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Envoi n°46. Jean-Marc Sourdillon. Dix secondes tigres.

 

Qui en toute sa vie eut seulement dix secondes tigre ?

Henri Michaux

 

Soleil d'hiver derrière les feuillages à l'instant de disparaître.

Nous, à la file indienne, marchant entre des cages.

Nous l'avons aperçu mais sans savoir que c'était lui.

Il tournait en rond dans sa cage, allumant l'obscurité par

intermittence.

Comment aurions-nous pu prévoir ?

D'un coup il a été sur nous. Sans un bond.

Il nous avait rejoints par son cri.

Un cri étonnamment grave, libre et puissant, un cri comme

s'il avait pu nous avaler par la voix,

et qui à nous tous nous glaçait le sang.

Ton cri, Seigneur !                                                                          

 (page 15)                                   

 

*

 

Ton regard, tour à tour dague et renard,

ton cri, ta faim dans mes entrailles.

 

Quand tu chasses, tigre,

on dirait que tu dragues.

 

Grand tigre tapi, qui tait dans son cri son secret.

Sauvagerie, et c'est toi, tigre, lâché : le félin selon la fêlure,

l'éblouissement issu de sa blessure.

 

Quand le tigre bondit, c'est une décharge.

Pas d'échappatoire, on le sait, toute traque est un destin.

Et c'est sur nous : la fureur dans la fourrure, la terreur sur

fond obscur.

Sa gueule qui s'ouvre : des crocs, un cri. Un seul cri rauque

qui dure. Mieux vaut ne jamais l'avoir entendu ou toute sa

vie avoir été sourd.

 

Le tigre sur soi : c'est chacun pour soi !

Un charbon, un obus. Une chauve-souris en boule tombée du

ciel, ailes déchirées. A peine au sol, c'est un soleil qui

déboule : gueule hurlante, hérissée de dents et de crocs.

 

Son regard : renard, fourrure dégainée.

(page 17)

 

 

*

Fauve libéré par son bond, que sa cage reprend.

 

Tonneau de poudre qui explose, se recompose.

 

Le tigre n'est pas le prisonnier de sa cage. Non, il

l'habite, il la hante.

Comme hante son beau pelage rayé

la grande flamme inapprivoisée.

 

Il court en rond dans sa rage.

De plus en plus vite. Il tourne, vire,

entraîne ses barreaux dans sa course

jusqu'à ce qu'ils se volatilisent.

Vous, venez voir ! Vite ! Seigneur Tigre s'est échappé.

Il a mis le feu à sa cage.

(page 19)

*

 

Au départ, je voulais juste t'apporter de l'eau.

Mais ce n'est pas cela ton attente. Ce que tu

attendais ? - Quelque chose de beau à défigurer,

le poème jeté dans la prose, le doux visage intérieur

donné en pâture à l'impatience.

 

Je regarde pour tenter de t'apprivoiser des peintres

incendiaires.

Eux comme toi, voulaient se libérer de la cage

et porter le feu à l'intérieur.

Ils s'y sont calcinés

pour la plupart.

 

Tu viens après eux. Aucun art, Seigneur, mieux que ton cri.

 

Entre toi, Tigre, et moi qu'y a-t-il ? Ou n'y a-t-il pas ? Tu

te sers de moi comme d'un appât. Tu me rappelles sans

cesse que dans ton monde, je n'y suis pas. Et si, ici, je me

crois parfois au centre, avec mes mots et ma substance, ce

ne peut être que par hasard ou par inadvertance. Le drame

se joue ailleurs, je le sais bien Tigre, entre toi et une autre

puissance. Et si le beau, comme on l'a dit, est vraiment le

commencement du Terrible, alors, Seigneur, tu en es la suite,

la suite irrévocable. Le feulement dans sa langue le dit mieux

que nous : Etwas schrecklich.                                

                                                                                           (page 23)

 


Jean-Marc Sourdillon Dix secondes tigre. Éditions L'Arrière-Pays. 2011.


  • Jean-Marc Sourdillon dans "Vous prendrez bien un petit poème ?" :  Envoi n°45 "Terrasses" ; envoi n° 46 "Dixsecondes tigre" & 

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25.01.2012 | Lien permanent

Envoi n°45. Jean-Marc Sourdillon. ”Terrasses”

TERRASSES.

