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Envoi n°51. Josette Ségura
DE VOIX EN VOIX
La lumière va de voix en voix,
nous nous abandonnons,
les mots fusent, forment des bouquets,
nous remercions
malgré l'ombre toujours mêlée à l'or des jours,
nous ouvrant à l'immensité cachée des autres
au bord d'une émotion intense
qui nous précipite vers le dieu
dont la clarté laboure l'ici.
Nous avançons vers ce feu,
nous dépouillant d'instants mauvais que nous rendons
à la terre.
Elle reprendra toute cette nuit, ce sang dans sa matière
jusqu'à la fleur manifestée.
Josette Ségura Le Pas de l'ange. Éditions Voix d'encre. 2002.
- Josette Ségura dans "Vous prendrez bien un petit poème?" : envoi n° 50: "Saison du haut" ; envoi n° 51 : "De voix en voix".
- sur le site Terres de Femmes : http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2010/07/josett...
29.02.2012 | Lien permanent
Envoi n°50. Josette Ségura.
SAISON DU HAUT
Ainsi avançons-nous avec ces rêves,
le temps d’entrevoir l’espace vers lequel nous volons
chaque fois qu’un feu intérieur nous porte, nous soulève,
tout semble alors tomber de nos épaules,
ce qui fit trébucher, ce qui voulut détruire,
nous le laissons sur ce seuil, passons ailleurs,
un pays de lumière donnerait une idée du lieu
où nous fondons ce que nous sommes et ce que nous devenons,
le printemps
par la légèreté de sa lumière,
la douceur des sous-bois quand l’oiseau fend le jour.
Ici n’existe que visité,
que foulé par le vent sur les lèvres duquel se pose
notre aveu :
voilà ce qui fait vivre, ce qui fera mourir.
Nous regardons éclore ces paroles,
l’eau mystérieuse de leur source,
un secret plane, cherche notre accueil,
il apprivoise notre cœur, notre pensée,
en amont de la voix
muette en ce temps plat où l’ange dormait sous les arbres,
son beau visage abîmé dans son sommeil.
Josette Ségura Le pas de l’ange. Éditions Voix d'encre. 2002
22.02.2012 | Lien permanent
Envoi n°525. Josette Ségura ”Dimanches. VI”
VI.
En ce jour plein de tourments, est-ce l’ombre ou le mal qui rôtit dans l’âtre ?
Ce sanglier, une force obscure que transforme le feu. Des hommes et des femmes
s’approchent du comptoir, les verres se remplissent, les visages s’éclairent. Nous
accédons au fil des jours que tant de morts avaient rompu. Nous voilà à nouveau
emportés par le présent dont l’eau fait un bruit de feu, puis nous allons marcher
dans la forêt où le sable du sol nous étonne toujours.
Josette Ségura Dimanches in Avec les heures. Éditions Illador, 2021
http://www.editions-illador.com/_livres/avec_les_heures.html
*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange » ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour » ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec » ; envoi n°524 & 525, extraits de « Avec les heures ».
27.04.2022 | Lien permanent
Envoi n°146. Josette Ségura ”Les larmes gardent...”
Les larmes gardent
du côté de la vie
où se préparent les fleurs et les fruits,
elles nous relient.
La table
accueille le jour qui passe par la fenêtre,
c'est comme une invitation à faire du jour en soi.
Que fera de nous ce jour ?
page 9
Noter ce qui nous arrive,
évoquer ce qui vient, est venu
dont nous avons tenu compte,
peut-être pour ne pas perdre tout à fait
cette modeste collection d'éclaircies,
la retenir.
page 10
Dans une lettre, je lis à la hâte :
« moisson de pur froment du quotidien
habité (la lumière du jour) »,
quelqu'un vient de me dire
ce que j'essaie de faire
depuis ce premier poème de larmes et
d'incertitudes.
page 32
Josette Ségura Dans la main du jour Éditions Editinter. 2013
19.02.2014 | Lien permanent
Envoi n°147. Josette Ségura ”Nous avons enfin trouvé les étangs...”
Nous avons enfin trouvé les étangs
en prenant un chemin de terre sablonneuse,
le parfum de la menthe, du sol humide jaune
de feuilles,
nous accueillit,
un ruisseau d'eau rousse longeait le chemin
d'herbe
qui fait le tour du grand étang, au joli nom
de Brameloup,
il avait plu la veille,
tout était gorgé d'eau
sous le soleil d'automne, le vent glacial,
nous guettions le héron cendré,
pas d'oiseaux aujourd'hui,
sauf dans le ciel un peu avant,
des oies sauvages désorientées,
leurs piaillements nous firent lever la tête,
oui, la saison froide arrivait à pas de loup.
Josette Ségura Dans la main du jour Éditions Editinter. 2013
26.02.2014 | Lien permanent
Envoi n°316. Josette Ségura ”Saint-Guilhem-le-Désert...”
Saint-Guilhem-le-Désert,
l’ermitage au bout d’un sentier,
des pierres et du buis
mais aussi de l’eau dans le village,
il y a longtemps, je fus émerveillée par toutes ces fontaines
au coin des rues,
par ce nom d’abord repéré sur une carte,
tant d’eau dans un désert,
le chemin commençait à ressembler à quelque chose.
*****
Ce silence,
on peut s’appuyer,
on ne sait plus parfois sur qui s’appuyer,
chemin qu’on cherche tout le temps,
comme s’il fallait passer par ce jeu de cache-cache,
apprendre à le perdre, le reconnaître, le suivre.
*****
Josette Ségura, extraits de « Jours avec ». Poèmes. Editions éditinter. 2017.
