29.09.2021
Envoi n°498 : Françoise Hàn "Sur la distance"
Sur la distance
Vous les mots
vous pouvez sourdre désormais
de mes silences
dire à la forêt ployée
à vos rives arrachées
que je l’aimais
l’amour qui vous dépassait
dépassait l’amour
il flottait sur la distance
Vous pouvez vous briser sur les pierres
rejaillir en écume
sur la nuit qui monte
sur le vent qui n’emporte
que la mémoire
sur la neige qui oublie
les empreintes les adieux
sur l’herbe sur le temps
une plaine jaunie
mais pourrez-vous atteindre
au-delà de la mémoire
par-delà les adieux
après le temps
l’entrouvert
par où il a glissé
dans le bleu de l’espace
Françoise Hàn (1928-2020) Un été sans fin, éditions Jacques Brémond, 2008.
* Françoise Hàn dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°490 « Depuis que la nuit est tombée sans crépuscule » & envoin°497 « Plus loin dans l’inconnu », extraits de « Sans fragment de bleu » in « Ce pli ouvert ». Peintures originales de Jean-Michel Marchetti, Editions Jacques Brémond, 2015 ; envoi n°489 3 « Un été sans fin » & envoi n°498 « Sur la distance », extraits de « Un été sans fin », éditions Jacques Brémond, 2008.
17:55 | Lien permanent | Françoise
22.09.2021
Envoi n°497 : Françoise Hàn "Plus loin dans l'inconnu"
Plus loin dans l’inconnu
Nous ne demandions pas à arriver quelque part, juste à
aller toujours plus avant.
Nos chemins n’ont pas divergé, mais le tien a pris fin, le
mien s’enfonce dans un temps qui n’est plus le nôtre.
Ma plume ne glisse plus sur le papier, reste en suspens,
ou pis, grince et rature. Sait que l’écriture ne t’atteindra pas,
s’obstine pourtant. Ouvrir, ouvrir, encore.
Si l’espace-temps n’est que relations entre les choses,
entre les êtres, que devient-il quand la distance est infinie ?
Françoise Hàn (1928-2020) Sans fragment de bleu in Ce pli ouvert
Peintures originales de Jean-Michel Marchetti, Editions Jacques Brémond, 2015.
*Françoise Hàn dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 489 « Un été sans fin » ; envoi n°490 « Depuis que la nuit est tombée sans crépuscule ».
17:59 | Lien permanent | Françoise
15.09.2021
Envoi n°496. Cédric LE PENVEN "Verger" (extraits)
Verger (extraits)
(…)
Il n’est pas question de cœur, ni d’anges, ni de souvenirs. Il est question de gagner un peu d’argent chez un cousin arboriculteur pour pouvoir continuer d’aller à l’université, et de passer des concours pour éviter le métier de tes grands-parents
tu sais trop combien le sommeil est difficile pour le paysan devenu fonctionnaire de l’Europe, simple rouage désormais d’une machine à emprunts, à intérêts, qui se doit de croître en permanence
tu sais trop combien ton grand-père est mort parce qu’il épandait des produits miracles par hectolitres sans la moindre protection
il s’extasiait devant des fruits énormes et lisses, comme si le sol avait soufflé dans les racines pour les gonfler
cette illusion s’évanouit quand la prostate ou le pancréas se parent de taches sombres
p.38
(…)
cinq heures du matin, je suis éveillé, encore
la fenêtre du bureau découpe un bloc de nuit qui pèse lourd sur ma nuque
j’ai le crâne si poreux que tout ce qui dehors halète, rêve, respire dans les buissons épineux, sous les tas de bois, dans le foin gris et moite des granges abandonnées, converge et pénètre ce refuge exigu
les rapaces nocturnes esquivent les troncs lisses des futaies, la sauvagine remonte les coulées, les crapauds sortent de sous les dalles en béton et ma bibliothèque ressemble à une arche sans capitaine où chacun a le droit à la parole
sans parler de cet enfant au regard panique et à la bouche cousue qui s’est tourné et retourné dans mon lit. Il tire la couverture à lui
je dois me lever et écrire pour qu’ils me laissent un peu tranquille p. 47
Cédric LE PENVEN, Verger in Revue Décharge 174, revue trimestrielle.
Jacques Morin, 4 rue de la Boucherie, 89240 Egleny. http://www.dechargelarevue.com
* Cédric LE PENVEN dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°495 : « Verger » (extraits) in Revue « Décharge » 174, revue trimestrielle, pp. 36-37.
14:36 | Lien permanent | Françoise