 

Avec leurs terrasses à la verticale

et leurs outils posés à même le sol

avec l'appui des pierres, des arbres

et des paroles,

en lisant chaque jour un peu la Bible

et le journal,

avec leur travail, leurs familles,

et le vent qui les frôle,

ils empêchent chaque jour un peu

que ne dévale

sur eux la montagne.

C'est pour cela qu'ils travaillent

et pour rien d'autre.

Parce qu'ils le savent,

ce paysage, là, qu'ils voient devant,

si familier, par le seuil ou la fenêtre,

c'est celui qui les attend,

celui où, à l'instant de mourir,

ils entreront tout entiers, le pays

de leur enfance et de leur éternité.

Avec ses brebis, ses soleils, ses châtaigniers,

immobile, bien que sans cesse il semble tourner,

il est ce même paysage qu'ils ont sous les yeux

depuis toujours et qui a fini par leur ressembler.

En lui, ils l'ont compris, ils entreront un jour

définitivement

comme on entre nu dans l'eau glacée des rivières

et qu'on remonte en nageant le courant.

Voilà pourquoi dès le matin on les voit

qui s'activent.

Même quand il fait chaud et que le soleil donne,

ils construisent leurs terrasses

autour de leur maison alors que rien ne presse,

ils cultivent en se baissant la terre et portent haut,

très haut leurs troupeaux sur les crêtes

où personne ne les attend.

Ils marchent élégamment,

ils sifflent dans leurs doigts

et appellent longuement dans les ravins

avec des mots que plus personne ne comprend.

C'est ainsi que lentement dans leurs vies

ils progressent, et dans leurs villes,

leurs vallées,

en les aménageant.

Ils poursuivent seuls ou à plusieurs

le mouvement qu'ils ont reçu en naissant.

Et ceux qui sont déjà là, dans le paysage,

parce qu'ils ont fini de naître,

les appellent doucement par leur nom

dans le silence, les livres et les cris des bêtes.

 

Jean-Marc Sourdillon Trois poèmes cévenols in Dix secondes tigre. Éditions L'Arrière- Pays. 2011

 

* «Ont compté pour lui d'une manière décisive les rencontres avec Philippe Jaccottet et l’œuvre de Maria Zambrano ainsi que la découverte, à l'âge de 15 ans, des Cévennes, sa région mentale.» Extrait de la notice qui accompagne le livret.

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18.01.2012 | Lien permanent

Envoi N°372. Jean-Marc Sourdillon : ”TRANSHUMANCES”.

     TRANSHUMANCES

     S’il y a un lieu où je pourrais habiter, c’est bien ici* dans ce paysage dont j’ai peine à croire qu’il ne me soit pas intérieur.

     Mais je n’ai pas ici de demeure. Au fond je sais bien que l’on n’a pas d’endroit où poser la tête et que l’on ne bâtit pas sa maison en dehors de son cœur.

Alors je vais ici en étranger. Je roule en voiture, je parcours ces paysages abrupts sur des routes sinueuses et comme un oiseau je me pose ici et là. Sans but, sans racine, je suis ici, conduit par une blessure, à la fois chez moi et dehors. Où pourrai-je essayer mon aile ?

 

     Deux fois l’an, pendant l’été, ces mêmes montagnes sont traversées par le passage des transhumances sur la pierraille dure des drailles.

     Il faut imaginer cela intensément dans ce paysage sans rivière,

     un flot qui s’écoule et circule dans la poussière, les bêlements – flot de sang blanc irriguant cet organisme de pierres sèches et de sel, de terres déclives où même la lumière penche.

     Quelque chose d’immatériel et de puissamment vivant passe par un cœur fossile.

     Les bergers suivent de loin. On les entend. On ne peut pas vraiment dire qu’ils gardent.

     Ils accompagnent le mouvement, regardent plutôt qu’ils n’interviennent.

     Postés sur la pente raide ou marchant dans l’ombre de chaque côté de la vallée, ils s’appellent mutuellement par leurs prénoms, ils crient, s’interpellent comme pour se garder vivants ou bien seulement éveillés.

     Ce paysage, ces montagnes, ce qu’elles offrent, c’est un peu à chaque fois comme si un berger ouvrait les yeux. La vie vue à travers le regard de l’un d’eux. Il suffit qu’il les referme pour que tout s’efface ou se retire – retour à Paris.

     Et à quoi peut bien servir alors d’être berger ou de voir comme eux ?

