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Envoi n°30. Jean Joubert. Le Cheval.
LE CHEVAL
Il a crié toute la nuit dans la clairière,
ce cheval, abandonné par qui ? Bohémiens,
sorciers, soldats, voleurs de pierres ?
Sur cette terre où rien ne naît de rien.
Ou bien venu de sauvages frontières,
par les forêts, puisqu'il n'est pas lié,
que l'on ne voit ni selle ni lanière
dans l'aube où se délace la rosée.
Il me regarde. Une paupière tremble,
veinée de bleu. Sous les cils féminins,
son œil grandit, s'étoile, et il me semble
que le jour baisse aux rives des sapins.
Cheval de nuit cherchant un cavalier,
je ne t'attendais plus. La terre
déjà s'enflait. Les amandiers
avaient fleuri puis défleuri dans la lumière.
Mais cet appel dans l'aube des clairières !
Et me voici contre ta robe, et nous irons,
laissant les jardins clos, vers le désert
où brûle au loin cet œil unique et rond.
Jean Joubert Les Poèmes :1955-1975. Éditions Grasset in Poètes de SUD. Éditions Rijois.1978.
- SUD est la revue fondée en 1970 par Jean Malrieu, à Marseille.
- Jean Joubert dans "Vous prendrez bien un petit poème?" : envoi n°29 "Une trève en plein été" ; envoi n°30 "Le Cheval".
- Jean Joubert : http://www.autour-des-auteurs.net/fiches/joubert.html
31.08.2011 | Lien permanent
Envoi n°70. Jean Joubert ”La Colline”
LA COLLINE
De loin cette colline m'apparut comme un sein, et je rêvai
de l'alliance ancienne.
Dans la toison feuillue, odeur de femme, pli secret, et souffle
à mon visage.
Je marchais vite dans la sueur ; à mi-côte un brouillard me prit.
(On passe ainsi l'inquiétude des songes.)
Mais sur la cime : la lumière, et dans la pomme tombée le goût
des terres de l'enfance.
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Grasset. 1977 in Poètes de SUD. Editions Rijois. 1978
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 29 : « Une trêve en plein été » ; envoi n°30 : « Le Cheval ».
25.07.2012 | Lien permanent
Envoi n°71. Jean Joubert ”Le Chemin”
LE CHEMIN
Chemin des pâtres, le plus sûr, parmi les ruches et les pins.
Et louange à ceux qui tracèrent, du plus lointain de l'histoire,
ces liens secrets au plaisir des collines.
Une geste, une parole y durent,
le visage y revêt sa robe de lumière.
Et c'est le temps d'Eros et du cyprès
qui monte nu par ces degrés de schiste.
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Editions Grasset
in POETES DE SUD. Editions Rijois. 1978.
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 29 : « Une trêve en plein été » ; envoi n°30 : « Le Cheval » ; envoi n°70 : "la Colline".
01.08.2012 | Lien permanent
Envoi n°235. Jean Joubert ”Le Cerf”
LE CERF
Laissez venir le cerf, le haut seigneur des branches,
et dans l’hiver il portera parmi les blanches
veines le feu sévère de sa robe.
Tendez la main qu’il y flaire l’amour,
et, pénétrés de si vaste lumière,
penchez vers lui des lèvres sans haleine.
Que rien ne bouge, hors votre cœur.
Sans doute ailleurs s’élaborent des chasses ;
sur la lisière où passe la mort
le veneur rouge mène vacarme.
Oui, ce sont de telles mains cruelles qui règnent,
et les armes d’orgueil,
mais sur des songes de poussière.
Soyez patients comme le blé des tombes ;
que votre main levée sépare l’ombre.
Laissez venir le cerf, le haut seigneur des branches.
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Grasset.1977 in Poètes de SUD. Editions Rijois.1978 (SUD est la revue fondée par Jean Malrieu en 1970 à Marseille)
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 29 : « Une trêve en plein été»
Une trêve en plein été,
une ombre bleue sur la chaux.
Dans la fraîche des jardins
le figuier posant ses mains
sur la gorge des fontaines.
