Rechercher : cheng
Envoi n°102. François Cheng ”Cyprès”
(Cyprès)
Lorsqu'arrive le vent,
Nous nous donnons entiers.
Au loin, mille papillons
Déchirent l'horizon.
Nous restons immobiles,
Pour être enfin, d'ici,
La sève, l'élan, le chant.
(Cyprès)
Lorsqu'arrive la pluie,
Nous nous laissons tremper.
Le soleil nous prendra
Par la main ; et d'un jet
Nous tracerons le trait
- combien droit, combien plein -
Du sol reconnaissant.
François Cheng Cantos toscans. Éditions Unes.1999.
Né en 1929 en Chine. Poète, calligraphe, romancier, traducteur, essayiste.
20.03.2013 | Lien permanent
Envoi n°103. François Cheng ”Cantos Toscans”
L'infini n'est autre
Que le va-et-vient
Entre ce qui s'offre
Et ce qui se cherche.
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau,
Entre source et nuage.
Suivre le poisson, suivre l'oiseau.
Si tu envies leur libre, suis-les
Jusqu'au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu'à devenir
Rien. Rien que le bleu d'où un jour
A surgi l'ardente métamorphose,
Le Désir même de nage, de vol.
Mais l'oiseau point d'empreinte
Ne laisse. Son empreinte est
Son vol même. Nulle trace
Autre que l'instant-lieu,
Joie du pur avènement :
Lieu deux ailes qui s'ouvrent,
Instant un cœur qui bat.
François Cheng Cantos Toscans. Éditions Unes.1999. p. 41, 42, 43.
*Né en 1929 en Chine, François Cheng est poète, calligraphe, romancier, traducteur, essayiste.
27.03.2013 | Lien permanent
Envoi n°369. François Cheng ”Lumière juste érigée...”
Lumière juste érigée
En chemins, en collines,
En cyprès… choses lointaines
Ou proches que jamais
Nous n’avons révélées,
Faute de mots exacts
Et d’un cœur transparent.
François Cheng Cantos toscans, p.9. Editions Unes. 1999
L’éternité est là,
Un seul instant l’instaure.
L’instant où tu adviens
Et ouvres l’œil et vois
Qu’avant de t’effacer
Rien ne sera su par toi
Mais que tu vois, et loue…
François Cheng Cantos toscans, p.40. Editions Unes. 1999
Dis donc ce qui vient de toi.
Dis tout ce qui te soulève
Au-dessus des contingences.
Le monde attend d’être dit,
Et tu ne viens que pour dire.
Ce qui est dit t’est donné :
Le monde et son mot de passe.
François Cheng Cantos toscans, p.44. Editions Unes. 1999
François Cheng dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envois n°102 & 103.
19.12.2018 | Lien permanent
Envoi n°383. François Cheng ”Mais nous reverrons bien ceux...”
Mais nous reverrons bien ceux à qui
nous n’avons pas dit à temps au revoir,
Ceux qui sont partis sans dire mot
dans le long effroi du délaissement.
Nous les reverrons, car nous n’aurons
de cesse de leur dire les mots qui n’ont été
Dits à temps, de leur répéter sans fin
au revoir au revoir selon la loi de la Vie :
Toute fleur est une fleur refleurie,
toute pluie une source retrouvée, toute larme
Une peine ravivée, tout visage un regard
reconnu, tout sourire un don échangé,
Et toute vie à venir
une vie à jamais survécue-souvenue.
François Cheng Par ici nous passons in La vraie gloire est ici.
Gallimard. 2015.
03.04.2019 | Lien permanent
Envoi n°370. François Cheng ”Au plus haut de l'an...”
D’un arbre
Au plus haut de l’an,
L’air retient son souffle,
Seul se meut un nuage
Sur la frondaison.
Quand le feu s’enfouit,
Quand se tait l’oiseau,
Racines et feuilles
Sont à l’unisson.
Au plus haut de l’an,
L’arbre ailé s’oublie,
Proche est le lointain,
Durable l’instant.
Quand le feu s’enfouit,
Quand se tait l’oiseau,
Tout tend vers son libre
Ou vers son repos.
Le nuage en son erre,
L’an à son plus haut.
François Cheng La vraie gloire est ici. Editions Gallimard/Le grand livre du mois. 2015.
François Cheng dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envois n°102, 103& 369.
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
26.12.2018 | Lien permanent
Envoi n°382. François Cheng ”La mort n'est point notre issue...”
La mort n’est point notre issue,
Car plus grand que nous
Est notre désir, lequel rejoint
Celui du Commencement,
Désir de Vie.