     Peut-être à cela, à rester fidèle à cette image aujourd’hui qui perdure, grossie par la mémoire : entre la pente et la lune énorme, à l’heure du soir, cette silhouette fermant la marche, d’une adolescente, blonde, d’un blond solaire, qui allait en dansant dans la clarté et poussait d’une pique les brebis retardataires.

     Je l’ai aimée à seize ans. C’est elle, toutes ces années, qui m’a guidé vers toi à travers ce désert.

 

     Jean-Marc Sourdillon En vue de naître. pp.23-25.  Editions L’Arrière-Pays. 2017.

 

 « Ont compté pour lui d’une manière décisive les rencontres avec Philippe Jaccottet et l’œuvre de Maria Zambrano ainsi que la découverte, à l’âge de seize ans, des Cévennes*, sa région mentale. »

Jean-Marc Sourdillon dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°45, 47 & 371. http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

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09.01.2019 | Lien permanent

Envoi n°371. Jean-Marc Sourdillon:”LES BONDISSANTS”.

LES BONDISSANTS

     Marche de retour à travers les sous-bois. Fin d’hiver, il faisait froid. Le ciel, au moment du couchant, se rapprochant, rouge, rose et gris.

     L’obscurité peu à peu enveloppant le marcheur d’un geste fraternel comme si elle lui mettait un manteau sur les épaules et qu’elle pouvait quelque chose, qu’elle avait le pouvoir de consoler.

     J’avançais seul entre les arbres espacés avec la curieuse impression d’être chez moi, d’avancer dans mon propre cœur ajouré, quelque part à l’intérieur loin de là.

     Et c’est alors que je les ai entendus.

     Je ne pouvais pas les voir à cause de la pénombre et du brouillard. Mais je les ai entendus, juste à côté de moi, ou un peu devant sur le chemin étroit. Leurs bondissements.

     Ils ont d’abord bougé, sans doute pour s’écarter – bruissement de feuilles -- et puis ils se sont élancés. Quelle cadence alors, quelle élégance, quelle frappe légère et en même temps puissante et déterminée. Tout le sol résonnait. Ils se sont élancés comme s’ils ne devaient retomber jamais. Ou si, ils sont retombés, mais comme on prend appui pour sauter plus haut et librement.

     Ils fuyaient, je le comprenais, mais dans un seul bond, un élan puissant et pur, sans but, sans destination comme un unique et éperdu battement de cœur, épanchement de sang dans le ciel. Bond démesuré d’une énorme jambe, comme s’ils avaient été des bêtes géantes, des créatures merveilleuses d’autrefois.

     Ils ne couraient pas, ils ne détalaient pas. Ils s’enlevaient.

     Et moi, qui les écoutais, qui les avais surpris sans les voir, j’étais enlevé par eux, je m’enfuyais avec eux, comme porté, comme entraîné à la fois dans ces sous-bois et à l’intérieur de moi, de mon propre cœur selon son battement ou son bondissement, comme si j’allais mourir, comme si j’étais en train de mourir avec eux dans le silence d’avant la nuit.

     Mais j’étais toujours là, je marchais sur le chemin seulement précédé par eux, avec ce son, ce souvenir à l’intérieur, comme un écho, comme une annonce de ma propre force, de mon propre élan, de cette capacité que nous avons de nous relever, de bondir sans jamais retomber, de poursuivre le bond en essayant de répondre du mieux que nous pouvons à l’imperceptible, à l’imprévisible appel qui toujours nous devance, toujours nous élève.

     Jean-Marc Sourdillon LES BONDISSANTS, ARPA N°124, Revue de Poésie, 14 octobre 2018. Site : www.arpa-poesie.fr

Jean-Marc Sourdillon dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°45 & 47 http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

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02.01.2019 | Lien permanent

Envoi n°552. Jean-Marc Sourdillon ”Dans la forêt”

Dans la forêt

 

L’attente de quelque chose. La Toussaint.

Ciel très bleu, une buse plane.

La cime des arbres est jaune citron,

la base

perdue dans l’ombre.

Les feuilles pleuvent dans le silence de l’après-midi.

Grand lac suspendu de la lumière.

Les glands, les châtaignes sont à terre.

Quelque chose de froid et d’invisible est dans l’air,

le noyau d’une rivière. On est debout quelque part

dans son courant immobile

de l’eau jusqu’à la taille.

Une voix au loin appelle :

« ohé, revenez ! »

 

Jean-Marc SOURDILLON L’Unique réponse, poèmes. nrf  Gallimard, 2020.