Une paix en plein été,
l'odeur mauve des lavandes,
une fille qui se baigne
dans l'eau rouge des cuisines,
et plus loin, sur les collines,
le soleil-lion mordant les roches blanches.
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°30 « Le Cheval ».
LE CHEVAL
Il a crié toute la nuit dans la clairière,
ce cheval, abandonné par qui ? Bohémiens,
sorciers, soldats, voleurs de pierres ?
Sur cette terre où rien ne naît de rien.
Ou bien venu de sauvages frontières,
par les forêts, puisqu'il n'est pas lié,
que l'on ne voit ni selle ni lanière
dans l'aube où se délace la rosée.
Il me regarde. Une paupière tremble,
veinée de bleu. Sous les cils féminins,
son œil grandit, s'étoile, et il me semble
que le jour baisse aux rives des sapins.
Cheval de nuit cherchant un cavalier,
je ne t'attendais plus. La terre
déjà s'enflait. Les amandiers
avaient fleuri puis défleuri dans la lumière.
Mais cet appel dans l'aube des clairières !
Et me voici contre ta robe, et nous irons,
laissant les jardins clos, vers le désert
où brûle au loin cet œil unique et rond.
* Jean Joubert est né à Chalette-sur-Loing (Loiret) en 1928. Après une enfance et une adolescence «nordiques»_ le Gâtinais, Paris, l'Angleterre, l'Allemagne _ il s'installe dans le Sud en 1953, à Montpellier d'abord (...) Les paysages et les hommes du Sud occupent une place importante dans ses livres, mais le passé nordique demeure, et l'opposition de ces deux réalités, souvent vécues comme antithétiques, confèrent à son œuvre une tension toute particulière. »
06.01.2016 | Lien permanent
Envoi n°29. Jean Joubert. ”Une trêve en plein été...”
Une trêve en plein été,
une ombre bleue sur la chaux.
Dans la fraîche des jardins
le figuier posant ses mains
sur la gorge des fontaines.
Une paix en plein été,
l'odeur mauve des lavandes,
une fille qui se baigne
dans l'eau rouge des cuisines,
et plus loin, sur les collines,
le soleil-lion mordant les roches blanches.
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Éditions Grasset. in Poètes de SUD & la notice. Éditions RIJOIS.1978.
* SUD est la revue fondée par Jean Malrieu en 1970, à Marseille.
* Jean Joubert est né à Chalette-sur-Loing (Loiret) en 1928. Après une enfance et une adolescence «nordiques» – le Gâtinais, Paris, l'Angleterre, l'Allemagne – il s'installe dans le Sud en 1953, à Montpellier d'abord (...) Les paysages et les hommes du Sud occupent une place importante dans ses livres, mais le passé nordique demeure, et l'opposition de ces deux réalités, souvent vécues comme antithétiques, confèrent à son œuvre une tension toute particulière.
24.08.2011 | Lien permanent
Envoi n°236. Jean Joubert ”Effet de soleil entre les feuilles”.
EFFET DE SOLEIL ENTRE LES FEUILLES
Le soleil devint vert, c’était midi : le champ de lait, l’ombre
féline.
De grandes filles se levèrent dans l’eau des arbres, dressant leurs
seins, la gloire de leurs tours,
disant : « Nous sommes de la sève de ces bois, nous traversons
l’offrande, le feu de ruse nous transperce »,
disant encore : « Venez à l’heure la plus dure de l’incendie,
des cimes pourpres, vers nos rivières esseulées.
S’y plonger, c’est mourir de jaillissante mort dans les taillis
de miel,
semer la main qui sèmera. »
Des nains jetaient des croix de paille dans les sources.
Des voix de cœur plaidaient merveille. Entre joie et péril un noir
sommeil nous prit.
Sur la rive, quel œil sauvage veillait ces belles qui nous baisaient
le visage ?
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Grasset.1977 in Poètes de SUD. Editions Rijois.1978 (SUD est la revue fondée par Jean Malrieu en 1970 à Marseille)
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 29 : « Une trêve en plein « été» ; envoi n°30 « Le Cheval » ; envoi n° 70: « La Colline» ; envoi n° 71: « Le Chemin » ;
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 70: « La Colline»
LA COLLINE
De loin cette colline m'apparut comme un sein, et je rêvai
de l'alliance ancienne.