30.08.2017 | Lien permanent
Envoi n°524. Josette Ségura ”Relire, barrer, ajouter, ...”
Relire, barrer, ajouter,
trouver le mot juste,
donner les prénoms, des précisions,
dire au plus près de ce qui a été vécu, se vit
comme pour bien entendre
« le ruisseau de la vie »,
d’ailleurs
un ruisseau et un pont
arrêtent toujours,
on se penche, on écoute, on voit,
si en plus il y a un moulin,
un pré, des fleurs et des arbres,
on entre dans un tableau.
Josette Ségura Avec les heures, éditions Les Cahiers d’Illador, 2021.
http://www.editions-illador.com/_livres/avec_les_heures.h...
*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange » ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour » ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec ».
20.04.2022 | Lien permanent
Envoi n°602. Josette Ségura ”La pêche du Moura”, extrait 2.
« Tu sais que toujours/ un parmi nous/ s’absente/ pour habiter sa clarté. »
Thierry Metz
XIV
L’été est un seuil en flammes. La canicule appuie les volets contre l’ombre des maisons, laisse à l’ombre ce qui lui appartient. L’or tombe des feuilles pour que la nuit brûle enfin, que les cœurs s’ouvrent et avec eux le temps qui masque le ciel. Fabien Cazaux est de cette saison, elle œuvre en lui par sa fulgurance et sa gloire.
XV
La lande aujourd’hui semble annoncer cette venue vers laquelle il va de tout son être et malgré lui. Le silence oblige à renouer avec le vent, l’ici incontournable où se cachent les pas du dieu. Il se souvient d’une maison du Comminges, de son verger, de sa paix qui était un baume, sans doute avait-il su déjà là combien il aimait les vrais lieux, la présence des arbres et l’été, sans doute avait-il su là combien l’ailleurs se souciait de l’ici comme aussi dans la lumière et les pierres claires d’Assise : tout revient dévoilé, la même porte s’ouvre, le même feu.
Josette SéGURA La pêche du Moura, éditions de l’Arbre, 1998.
https://www.lecteurs.com/editeur/fenixx-reedition-numerique-larbre/6394
*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange », éditions Voix d’encre, 2002 ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour », éditions Editinter, 2013 ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec », éditions Editinter, 2017 ; envoi n°524 & 525, extraits de « Avec les heures », éditions Illador, 2021 ; envois n° 600 & 601 : extraits de « La Pêche du Moura », éditions de L’Arbre, 1998.
07.02.2024 | Lien permanent
Envoi n°601. Josette Ségura ”La Pêche du Moura”, extrait 1.
"Tu sais que toujours
un parmi nous
s'absente
pour habiter sa clarté"
Thierry Metz
I.
Rien n’arrive jamais chez Fabien Cazaux, le vent passe sous les portes, soulève la poussière, la lumière entre à l’est puis au sud et la nuit tombe. Sa femme est partie à la Toussaint, elle ne supportait plus le bruit du vent dans les pins de la lande, ni ce silence, cette vie d’eau dormante qu’un léger foehn pourtant parfois troublait. Elle partit sous la lumière de novembre vers un hiver où oublier cet homme, cette immobilité, ce vent.
Chaque jour est dominical, tout repose et le vent paraît comprendre, lui, et aimer cela. Fabien Cazaux n’attend plus rien dans cette paix que menace le feu noir de l’été.
II.
Chaque été, la saison le défait et ce présent n’étant que ruines, qu’ombre et lumière vive sur ces ruines, il se souvient de son enfance où tremble encore la lumière des étés comme une source de la mémoire. Lumière du vin confié à la fraîcheur du puits, petite lampe de juillet qui brasillait à l’ombre de la terre, faisait de ce puits une chapelle où le ciel descendait pour les moissons. Miroitement des poissons le jour de la pêche du Moura ; tout le village se déplaçait, on vidait l’étang une fois par an, les femmes parlaient et riaient dans la campagne, les enfants suivaient, chaque panier était plein d’étoiles au bout du chemin ombragé le long de la rivière, bien après le moulin, bien après les vastes prairies cernées d’arbres et de haies, ces lieux d’apparition ; l’image n’était-elle pas déjà dans ces éclats ?
(...)
Josette SéGURA La pêche du Moura, éditions de l’Arbre, 1998.
https://www.lecteurs.com/editeur/fenixx-reedition-numeriq...
*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange », éditions Voix d’encre, 2002 ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour », éditions Editinter, 2013 ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec », éditions Editinter, 2017 ; envoi n°524 & 525, extraits de « Avec les heures », éditions Illador, 2021.
31.01.2024 | Lien permanent
Envoi n°317. Josette Ségura : ”Ils pleurent devant les pots de basilic...”
Ils pleurent devant les pots de basilic,
nous allons partir pour un long voyage en 4CV,
je ne sais plus si je pleurais, ma mère, oui,
ma grand-mère me regarde toujours derrière ses larmes,
mon grand-père avec son mouchoir à carreaux,
le jour se levait comme lorsque nous partions à l’Océan,
on achetait des croissants chauds,
ce voyage sera bien plus long,
plusieurs jours pour arriver en France,
l’émotion quand je vis ce nom à la frontière,
je n’avais que cette image de pommes rouges dans
l’herbe verte au pied des vaches,
de mon livre de géographie.
*****
Vivre, dire, mine de rien,
comme si cette façon pouvait donner le ton juste,
sans bruit, comme il faudra passer ici,
souvent à la recherche d’une légèreté, d’une brise
quand les tracas troublent la paix
avec laquelle pourtant nous allions.
*****
Josette Ségura, extraits de « Jours avec ». Poèmes. Editions éditinter. 2017.
06.09.2017 | Lien permanent
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