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Envoi n°33. Gil Jouanard. Lentement à pied à travers le Gras de Chassagne.
Cette puissante odeur de terre, épaisse et pourtant translucide. L'enfant lézard, sur la marche tout juste née de la dernière pluie. L'errance de cet escargot ; le trajet précis de cette fourmi. La mante gravide, le grillon surpris. Les oiseaux entre deux averses. Pesant sur le Serre de Barre, cet automne précoce. Le silence a changé d'octave. Et soi, enfin, environné de la seule et dure nécessité. p. 10
Lente et pesante, la marche nous libère des cellules usées du langage. Le chant de la proximité augmente à chaque pas. p.14
Chemin de novembre. Sol dur. Des nuages de mots se condensent dans l'air coupant. Soleil pourtant sur les oliviers abandonnés. Modernité chaque matin de la phrase rurale. Bruissement d'ailes dans l'or âgé des branches. Rythme des pas, et celui, dans la nuque, du sang. Nu comme un axiome, le chemin s'étire, axe du monde ; tout autour, le silence prend la forme des musiques tombées des arbres, montées des buissons. Le paysan rencontré ne se tait pas par discrétion ; il se tait parce qu'il n'y a rien à dire. Joë Bousquet*, le marcheur immobile, nous accompagne de cette vérité lumineuse :
« Chacun est l'errant, et il est la terre promise. » p.19
Rien ne surpasse en présence ceci : le long d'un champ d'avoine, la marche pensive d'un homme qui, tout en haut, disparaît dans le ciel. De l'autre côté, la réalité s'accroît de toute notre ignorance. p. 27
Non pas des bruits, des sons : cris d'oiseaux ou pierres tombées du mur dans le silence. Non pas des bruits, des sons, de la musique. Le monde, simplement : sa voix.
p.34
Profondeur de ce qui appelle dans le paysage, patience, obstination, comme si une attente se tenait, antérieure à toute chimie. Se taire, regarder. Et en croire ses yeux.
p.37
Feuilles de l'amandier. Frisson d'acquiescement. Vert tendre, et puis, violet, de l'iris le cri un peu étouffé. Aventure de chaque instant ; mort bruyante d'un taon sur la marche de l’escalier. Ce qui fut. Le monde à haute voix, et le jour qui se tait. Entre les amandiers, le soleil, entre les chênes. Milliard de feuilles du soleil. Débris de concrétions dans le parfum du thym. Propreté luisante des choses. Quelqu'un en moi s'est mis en marche.
p. 47
Gil Jouanard LENTEMENT A PIED à travers le Gras de Chassagnes. Cahiers solaires n° 33.1981
- Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité(...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline. revue Poesie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.
21.09.2011 | Lien permanent
Envoi n°34. Gil Jouanard. ”Peut-être Li Po a-t-il raison...”
(…) Peut-être Li Po* a-t-il raison
et nous faut-il, ayant quitté le tumulte et la vanité,
enfoncer notre soif dans l'écorce des arbres,
comme un coin dans l'épaisse touffeur des forêts
notre écorce enfoncer
et comme une forêt touffue de sens et de non-sens
dans le rugueux silence des montagnes nos racines plonger,
et devenir lentement cette ivresse*
montant à travers les dures veines de métal,
à travers le basalte et la chaude bauxite, monter,
et monter à travers les fins pores du grès
et à travers les lames acérées du schiste,
et à travers, monter à travers la granulation du granite,
et à travers aussi les flammes de la fluorine
et la pureté fragile du quartz, à travers
la musique grégorienne des orgues de calcite,
monter jusqu'à la lave incandescente,
et encore monter jusqu'au magma,
dans l'inconscient bouillonnant de la montagne,
à travers la chimie, fibre à fibre,
à travers les racines, jusqu'au point le plus élevé
de cette ivresse*, haut profond en nous,
jusqu'à l'extinction du brasier,
jusqu'à pic tout là-haut,
vertigineusement à pic
au-dessus de l'abîme du JE.
Peut-être Li Po* a-t-il raison
et vaut-il mieux monter plus haut encore
que les lieux fréquentés par l'ultime berger,
et s'enfouir dans l'humus d'oxygène et d'azote,
dans l'air qui chante et bat, ivre d'indifférence,
loin au-dessus des forêts les plus hautes,
entre les pics des montagnes les plus élevées,
haut, le plus possible,
loin au-dessus de la mémoire et de l'espoir,
dans le soleil éblouissant de la musique.
(…)
Gil Jouanard La veine ouverte. Revue Poètes de SUD. Éditions Rijois. 1978.
* Li Po (701-761) poète chinois, étudia en profondeur les classiques taoïstes, cultiva l'accord avec le tao, le cours naturel des choses ; il se consacra également à l'étude et à la pratique du bouddhisme «ch'an», (qui, au Japon, devient le zen). Le ch'an est une subtile infusion de l'enseignement du bouddha («l'éveillé») indien Sakyamuni dans le taoïsme chinois de Lao tzu et Chuang tzu. (Notice extraite de Li Po, l'immortel banni. Buvant seul sous la lune. 4ème édition. Moundarren. 1999.)
- Gil Jouanard dans "Vous prendrez bien un petit poème ?" : envoi n°33 "Lentement à pied...", envoi n°34 : " Peut-être Li Po a-t-il raison..."
- http://calounet.pagesperso-orange.fr/resumes_livres/jouan...
28.09.2011 | Lien permanent
Troisième anniversaire de ”Vous prendrez bien un petit poème ?”