La mort n’est point notre issue,
Mais elle rend unique tout d’ici :
Ces rosées qui ouvrent les fleurs du jour,
Ce coup de soleil qui sublime le paysage,
Cette fulgurance d’un regard croisé,
Et la flamboyance d’un automne tardif,
Ce parfum qui assaille et qui passe insaisi,
Ces murmures qui ressuscitent les mots natifs,
Ces heures irradiées de vivats, d’alléluias,
Ces heures envahies de silence, d’absence,
Cette soif qui jamais ne sera étanchée,
Et la faim qui n’a pour terme que l’infini…
Fidèle compagne, la mort nous contraint
A creuser sans cesse en nous
Pour y loger songe et mémoire ;
A toujours creuser en nous
Le tunnel qui mène à l’air libre.
Elle n’est point notre issue.
Posant la limite,
Elle nous signifie l’extrême
Exigence de la Vie,
Celle qui donne, élève,
Déborde et dépasse.
François CHENG Lumières de nuit in La vraie gloire est ici. Editions Gallimard. 2015.
27.03.2019 | Lien permanent
Envoi n°649. Pour célébrer le Nouvel An lunaire.
l’un des nôtres
le chat assis
réveillon de fin d’année
ISSA Kobayashi (1763-1828)
ü
La soif comme la faim,
Les rires comme les pleurs,
La douceur, les blessures,
La furie, les regrets,
Nous n’en jetterons rien,
Nous les emporterons tous,
Indégradables viatiques,
Pour un très long voyage.
François CHENG, de l’Académie française (Nanchang, 1929), La vraie gloire est ici, Gallimard, 2015.
ü
à un papillon
40
Toutes les couleurs du monde se concentrent dans tes ailes ;
Elles y forment les signes sacrés de la métamorphose.
Humble rampant, te voilà aérien, semant, propageant
L'immarcescible félicité des pétales en vol.
ü
72
En advenant, tu nais ;
En devenant, tu es.
Sois toujours l’advenance,
En tout lieu, en tout temps.
François CHENG, de l’Académie française (Nanchang, 1929), Suite orphique, 99 quatrains, postface de Daniel-Henri Pageaux, Gallimard, 2024.
- François CHENG dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°102 « Cyprès », 103 & 369 « Lumière juste érigée » : extraits de « Cantos Toscans », Editions Unes, 1999 ; envois n°370 « D’un arbre », n°382 « La mort n’est point notre issue » & 383 « Mais nous reverrons bien ceux à qui… », extraits de « La vraie gloire est ici », Gallimard, 2015.
- ISSA dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°2 : extrait de « Haïku », éditions Fayard, 1980, préface de Yves Bonnefoy ; envoi n°286, extrait de « Haïku » présentés et transcrits par Philippe Jaccottet (de la version anglaise de R.H. Blyth), dessins d’Anne-Marie Jaccottet. Editions Fata Morgana. Collection Les Immémoriaux. 1996.
29.01.2025 | Lien permanent
Troisième anniversaire de ”Vous prendrez bien un petit poème ?”
Bashô (1643-1694),
Gustave Roud,Béatrice Douvre,
Raymond Queneau,Georges Bonnet, Henri Heurtebise,
Erika Burkart, Saint-John Perse, Gilles Baudry,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Geneviève Peigné, Joan-Maria Petit,
Victor Segalen, Odile Caradec, Jules Supervielle,
Gaston Puel,
François Cheng, Josette Ségura, Pierre-Albert Jourdan,
Marina Tsvétaeva,Ossip Mandelstam, Else Lasker-Schüler,
Yongjue Yanxian (1578-1657), Thomas Vinau, Laurent Deheppe,
Emily Dickinson, Jean Malrieu, Frank Castagné, Arthur Rimbaud,
Sapphô, Monique Saint-Julia, Henri Michaux, Tsoui-hao,
Gilles Lades, Francis Ponge,Claire Garnier-Tardieu,
Béatrice Bonhomme-Villani,Shusai (1874-1940,Jean-Claude Xuereb,
Le 20 janvier 2011, «Vous prendrez bien un petit poème ? » prenait son envol avec l’envoi n°1. Ce 20 janvier 2014, à l'approche de l'envoi n°141, «Vous prendrez bien un petit poème ? », adresse à ses lecteurs ce salut souriant en hommage aux poètes. |
Bernadette Engel-Roux, Thierry Metz,
Pierre Dhainaut, Jean-François Mathé, Tozan (807-869),
Joë Bousquet,
Philippe Jaccottet, Hölderlin, Paul de Roux,
Didier Jourdren, Chushi Fanqi ( 1296-1370), Janine Modlinger,
Issa (1763-1827), Marie-Claire Bancquart, Yvon Le Men,
Anne Perrier,Shanci Tongji (1608-1645), Jean Pichet,
Omar Khayyam,
Judith Chavanne,,Jean Joubert,René Char, Georges Perros,
Jean-Damien Roumieu, Gérard Bocholier, Joso (1661-1704),
Max Alhau, Charles-Ferdinand Ramuz, Wujian Xiandu (1265-1334)
Chantal Dupuy-Dunier, Gil Jouanard, Jean-Yves Masson,
Bernard Mazo,Shiki (1866-1902), Jean-Marc Sourdillon,
Bernard René Grasset, Andrée Chedid, Beijian Jujian (1164-1246)
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/ |
20.01.2014 | Lien permanent
Envoi n°239. Fête du Printemps : Jia Dao & Li Po.
