonica, La nuit, Temps natal, Toute la nuit, Nous ne sommes pas séparés de la mort » in « L’escalier bleu », nrf Gallimard, 2012.

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12.02.2025 | Lien permanent

Envoi n°675. Henri Michaux ”Clown”

CLOWN

 

     Un jour.

     Un jour, bientôt peut-être.

     Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

     Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

     Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.

     D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille ».

     Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

     A coups de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.

     Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.

     Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.

     Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.

     Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

 

     CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.

     Je plongerai.

Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous,

ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

à force d’être nul

et ras…

et risible…

 

Henri MICHAUX Peintures in L’Espace du dedans, nrf, Gallimard, 1973.

 

  • Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°37 « Poteaux d’angle » in « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 « En respirant » in « La Nuit remue » ; envoi n°275 « Ecce Homo » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°276 « si on connaissait la sensation de base des autres… » in « Poteaux d’angle ; envois n°431 « Dans la grande salle… » & 432 « Les fantômes du jour… » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°675 « Clown » in Peintures.

 

 

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24.09.2025 | Lien permanent

Envoi n°676. Henri MICHAUX. ”La Ralentie”.

LA RALENTIE

 

     Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n’a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu’on sait. On n’a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d’air. On a le sourire du sabot. On n’est plus fatiguée. On n’est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n’a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son œuf, on a posé ses nerfs.

     Quelqu’un dit. Quelqu’un n’est plus fatigué. Quelqu’un n’écoute plus. Quelqu’un n’a plus besoin d’aide. Quelqu’un n’est plus tendu. Quelqu’un n’attend plus. L’un crie. L’autre obstacle. Quelqu’un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou ?

     Ne peut plus, n’a plus part à rien, quelqu’un.

     Quelque chose contraint quelqu’un.

     Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu’un n’aime pas ses compagnons de voyage. N’a pas choisi, ne reconnaît pas, ne goûte pas.

     Princesse de marée basse a rendu ses griffes ; n’a plus le courage de comprendre ; n’a plus le cœur à avoir raison.

     … Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c’est vous. Le ciel est noir et c’est vous. Le verre casse et c’est vous.

     On a perdu le secret des hommes.

     Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit « Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid partout !

     Oh, fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

     On a son creux ailleurs.

(…)

 

     Henri MICHAUX  Lointain intérieur (1938) in L’espace du dedans, pages choisies. Nrf Gallimard, 1973.

  • Henri Michaux dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°37 « Poteaux d’angle » in « Poteaux d’angle » ; envoi n°38 « En respirant » in « La Nuit remue » ; envoi n°275 « Ecce Homo » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°276 « si on connaissait la sensation de base des autres… » in « Poteaux d’angle ; envois n°431 « Dans la grande salle… » & 432 « Les fantômes du jour… » in « Epreuves Exorcismes » ; envoi n°675 « Clown » in Peintures ; envoi n°676 « La Ralentie » in « Lointain intérieur ».

 

 

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01.10.2025 | Lien permanent

Envoi n°37. Henri Michaux. Poteaux d'angle.


C'est à un combat sans corps qu'il faut te préparer, tel que tu puisses faire front en tout cas, combat abstrait qui, au contraire des autres, s'apprend par rêverie.

 

 

N'apprends qu'avec réserve.

Toute une vie ne suffirait pas pour désapprendre, ce que naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête – innocent ! – sans songer aux conséquences.

 

 

Avec tes défauts, pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger.

Qu'irais-tu mettre à la place ?

page 9

(…)

 

Tu laisses quelqu'un nager en toi, aménager en toi, faire du plâtre en toi et tu veux encore être toi-même !

 

 

Non, non, pas acquérir. Voyager pour t'appauvrir. Voilà ce dont tu as besoin.

page 11

(…)

 

Dans un pays sans eau, que faire de la soif ?

De la fierté.

Si le peuple en est capable.

page 14

 

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade... et une nouvelle intelligence.

page 16

 

Une chose indispensable : avoir de la place. Sans la place, pas de bienveillance. Pas de tolérance, pas de … et pas de …

Quand la place manque, un seul sentiment, bien connu, et l'exaspération, qui en est l'insuffisante issue.

Avec plus d'espace, tu peux avoir plus de sentiments, plus variés. Pourquoi dans ce cas t'en priver ?

page 24

 

Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ?

page 25

Henri Michaux Poteaux d'angle.   NRF. Gallimard.1981.

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19.10.2011 | Lien permanent

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