05.08.2020
Envoi n°444. Christophe Cérès "On raconte qu'une nuit de tempête..."
XII
On raconte qu’une nuit de tempête, alors que les yaks se blottissaient l’un contre l’autre comme au plus dur de l’hiver ; on raconte que cette nuit-là, la lune tremblait dans les yeux de Lobzang. Étaient-ce des larmes arrachées par le vent ou le ciel qui vacillait sous les assauts redoublés ?
Pendant son sommeil, l’enfant entendit un grand bruit sec pareil à un mât qui se fend. Sous la tente tout devint étrangement sombre.
Au matin, on retrouva à quelques mètres de là, une pierre noire qui glaçait la main de celui qui s’en saisissait. Du givre la disputait à la chaleur de la paume. On décida de l’envelopper dans une écharpe de soie blanche, une khata, puis de la confier à un ermite retiré dans la montagne.
Plusieurs mois s’écoulèrent avant que la lune ne réapparaisse dans le ciel de l’Amdo.
***
Quand la surface du lac ondule, le voyageur affirme que c’est le vent.
-- C’est le vent si tu l’affirmes. Contente-toi de cette preuve. Le voyageur est trop distrait et tu seras déjà loin que l’eau ondulera toujours.
***
Car il est des paysages sous l’écorce, des constellations, maudis toute parole qui te paraît juste.
L’étymologie, c’est se savoir seul.
La langue, c’est l’artifice, la langue, c’est toujours celle de l’autre.
-- A quoi bon un poème ?
Si je devais dessiner le silence, je tracerais un cercle sur la buée d’une vitre. Le support important bien plus que la forme.
Les Tibétains nomment Tsuma l’illusion de ce monde.
Tout l’art consiste à se laisser dérober.
Les vieux marchent ainsi le dos courbé comme pour mieux se glisser entier dans la tombe. Rien ne doit faillir autour d’eux.
*Mémorandum des lieux parcourus : chant XII : monastère de Kumbum.
Christophe Cérès Carnets tibétains. Khora. Photographies Qiang Zhang. Editions Voix d’encre. 2009
21:23 | Lien permanent | Françoise

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