VISITE A UN ERMITE SANS LE TROUVER
Sous le sapin, j’interroge le disciple.
-- Le maître est parti chercher des simples.
Par là, au fond de cette montagne,
Nuages épais : on ne sait plus où…
Jia Dao
A UN AMI QUI M’INTEROGE
Pourquoi vivre au cœur
de ces vertes montagnes ?
Je souris, sans répondre ;
l’esprit tout serein.
Tombent les fleurs, coule l’eau,
mystérieuse voie…
L’autre monde est là,
non celui des humains.
Li Po
TEMPLE DU SOMMET
Temple du sommet, la nuit ;
Lever la main et caresser les étoiles.
Mais chut ! baissons la voix :
Ne réveillons pas les habitants du ciel.
L i Po
François Cheng POESIE CHINOISE Calligraphies de Fabienne Verdier*. Editions Albin Michel. Collection « Les Carnets du Calligraphe ». 2000.
* « Les vers si admirables des anciens poètes chinois, qu’ils soient taoïstes, bouddhistes ou confucianistes, résonnent en moi. Leur donner un nouvel écho à l’aide de mes pinceaux et de mes encres m’enchante. Pour le présent recueil, j’ai choisi d’interpréter en calligraphie certains concepts qui me paraissent traiter de l’essence même de la poésie chinoise (ils apparaissent en gras dans les textes). » Fabienne Verdier, postface.
03.02.2016 | Lien permanent
Envoi n°334. Wang Wei & Lieou Tch’ang-k’ing : ”Cent quatrains des T'ang”.
« Clôture aux cerfs »
Dans la montagne déserte, l’on ne voit personne.
A peine parviennent quelques voix lointaines.
Le reflet du jour envahit le bois sombre,
Eclairant encore de la mousse dans l’ombre.
WANG Wei
Maison dans l’allée aux bambous
Seul, assis parmi les bambous solitaires,
Je joue du luth et siffle longuement.
Profonde est la forêt, personne ne m’entend,
Vient la lune blanche qui m’éclaire.
WANG Wei
Jouant du luth
Sur les sept cordes frissonnantes
J’entends, calme, le vent dans les sapins fraîchir.
C’est un morceau antique, de moi seul préféré,
La mode du jour ne le reprend plus guère.
LIEOU Tch’ang-k’ing
« CENT QUATRAINS DES T’ANG », traduits du chinois par LO TA-KANG, préface de Stanislas Fumet, avec dix reproductions de peinture du palais impérial de Pékin. A La Baconnière- NEUCHATEL.1947.
* Présence de la poésie japonaise dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°3 : « Haïku », préface d’Yves Bonnefoy ; envoi n°107 : Bashô « La Sente Étroite du Bout-du-Monde in Journaux de voyage » ; envoi n°143 : Saigyo « Poèmes de ma hutte de montagne » ; envois n°174 & 286 : « Haïku », présentés et transcrits par Philippe Jaccottet.
* Présence de la poésie chinoise : envois n°46 & n°194« Poèmes Chan » (l’école chinoise « chan » est l’ancêtre de l’école japonaise « zen »), présentés et traduits par Jacques Pimpaneau ; envoi n°97 « Tsoui-hao in Poésies de l'époque des T’ang. » ; envois n°233 & 234 : Wang Wei « Quatrains des T’ang » ; envoi n°239 : Jia Dao, Li Po, traduit par François Cheng POESIE CHINOISE Calligraphies de Fabienne Verdier.
Références complètes sur : http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
14.02.2018 | Lien permanent
Page : 1 2