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23.11.2022 | Lien permanent

Envoi n°553. Jean-Marc Sourdillon ”Le Merle”

Le merle

 

     Tôt avant le petit matin, heure de la nuit la plus sereine, venu de très loin, quelqu’un se penche à ton oreille, y dépose en passant son secret,

pas une parole, plutôt un souffle, une seule syllabe, pour que tu le gardes bien à l’abri, le temps qu’il faudra et même davantage

jusqu’à ce qu’il revienne

ou qu’à défaut tu le deviennes.

 ü  

 

     Plus aucun nom, plus aucun nombre, seul un oui dans la pénombre.

     A peine une vrille, à peine un son, juste un petit vertige, là, dans l’oreille,

le chant du merle.

 ü   

 

     Celui simplement qui dit oui et qui le dit sans le dire, qui le tourne, le module comme une cerise dans la bouche, qui le fait entendre à qui veut l’entendre dans la solitude splendide  de la nuit.

 

Jean-Marc SOURDILLON L’Unique réponse, nrf Gallimard, 2020.

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30.11.2022 | Lien permanent

Envoi n°612. Jean-Marc Sourdillon ”El limonero”

         El limonero

                                                                   à Maria Zambrano

 

          Dans une grande enveloppe blanche arrivée par la poste et 

     portant au dos cette signature Maria Z, il y avait un citron, un 

     simple citron mais parfait comme un œuf dans un nid, qui tenait 

     dans la main et qui rayonnait.

          Il y avait aussi ces mots : « ante las palabras » écrits à la va-

     vite sur une feuille déchirée en grandes lettres élégantes.

          C’était tout. L’équivalent de tout. Et c’était elle.

          Elle se donnait tout entière. Elle s’annonçait. Elle revenait.

 

          Petit astre acide persistant dans la clarté, pupille sans les pau-

    pières comme si l’œil pouvait à lui seul faire toute la lumière, 

    morceau d’aurore, c’est ce qu’elle te tendait pour t’aider à vivre, à 

    travers les mille pages de ses livres éparpillés et dans le geste de 

    sa vie qui se donne, illuminée par ce souvenir d’avant les paroles :

         son père la hissant dans la cour claire de la petite maison aux 

    murs blancs vers le haut du citronnier.

         C’est là, disait-elle, dans ce carré de ciel bleu, que le fruit 

    précieux s’isole aussi intact, aussi pur que s’il était la lucidité 

    cinglante d’un soleil d’hiver, loin là-bas, au-delà des montagnes, 

    en Andalousie, près de la mer.

 

 

    Jean-Marc SOURDILLON ALLER VERS I Les Désabrités, poèmes, nrf Gallimard, 2023.

 

 

  • Jean-Marc Sourdillon dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°45«Terrasses» & n°47 « Dix secondes tigre » in « Dix secondes tigre », éditions L’Arrière-Pays, 2011 ; envois n°371 « Les Bondissants », revue ARPA n°124, 2018 & n°372 « Transhumances », in « En vue de naître », éditions L’Arrière-Pays, 2017 ; envois n°462 « Jour transparent » & 463 « Nous sommes allés » ; envois n°552 « Dans la forêt » & 553 « Le Merle » in « L’Unique réponse », Gallimard, 2020 ; Courrier des lecteurs n°138 : « Chanson entre l’âme et l’époux » Saint Jean de La Croix Cantique spirituel Càntico espiritual. Traduction et postface (L’élan limpide) de Jean-Marc Sourdillon. Peintures de Catherine Sourdillon. Éditions Illador, 2023.

               

  • « Ont compté pour lui d'une manière décisive les rencontres avec Philippe Jaccottet et l’œuvre de Maria Zambrano ainsi que la découverte, à l'âge de 15 ans, des Cévennes, sa région mentale. » Extrait de la notice de « Dix secondes tigre ».

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17.04.2024 | Lien permanent

Envoi N°613. Jean-Marc Sourdillon ”J'ai beaucoup regardé la Seine...”

 

J’ai beaucoup regardé la Seine

Je suis né, j’ai grandi sur ses bords.

Avec elle, même au-dedans, à l’abri dans nos maisons, c’était

dehors.

 

Mur en mouvement, route décollant, elle nous projetait un à

un contre l’horizon, mouettes, péniches, enfants et migrateurs.

ü  

(...)

