24.02.2016
Envoi n°242. Georges Cathalo "les moqueries des plaisantins..."
les moqueries des plaisantins
les quolibets des cyniques
ça fait un bail qu’on y fait face
pauvres poètes rabaissés
pas de problème on connaît ça
depuis le temps que l’on se trouve
au milieu des parias des exclus
des empêcheurs de penser en rond.
*
réveillez-vous les poètes
il est temps que vous vous leviez
au milieu des champs de ruines
stoppez tout relevez-vous
vous avez déserté depuis si longtemps
vous avez tant vécu à plat ventre
que vous ne devez plus vous souvenir
de la station debout
pour reprendre les armes des mots.
Georges Cathalo deux extraits de Quotidiennes pour résister in Vibrations en partage.
Les Moments poétiques d’Aurillac janvier 2006-mai 2013.
Editions La Porte des Poètes – Théâtre d’Aurillac.
19:31 | Lien permanent | Françoise
17.02.2016
Envoi n°241. Henry Bauchau "L'harmonica & autres poèmes".
L’HARMONICA
Sur le seuil de la grange
le doux colporteur de l’enfance
ouvre son sac
éblouissant
LA NUIT
Pour ton ombre taciturne
tu dansais petite fille
lune blanche
à la fenêtre des étoiles
TEMPS NATAL
En suivant tes veines bleues
dormant dans tes nids d’oiseaux
j’ai retrouvé les nœuds de l’ancienne matière
et ses points très légers
sur les murs
les murs blancs
de la Chine intérieure
TOUTE LA NUIT
Toute la nuit je me tourne vers le matin
et dès le jour j’entends le temps siffler ses chiens
qui m’entraînent en bondissant, quand les montagnes
brisent leurs chaînes dans le ciel et que la courbe
de la femme remet le monde en mouvement
NOUS NE SOMMES PAS SEPARES
Nous ne sommes pas séparés de la mort par la construction d’un tombeau
ni par un chant de pierres d’églises, ni par voie de contemplation
mais perdus, tout entiers perdus dans le grand paysage
avec ses arbres, ses champs et cette incompréhensible
lumière.
Sur le bord de la route où l’ombre est rare et l’amour
incertain
nous ne sommes pas séparés de la mort au milieu des buissons et des choses
communes.
Henry Bauchau La Fenêtre d’images in L’escalier bleu, poèmes. nrf Galimmard. 2012 (première édition 1964)
11:48 | Lien permanent | Françoise
10.02.2016
Envoi n°240. Henry Bauchau "Mérence".
MÉRENCE
A la fenêtre mansardée
à la fenêtre de l’enfance
l’amour avait un arbre vert
le cœur avait un arbre rouge
et les pluies s’écoulaient sur les pentes d’ardoises
Portée par les branches du ciel
ouverte par un chant d’oiseau
la fenêtre cachait ton image indulgente
Mérence
qui devient plus réelle à la tombée du jour
Que je t’ai bien créée Mérence bien rêvée
dans la peur et l’amour et la frayeur d’amour
quand tu venais le soir portant la bougie blanche
avec le chandelier du cœur
Engourdi je voyais la reine des abeilles
sa beauté qui veillait
l’ombre et l’or apaisés sur son ventre précieux
et si tu te penchais sur mon corps endormi
en toi je m’éveillais blessé du dard très doux
Henry Bauchau La Fenêtre d’images in L’escalier bleu, poèmes. nrf Galimmard. 2012 (première édition 1964)
16:11 | Lien permanent | Françoise
