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07.03.2012

Envoi n°52. Chantal Dupuy-Dunier. Et l'orchestre joue sur le pont qui s'incline.

Tous les matins du monde sont sans retour.

Pascal Quignard

 

Un matin,

nous nous éveillons

comme si nous ouvrions les yeux

sur tous les matins que promet le voyage.

L'air possède la texture translucide d'une orange.

Le nom des villes portuaires titille nos songes

et le moindre rideau nous semble une voilure.

 

Des poèmes plein les poches,

nous prenons le large

à bord d'une journée

qui contient l'alphabet entier

à l'intérieur de sa couleur azur.

 

Nous sommes jeunes

 

– ce matin,

         le miroir a oublié –

nos mains sont blanches et lisses.

A nos épaules des projets de bagages

– la teinture du cuir, non fixée,

déteint sur nos chemises –

à nos doigts des bagues à secrets.

 

Au sol,

notre ombre marche plus vite que nos pas.

La vie semble un large quai,

                     des docks animés,

                     un océan infini

– barrette de mouettes


dans les cheveux du ciel – .

Nos rêves sont à la démesure d'un paquebot

– piano aux touches en ivoire,

valse sur le parquet des vagues –.

Ils nous portent plus loin que notre finitude,

                                                   tellement plus loin

que le mot loin paraît étroit.

 

(…)

Chantal Dupuy-Dunier Et l'orchestre joue sur le pont qui s'incline

Recueil de la revue Poésie en voyage. 2011. 

La Porte. Yves Perrine. 215, rue Moïse Bodhuin. 02000. LAON

13:59 | Lien permanent | Françoise

29.02.2012

Envoi n°51. Josette Ségura

DE VOIX EN VOIX

  

La lumière va de voix en voix,

nous nous abandonnons,

les mots fusent, forment des bouquets,

nous remercions

malgré l'ombre toujours mêlée à l'or des jours,

nous ouvrant à l'immensité cachée des autres

au bord d'une émotion intense

qui nous précipite vers le dieu

dont la clarté laboure l'ici.

 

 

Nous avançons vers ce feu,

nous dépouillant d'instants mauvais que nous rendons

à la terre.

Elle reprendra toute cette nuit, ce sang dans sa matière

jusqu'à la fleur manifestée.

 

 

    Josette Ségura Le Pas de l'ange. Éditions Voix d'encre. 2002.


21:51 | Lien permanent | Françoise

22.02.2012

Envoi n°50. Josette Ségura.

 

                                  SAISON DU HAUT


Ainsi avançons-nous avec ces rêves,

le temps d’entrevoir l’espace vers lequel nous volons

chaque fois qu’un feu intérieur nous porte, nous soulève,

tout semble alors tomber de nos épaules,

ce qui fit trébucher, ce qui voulut détruire,

nous le laissons sur ce seuil, passons ailleurs,

un pays de lumière donnerait une idée du lieu

où nous fondons ce que nous sommes et ce que nous devenons,

le printemps

par la légèreté de sa lumière,

la douceur des sous-bois quand l’oiseau fend le jour.



Ici n’existe que visité,

que foulé par le vent sur les lèvres duquel se pose

notre aveu :

voilà ce qui fait vivre, ce qui fera mourir.



Nous regardons éclore ces paroles,

l’eau mystérieuse de leur source,

un secret plane, cherche notre accueil,

il apprivoise notre cœur, notre pensée,

en amont de la voix

muette en ce temps plat où l’ange dormait sous les arbres,

son beau visage abîmé dans son sommeil.



                  Josette Ségura Le pas de l’ange. Éditions Voix  d'encre. 2002

 

 

23:36 | Lien permanent | Françoise