27.05.2015
Envoi n°203. Jorge Luis Borges "Les Justes"
Les justes.
Un homme qui cultive son jardin, comme le souhaitait Voltaire.
Celui qui est reconnaissant à la musique d’exister.
Celui qui découvre avec bonheur une étymologie.
Deux employés qui dans un café du Sud jouent une modeste
partie d’échecs.
Le céramiste qui médite une couleur et une forme.
Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne
lui plaît pas.
Une femme et un homme qui lisent les derniers tercets d’un
certain chant.
Celui qui caresse un animal endormi.
Celui qui justifie ou cherche à justifier le mal qu’on lui a fait.
Celui qui est reconnaissant à Stevenson d’exister.
Celui qui préfère que les autres aient raison.
Tous ceux-là, qui s’ignorent, sauvent le monde.
Jorge Luis Borges Les Conjurés, traduit de l’espagnol par Claude Esteban in D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du XXè siècle choisis par Philippe Jaccottet. Editions La Dogana. Genève. 2005
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