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19.10.2011

Envoi n°37. Henri Michaux. Poteaux d'angle.


C'est à un combat sans corps qu'il faut te préparer, tel que tu puisses faire front en tout cas, combat abstrait qui, au contraire des autres, s'apprend par rêverie.

 

 

N'apprends qu'avec réserve.

Toute une vie ne suffirait pas pour désapprendre, ce que naïf, soumis, tu t'es laissé mettre dans la tête – innocent ! – sans songer aux conséquences.

 

 

Avec tes défauts, pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger.

Qu'irais-tu mettre à la place ?

page 9

(…)

 

Tu laisses quelqu'un nager en toi, aménager en toi, faire du plâtre en toi et tu veux encore être toi-même !

 

 

Non, non, pas acquérir. Voyager pour t'appauvrir. Voilà ce dont tu as besoin.

page 11

(…)

 

Dans un pays sans eau, que faire de la soif ?

De la fierté.

Si le peuple en est capable.

page 14

 

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade... et une nouvelle intelligence.

page 16

 

Une chose indispensable : avoir de la place. Sans la place, pas de bienveillance. Pas de tolérance, pas de … et pas de …

Quand la place manque, un seul sentiment, bien connu, et l'exaspération, qui en est l'insuffisante issue.

Avec plus d'espace, tu peux avoir plus de sentiments, plus variés. Pourquoi dans ce cas t'en priver ?

page 24

 

Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ?

page 25

Henri Michaux Poteaux d'angle.   NRF. Gallimard.1981.

23:41 | Lien permanent | Françoise

12.10.2011

Envoi n°36. Jean Malrieu. Un signe dans l'été.

UN SIGNE DANS L'ETE.

 

Imagine que tu devais mourir. Imagine qu'un jour de plus t'est donné, peut-être deux, peut-être mille. Ne compte pas. Etonne-toi. Tu n'as pas oublié de marcher, mais tu marches pour la première fois. La joie a fait place nette et tu te réjouis de nommer les choses qui reviennent vers toi. Un mot, un seul, et les autres s'enchaînent. Le fil est renoué qui te relie à l'univers, soutenant dans ton ciel les soleils suspendus au-dessus du bal. Va au bal. L'orchestre apprête ses violons. Ta jambe est bien faite. Elle te conduira où tu voudras. Rire, c'est remercier le jour de sursis. Tu viens de naître. Mais pourquoi, parmi tant de compagnes, as-tu déjà retrouvé ta vieille douleur ?

 

Jean Malrieu Le nom secret. P.J. Oswald éditeur. 1968 in revue Poesie 1, n°12, du 16 au 31 juillet 1970.


22:58 | Lien permanent | Françoise

05.10.2011

Envoi n°35. Jean Malrieu. Ma Mère.

MA MERE.

 

Mère, la neige est tombée. Il est des hectares de silence

Entre nous et plus de vingt ans d'âge nous séparent.

Je suis cet orphelin majeur que tu ne connais pas.

Le temps au centre de ses rides

Donne cette assurance triste qui s'appelle

Habitude de la vie.

Parfois de mes cheveux sort une de tes boucles.

Ta voix surprend la mienne, ton geste se mêle au mien

Et j'ai charge de toi. Je n'ai pas fini de grandir

Et je marche à grandes enjambées sur la terre.

 

 

Jean Malrieu La vallée des rois. in Revue Poesie 1, n° 12, du 16 au 31 juillet 1970.

00:07 | Lien permanent | Françoise