Dans la toison feuillue, odeur de femme, pli secret, et souffle
à mon visage.
Je marchais vite dans la sueur ; à mi-côte un brouillard me prit.
(On passe ainsi l'inquiétude des songes.)
Mais sur la cime : la lumière, et dans la pomme tombée le goût
des terres de l'enfance.
Jean Joubert dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 71: « Le Chemin ».
LE CHEMIN
Chemin des pâtres, le plus sûr, parmi les ruches et les pins.
Et louange à ceux qui tracèrent, du plus lointain de l'histoire,
ces liens secrets au plaisir des collines.
Une geste, une parole y durent,
le visage y revêt sa robe de lumière.
Et c'est le temps d'Eros et du cyprès
qui monte nu par ces degrés de schiste.
Jean Joubert Les Poèmes : 1955-1975. Éditions Grasset in POETES DE SUD. Éditions Rijois. 1978.
13.01.2016 | Lien permanent
Envoi n°434. Jean Joubert ”L'exil”.
L’exil
Celui qui longtemps vécut
dans la lumière du jardin
et l’amitié des arbres et des fleurs
un poing géant de nuit
soudain le frappe
et la sentence tombe de l’exil
Un mur est là devant
qu’il faut franchir.
Etrangement il le traverse
laissant au creux la mémoire du rêve.
Au-delà s’annoncent l’errance,
l’âpre labeur,
le combat avec les ombres.
Jean JOUBERT Terre d’exil. 2013. Editions La Porte.
Jean Joubert dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envoi n°29 "Une trêve en plein été" ;
envoi n°30 "Le Cheval" ; envoi n°70 "La Colline" ; envoi n°71 "Le Chemin" ; envoi
n°235 : "Le Cerf" ; envoi n°236 "Effet de soleil".
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
27.05.2020 | Lien permanent
Envoi n°435. Jean Joubert ”La rose momifiée”.
La rose momifiée
Lorsqu’on ouvrit le tombeau
dans une terre antique et noire
on trouva sur le sein
de la jeune femme embaumée
une rose
une rose rouge figée,
momie de rose, sans parfum
cueillie jadis dans un jardin de rêve
parmi ses sœurs fugitives
et devenue immortelle,
compagne d’une immortelle.
La jeune femme nous contemple
de ses yeux d’obsidienne.
Elle sourit de la blancheur de ses os.
Sa main menue désigne
la fleur miraculée
comme une offrande,
l’esquisse d’un baiser.
Jean JOUBERT Terre d’exil. 2013. Editions La Porte.
Jean Joubert dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envoi n°29 "Une trêve en plein été" ;
envoi n°30 "Le Cheval" ; envoi n°70 "La Colline" ; envoi n°71 "Le Chemin" ; envoi
n°235 : "Le Cerf" ; envoi n°236 "Effet de soleil" ; envoi n°434 « L’exil ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
03.06.2020 | Lien permanent
Envoi n°466. Jean-Pierre Thuillat Portrait de l'artiste en oiseau & autres poèmes
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Dans les ruines précédé de Marmailles et suivi de Mutants. Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015. Editions L’Arrière-Pays, 2014.
PROMESSE
Je suis celui dont les mains ont pouvoir d’amarrer à la nuit la coque de tes seins. Et je ne connais pas ici-bas d’autre tâche qui me captiverait avec autant d’ardeur. Je n’en finirai pas de découvrir ton corps, tes courbes moulurées par mainmise d’eaux- fortes. Une vie n’y pourra suffire.
Aussi nous reviendrons, crois-moi, sur cette Terre où nous n’aurons eu que le temps d’entrevoir comme elle peut être belle et faite pour l’amour.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Où l’œil se pose, Verglas du bonheur (II).
Préface de Jean Joubert. Editions Fédérop, 2003.
*
ARTISAN DES MOTS
à mon père, i.m.
Mon père
je n’ai pas égaré
ta varlope et ta gouge.
Artisan du langage
je bâtis moi aussi
des meubles de mes mains.
Pas plus nobles mes mots
que tes planches veinées
des rides du noyer.
