29.10.2014
Envoi n°179. Max de Carvalho "Ecrit dans un grenier"
ECRIT DANS UN GRENIER.
Cette nuit le vent a soufflé en tempête,
mon sommeil était léger, entrecoupé de rêves.
Parfois je me levais, j'allais à la fenêtre ;
et toi, assise dans la pénombre du grenier,
tu veillais en silence.
Derrière la vitre ruisselante, cherchant à distinguer
parmi les ombres de la rue une silhouette furtive,
tantôt je croyais entendre un appel dans la rafale,
puis dans les hautes branches du cèdre un cri plaintif.
Ce n'était pas la nuit dormie, entrée en repos,
que j'avais sous les yeux, mais ce qui la tient éveillée.
Alors je me remémorai tes jeux dans la maison perdue.
Ton absence accordait aux veilles anciennes
le lustre des choses disparues.
Et tu me ramenais au souvenir de pièces anéanties,
à ces demeures de sept lieues qui,
par une porte dérobée, communiquent en rêve.
Max de Carvalho ODE COMME DU FOND D'UNE AUTRE RÉALITÉ. Éditions L'Arrière-Pays. 2007
Max de Carvalho dans «Vous prendrez bien un petit poème ? » : Courrier des Lecteurs numéro 20 pour la parution de « La Poésie du Brésil. Anthologie bilingue du XVIe au XXe siècle. » Éditions Chandeigne. 2012 & article de Jean-Yves Masson.
11:44 | Lien permanent | Françoise
22.10.2014
Envoi n°178. Erika Burkart "Parler enfin"
Parler enfin
Tentative, par l'écriture
de franchir la frontière,
les conversations me font fuir en moi-même,
on se heurte
ou on se frôle,
je supporte mal les frictions.
Les vérités, la tienne, la mienne,
respirent dans l'intervalle.
Autre est la voix de la douleur.
Si mots et voix coïncident,
l'attentif dresse l'oreille.
Erika Burkart Erinnern innere Zeit/Mémoire temps intérieur in Langsamer Satz/Mouvement lent. Traduit de l'allemand par Marion Graf. Éditions d'en bas. 2008.
Erika Burkart dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n° 27 «Les voix du petit jour» ;
envoi n°28 «La table» ; envoi n°65 «Conversation» ; envoi n°66 «Le bien-aimé» ; envoi n°177 «L'envol matinal des étourneaux».
Zu Wort kommen
Der Versuch, mittels Schrift
über die Grenze zu kommen,
Gespräche schrecken mich einwärts,
scharf oder schleichend
aneinander vorbei,
ich ertrage Reibungen schlecht.
Wahrheiten, deine, meine,
atmen dazwischen.
Der Schmerz hat eine andere Stimme.
Decken sich Worte und Stimme,
horcht der Hellhörer auf.
Erika Burkart Erinnern innere Zeit/Mémoire temps intérieur in Langsamer Satz/Mouvement lent. Traduit de l'allemand par Marion Graf. Éditions d'en bas. 2008.
22:19 | Lien permanent | Françoise
15.10.2014
Envoi n°177. Erika Burkart. L'envol des étourneaux.
Der Morgenflug der Stare
Die Schlafbäume schauern, im Nebel
der Flug der Stare, pfeilschnell, als führe
das Sternbild Trapez
am Himmel einer anderen Zeit.
Flügel und Luft. Windharfe.
Im Laut-Erinnern ein Rauschen,
lebenslänglich, der Ferne. Ferne,
entgrenzt von Unsichtbarkeit.
Erika Burkart Erinnern innere Zeit/Mémoire temps intérieur in Langsamer Satz/Mouvement lent. Traduit de l'allemand par Marion Graf. Éditions d'en bas. 2008.
L'envol matinal des étourneaux
Les arbres leurs dortoirs frémissent, dans le brouillard
envol en flèche des étourneaux, comme s'élancerait
la constellation du Trapèze
au ciel d'un autre temps.
Des ailes et de l'air. Harpe éolienne.
Dans la mémoire sonore un bruissement,
ma vie durant, de lointain. Lointain
que l'invisible illimite.
Erika Burkart Erinnern innere Zeit/Mémoire temps intérieur in Langsamer Satz/Mouvement lent. Traduit de l'allemand par Marion Graf. Éditions d'en bas. 2008.
Erika Burkart dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°65 «Conversation», envoi n°66 «Le bien-aimé».
22:47 | Lien permanent | Françoise
