15.06.2022
Envoi n°532. Hommage à Jean-Marie ALFROY "Rouge-gorge" & autres poèmes.
Rouge-gorge
des derniers soleils de novembre
je t’ai trouvé mort ce matin
fleur fanée
sur les pierres de la terrasse.
Nous avions été trois semaines
compagnons de même existence
je bêchais tu chantais
la vie donne parfois ces bonheurs.
Sans le savoir c’est ton bûcher
de branches et d’herbes séchées
que j’avais dressé au jardin.
J’ai mis le feu
repris ma bêche
et sanctifié mon travail
à la fumée de tes funérailles.
Jean-Marie ALFROY, revue FRICHES n°110, mai 2012.
Le vent est venu s'étendre à mes côtés, sur le lit de plein jour. Il me lave de toute la bêtise collée à ma peau depuis des semaines. Je l'attendais, ce vent robuste et sage, compagnon d'un soleil sans compromission. Il est ma musique, mon paysage. J'entends l'écho des montagnes là-bas, la plainte des forêts où j'ai couru autrefois, la volonté de ce village ramassé sur lui-même comme un coup de poing donné dans le gras de la colline, le murmure de l'abandon le long des murs de galets. J'aime le vent venu de loin, des plateaux d'Espagne ou du vaste pays des mers. Il me rendra la force pour continuer ma route sur ce chemin que je ne sais plus vraiment reconnaître parmi les buissons, les éboulis, les jachères et les baraquements désertés. Il me redonne le goût de te prendre par la main, de te prouver que l'amour c'est marcher à deux vers ce point où nous ne serons plus qu'un dans l'horizon infini.
Jean-Marie ALFROY Paysages et Portraits. Collection Franche Lippée n°376. Octobre et Novembre 2012. Éditions Associatives Clapàs. 10 bd Sadi Carnot 12100 Millau
(...)
Quelle est cette voix qui me dit d’aller parler aux montagnes ?
Qu’aurais-je à leur dire sinon que je ne les ai pas oubliées ?
Qui chante dans mon cœur et dans ma tête comme un saxophone d’héritage ?
(page 2)
Rafraîchis-toi, mon âne, le cerveau à l’ombre de tes oreilles.
J’aime ton regard d’abandon cerclé de lunettes blanches
comme celles des stars quand elles posent sur les sables de Californie.
Où vont donc tes pensées de cancre malin ?
(page 6)
Ah Marcel, que nous étions heureux sur le petit pont de pierre
quand nous crevions nos pneus
et que nous appuyions nos bicyclettes contre les parapets.
Tu allumais une sèche, comme tu aimais à le dire,
tandis que j’ouvrais la sacoche à outils.
Il faisait beau comme un jour de neige sur les montagnes d’Italie.
Tu rêvais de garçons demi-mondains et totalement danseurs ;
moi de filles rustaudes à perdre dans les meules de foin.
(page 9)
Ils sont partis, les compagnons, vers des patries lointaines qu’on ne trouve pas dans les atlas.
L’un m’avait prêté des magazines pour solitaires enfiévrés ; l’autre un pistolet à amorces, un lance-pierre et des billes opalescentes.
Mais lequel m’avait ouvert la porte du jardin où l’on piétine les pelouses, cueille les roses et mange les groseilles ?
(page 10)
(...)
Jean-Marie ALFROY SIMPLESSES Collection Encres Blanches.N°668. Editions Encres Vives. 2016. 2, allée des Allobroges. 31770 Colomiers.
19:24 | Lien permanent | Françoise

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