Combien d’heures d’établi
pour monter un bouquin
qui tienne sur ses pieds !
Vers la fin deux doigts d’encaustique
et le voici qui luit
d’une étrange lumière.
Du bois l’or pourtant
il attendra longtemps
la patine des ans.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021),
Dans les ruines précédé de Marmailles et suivi de Mutants.
Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015.
Editions L’Arrière-Pays, 2014.
20.01.2021 | Lien permanent
Envoi n°467. Jean-Pierre Thuillat. Ce qui compte n'a pas de nom & autres poèmes
Ce qui compte
n'a pas de nom.
Cela se tient dans un feuillage
dans le regard vert d'un enfant
un reflet roux dans les cheveux
un brin de laine sur la nuque.
Le jour ne l'atteint pas.
Même la nuit le laisse
s'écrouler en silence.
A peine si la pluie
l'effleure du bout des gouttes.
Ce qui compte
n'a pas de nom.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Dans les ruines précédé de Marmailles* et suivi de Mutants.
Frontispice d’Isabelle Raviolo. Prix Aliénor 2015. Editions L’Arrière-Pays, 2014.
* « Pour les non-initiés : à La Réunion, « marmailles » désigne tendrement et gentiment tous les enfants (…) » (note de l'auteur).
ü
LA LICE
D’heure en heure, ce parcours du silence nous ouvre,
insoupçonnées, les voies du clair et de l’obscur. Le
jardin borne son espace. Dans l’étroit carré des palis
foisonnent plus de rencontres que n’en apporterait une
vie vagabonde. Un gîte s’ouvre, qui recèle nos gestes
quotidiens. De la fane étalée à la radicelle secrète, le
chemin est de sève, suc et eau. Libre à toi d’aller
chercher plus loin la trace qui te lie aux hommes
innommés. Remontée du silex, leur voix s’élève là. Le
microsillon des micas garde intacte l’image des
saisons abolies.
Regarde : nos rives n’ont pas besoin que les batte une
mer ! La paume d’un caillou nous parle davantage que
l’entonnoir d’un coquillage.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Jardins secrets in
Où l’œil se pose, Verglas du bonheur (II). Préface de Jean Joubert. Editions Fédérop, 2003.
ü
EXIL
L’air soudain plus pesant sous la ronde des arbres
et tu perds pied sur cette terre où tu n’auras été
qu’un peu d’eau agencée en homme
une graine de sel exilée de son ventre
dissoute aussitôt que parue.
Avec cette insatiable soif de lèvres nues
salives et larmes dont tu
n’auras eu que le temps d’entrevoir les délices
cette faim de silence et de mots éclatés
ces regards dans le tien remontés de la mère
ces yeux qui semblent couler de source mais voilent
sous leur limpidité l’immense désarroi
que la lumière y mit au jour de la naissance
et dont jamais ils n’ont guéri.
Jean-Pierre Thuillat (13 avril 1943-16 janvier 2021), Cinq sonnets pervertis in
Le Versant d’ombre, Sélection Prix Jean Malrieu, Editions L’Arrière-Pays, 1996.
ü
XII QUAN LA NOVELA FLORS PAR EL VERJAN
Quan la novela flors par el verjan, On son vermelh, vert e blanc li brondel, Per la doussor qu’eu sent al torn de l’an, Chant autresi com fan li autre ausel ; Quar per ausel me tenc en maintas res Quar aus voler tot lo mielhz qu’el mon es ; Voler l’aus eu, e aver cor volon, Mas no-Ih aus dir mon cor, anz lo-Ih rescon.
Eu non sui drutz, ni d’amor non fenh tant Qu’el mon domna n’en razon ni n’appel Ni non domnei ; e si-m val autretan, Que lausengier fals, enojos, fradel, Desensenhat, vilan e malapres Ant de mi dit, tant en son entremes Que fant cuidar que la genser del mon Mi tenha gai, jauzen e desiron.
C’om sens domna non pot far d’amor chan Mas sirventes farai frecs e novel. (…)
| XII QUAND LA NOUVELLE FLEUR APPARAÎT SUR LA BRANCHE
27.01.2021 | Lien permanent |