Bashô (1643-1694),
Gustave Roud,Béatrice Douvre,
Raymond Queneau,Georges Bonnet, Henri Heurtebise,
Erika Burkart, Saint-John Perse, Gilles Baudry,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Geneviève Peigné, Joan-Maria Petit,
Victor Segalen, Odile Caradec, Jules Supervielle,
Gaston Puel,
François Cheng, Josette Ségura, Pierre-Albert Jourdan,
Marina Tsvétaeva,Ossip Mandelstam, Else Lasker-Schüler,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Thomas Vinau, Laurent Deheppe,
Emily Dickinson, Jean Malrieu, Frank Castagné, Arthur Rimbaud,
Sapphô, Monique Saint-Julia, Henri Michaux, Tsoui-hao,
Gilles Lades, Francis Ponge,Claire Garnier-Tardieu,
Béatrice Bonhomme-Villani,Shusai (1874-1940,Jean-Claude Xuereb,
Le 20 janvier 2011, «Vous prendrez bien un petit poème ? » prenait son envol avec l’envoi n°1. Ce 20 janvier 2014, à l'approche de l'envoi n°141, «Vous prendrez bien un petit poème ? », adresse à ses lecteurs ce salut souriant en hommage aux poètes. |
Bernadette Engel-Roux, Thierry Metz,
Pierre Dhainaut, Jean-François Mathé, Tozan (807-869),
Joë Bousquet,
Philippe Jaccottet, Hölderlin, Paul de Roux,
Didier Jourdren, Chushi Fanqi ( 1296-1370), Janine Modlinger,
Issa (1763-1827), Marie-Claire Bancquart, Yvon Le Men,
Anne Perrier,Shanci Tongji (1608-1645), Jean Pichet,
Omar Khayyam,
Judith Chavanne,,Jean Joubert,René Char, Georges Perros,
Jean-Damien Roumieu, Gérard Bocholier, Joso (1661-1704),
Max Alhau, Charles-Ferdinand Ramuz, Wujian Xiandu (1265-1334)
Chantal Dupuy-Dunier, Gil Jouanard, Jean-Yves Masson,
Bernard Mazo,Shiki (1866-1902), Jean-Marc Sourdillon,
Bernard René Grasset, Andrée Chedid, Beijian Jujian (1164-1246)
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/ |
20.01.2014 | Lien permanent
ANNIVERSAIRE 2017. ”Vous prendrez bien un poème ?” a six ans !
Françoise Ascal . Jean-Marie Petit. Antoine Maine. Ferrucio Brugnaro. Jean-Marie Alfroy. Morgan Riet. Dominique Zinenberg. Jean-Pierre Lemaire.Henri Michaux. Marcelle Kasprowicz. Jean-Baptiste Pedini. Colette Elissalde. Jean-Louis Clarac. Evelyne Vijaya. Gustave Roud. Rainer Maria Rilke. Béatrice Marchal. Henry Bauchau. Anne Certain. Georges Cathalo. WANG WEI. Jean Joubert. Andrée Chedid. Christian Bobin. Ghislaine Lejard. Li Po. Jean-François Mathé. Jia Dao. Pierre Dhainaut. Anne Perrier. Henri Heurtebise. Isabelle Raviolo. René Char. Pierre Peuchmaurd. Claude Esteban. Jean Pichet. Liliane Wouters. Jean Malrieu. Judith Chavanne. Frédéric-Jacques Temple. Umberto Saba.
«Vous prendrez bien un (petit) poème ? » a six ans !
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Louis-René Des Forêts. Danièle Corre. Pablo Neruda. Odile Caradec. Abdellatif LaÂbi. Wujian Xiandu Gaston Puel. Jean-Pierre Thuillat. ISSA. Emile Vitta. Josette Ségura. Jorge Luis Borgès. ANON. Beijian Jujian. Jean Chatard. Georges-Emmanuel Clancier. Valérie Rouzeau. Thierry Metz. Gil Jouanard. Chantal Dupuy-Dunier. Victor Segalen. Didier Jourdren. Max Alhau. SAPPHÔ. Jules Supervielle. Edouard Glissant. Jacques Tornay. Colette Nys-Mazure. René de Obaldia. Claude Cailleau. Jean-Claude Pirotte. Marie-Claire Bancquart. Julien Gracq. Jacques Vandenschrick. Michel Cosem. Yvon Le Men. Noël Ruet. Jan Skacel. Monique Saint-Julia. Tomas Tranströmer. Bernard René Grasset. Gilles Baudry. Jean-Yves Masson. Laurent Deheppe. Geneviève Peigné. Raymond Queneau. Georges Bonnet. SAIGYO. Claire Garnier-Tardieu. Philippe Jaccottet. Joë Bousquet. Else Lasker-Schüler. Thomas Vinau. Jean Malrieu. Emily Dickinson. Gérard Bocholier. Jean-Marc Sourdillon. BASHÔ. Charles-Ferdinand Ramuz.
«Vous prendrez bien un (petit) poème ? » a six ans !
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François Cheng. Marina Tsetaïéva. Paul de Roux. Jacques Darras. Vahé Godel. Bernadette Engel-Roux. Frank Castagné. Béatrice Bonhomme. Tsoui-hao. Francis Ponge. Jean-Claude Xuereb. Johann Christian Friedrich Hölderlin. Mina Lobata. Yves Bonnefoy. Janine Modlinger. Alain Freixe. Claude Margat. Jules Laforgue. béatrice dOUVRE. Georges Perros. Ziad Medhouk. Max de Carvalho. Omar Khayyam. Hélène Cadou. Ossip Mandelstam. Erika Burkart. Pierre-Albert Jourdan. Maximine. Gilles Lades.