     Tu es ma Seine, ma sereine, ma souveraine, tu es mon sein

au féminin, celle qui m’a nourri, celle qui m’a admis, devant qui

j’ai dansé chaque soir, chaque matin quand il faisait jour, quand

il faisait nuit, pour lui montrer quel progrès je faisais dans ce

qui n’était ni mon destin ni mon histoire, celle qui m’indiquait

où l’horizon était quand j’étais perdu, -- là-bas, vers l’estuaire

ou de l’autre côté des pierres levées de La Défense --, celle qui

était à côté de moi le mouvement même de ma vie me traversant.

ü  

(...)

Un éclatant dimanche de février, ton épaule contre la mienne

formant passerelle

 

et la Seine entre nous deux apaisant le feu.

ü  

Sur le seuil de la porte ouverte l’instant hésitait entre la pénombre

choisie et la lumière offerte.

 

Tu avais fait des crêpes et l’aluminium brillait dans le couloir

obscur.

 

Étonné, en alerte, de tout mon être je dévisageais.

 

Arrêté le geste d’aller, suspendue l’évidence de parler.

 

La Seine avait débordé, monté une à une les marches de l’escalier

 

et hissé jusqu’ici sur l’instant du seuil sa clarté verte et son

oscillation secrète.

ü  

En arrière de toi, du côté d’où vient la lumière

il y avait le grand geste qui donne, invisible et muet

l’épervier qui descend au travers de l’air

le grand geste déployé de l’avenir devenant estuaire

ü  

(...)

Jean-Marc SOURDILLON ALLER VERS I Seines, pp. 31, 34, 49, 50, 51, poèmes, nrf Gallimard, 2023.

 

  • Jean-Marc Sourdillon dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°45«Terrasses» & n°47 « Dix secondes tigre » in « Dix secondes tigre », éditions L’Arrière-Pays, 2011 ; envois n°371 « Les Bondissants », revue ARPA n°124, 2018 & n°372 « Transhumances », in « En vue de naître », éditions L’Arrière-Pays, 2017 ; envois n°462 « Jour transparent » & 463 « Nous sommes allés » ; envois n°552 « Dans la forêt » & 553 « Le Merle » in « L’Unique réponse », Gallimard, 2020 ; Courrier des lecteurs n°138 : « Chanson entre l’âme et l’époux » Saint Jean de La Croix Cantique spirituel Càntico espiritual. Traduction et postface (L’élan limpide) de Jean-Marc Sourdillon. Peintures de Catherine Sourdillon. Editions Illador, 2023 ; envois n°612 &613 : extraits de « Aller vers », Gallimard, 2023.              
  • « Ont compté pour lui d'une manière décisive les rencontres avec Philippe Jaccottet et l’œuvre de Maria Zambrano ainsi que la découverte, à l'âge de 15 ans, des Cévennes, sa région mentale. » Extrait de la notice de « Dix secondes tigre », éditions L’Arrière-Pays.

 

 

 

 

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24.04.2024 | Lien permanent

Envoi n°281. Jean-Pierre Lemaire ”Prélude”

 

PRÉLUDE

 

Dans notre ancien jardin

les enfants étaient grands

Ils voyaient déjà des choses

aux confins du feuillage

qu’ils pensaient plus tard atteindre

dans un seul élan

et qui restent leur secret

car l’ultime distance

nous ne l’avons jamais franchie

C’est nous aujourd’hui

au souvenir des arbres

qui sommes devenus petits

 

Jean-Pierre Lemaire Scènes d’enfants  in Le Pays derrière les larmes Poèmes choisis. Préface de Jean-Marc Sourdillon. nrf. Poésie/Gallimard.2016.

 

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21.12.2016 | Lien permanent

Envoi n°282. Jean-Pierre Lemaire ”Les Ateliers”.

           

LES ATELIERS

 

Celle qui battait entre le monde et nous

c’était la porte en bois au fond du potager

dont le bruit signalait le retour de ton père

Au-delà commençaient les rails

la fumée, les hommes, les locomotives

Nous la franchissions une nuit dans l’année

quand il y avait la fête aux ateliers

et que Petit Pierre au son des cymbales

faisait la roue d’un bout à l’autre de la scène

avant d’attraper le loup par la queue

Le jour, nous y étions admis plus rarement encore :

tout le monde était en bleu de travail

et l’on ne jouait plus.

 

Jean-Pierre Lemaire Scènes d’enfants  in Le Pays derrière les larmes Poèmes choisis. Préface de Jean-Marc Sourdillon. nrf. Poésie/Gallimard. 2016.

 

 

 

 

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28.12.2016 | Lien permanent

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