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Envoi n°110. Joë Bousquet ”Le baiser”

LE BAISER

 

 

Il se fit une querelle

parmi les oiseaux des champs

Les plus jeunes tourterelles

Avaient en tout volé quinze ans

 

A la prière du temps

Elles partagèrent ensemble

Le plus doux mot de l'amitié

Ajoutez-vous qui vous ressemble

Vous m'en donnerez la moitié.

 

     Joë Bousquet Le Sème – Chemins. Éditions Rougerie.1981

 

 

  • Joë Bousquet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°12 «Chanson de route» et n°13 «Je ne sais quel nom donner...»

  • Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poesie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

     

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15.05.2013 | Lien permanent

Envoi n°12. Joë Bousquet. Chanson de route.

CHANSON DE ROUTE

 

Il fait beau sur les chemins

Et les filles ont des ailes

Pour sauver jusqu'à demain

Ce qu'on ose attendre d'elles

 

Prenant lundi pour mardi

Comme un oiseau les éveille

La plus gentille s'est dit

Qu'il lui tardait d'être vieille

 

Nul amour n'aura chanté

Sans mourir de son murmure

Qu'on n'est plus d'avoir été

Le frisson de ce qui dure

 

Tout ce qu'on laisse en chemin

Se souvient avec ses ailes

Qu'à l'amour sans lendemain

Le cours de l'onde est fidèle


Joë Bousquet Pensefables et Dansemuses in La Connaissance du soir.  NRF Poésie/ Gallimard 1981

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06.04.2011 | Lien permanent

Envoi n°111. Joë Bousquet ”La Rainette du Noir”

LA RAINETTE DU NOIR

 

 

     Le soir descend, ne tends pas les bras. N'ouvre pas les mains si l'ombre qui sort des pierres remonte jusqu'à ta gorge. Laisse cette peur te gagner : elle est venue de trop loin pour prendre ta place.

 

     Ton cœur né avant toi, tu as grandi sans lui et il continue à t'attendre sur le seuil. Tu auras fait le tour de la maison sans qu'il te voit.

 

     Sa peine épouse la nuit et se mire dans les jours, frappe les murs avec sa fleur close, écoutée de la nuit qui ouvre et ferme le ciel au fond de tes yeux.

 

     Marche dans le vent étiré d'oliviers. La terre n’entend que des pas, le cœur n'entend que la terre, il a grandi sans marcher, il a vieilli sans te trouver, chacune de tes larmes aura coulé pour le voir.

 

     C'est un peu de ton espoir, ce que les années en ont perdu. On dirait ton ombre et qu'elle cherche à se mettre debout. N'appelle personne. Ton cœur ce n'est pas toi, c'est un enfant qui se tourmente avec la crainte de tomber.

 

     … Quand le jour t'aura chassé de tes yeux.

 

Joë Bousquet Le Sème – Chemins. Éditions Rougerie. 1981 (deuxième édition)

 

 

  • Joë Bousquet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°12 «Chanson de route» ; n°13 «Je ne sais quel nom donner...» ; envoi n°110 « Le baiser».

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/search/Jo%C3%AB%20Bousquet

  • Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poesie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

 

 



 

 

 

 

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22.05.2013 | Lien permanent

Envoi n°13. Joë Bousquet. A l'enseigne de l'abeille d'hiver.

A l'enseigne de l'abeille d'hiver

 

(…) Je ne sais quel nom donner à celle qui tient mes jours entre ses mains. Elle est mon regard un peu plus que je ne suis mes yeux, et m'entoure de ce regard comme s'il avait commencé avant moi. Tout le temps que nous passons ensemble, je respire de la lumière, mais sans m'en étonner. Rien de plus naturel que de peser si peu et de se répandre dans cet allègement. Je ne suis ni ici ni ailleurs : un vase de cristal contient une gerbe d’œillets rouges, à son cou brille une croix d'orfèvrerie. Les anges de pierre sont sur la cheminée. De tous ces objets qui nous séparent et nous rapprochent, je suis toute l'ombre. A ce symptôme je connais que toutes les autres me sont devenues étrangères. (…)

 Joë Bousquet Pendule de la métamorphose in D’un regard l'autreÉditions  Verdier.1982.

 

 

(...) Et moi je ne la vois plus sans éprouver que je la perds. Elle donne des sens à la lumière et j'enrage devant ses joues potelées que le jour respire, le jour qui me sépare d'elle se fait regard pour la toucher.

Elle grandit en moi ; son visage a quitté mon cœur pour l'envelopper ; mes yeux me l'avaient apportée, elle me donne mes yeux. C'est une assurance si entière que je respire en elle, elle est la façon toute physique dont je me réponds que j'existe. La pensée, la vérité sont au-delà.

Voit-on comment j'entends que toute la vie réelle hante les sentiments ?

C'est avec toute la réalité des corps que l'amour fait la chair du cœur. Ainsi passe-t-il outre à ses images conventionnelles pour en ranimer l'éclat dans des actions qu'il invente.

Elle m'a jeté du jour dans le cœur...

 

(…) Tais-toi... Tais-toi sur mon nom que tu viens de murmurer. Le soir vient. Je te vois à peine. Tu n'es plus ma soeur, tu es le seul visage de celle que je ne voudrais jamais quitter. L'ombre nous a rapprochés ; elle pourrait nous introduire ensemble dans un monde où il n'y a plus besoin d'exclure l'espace pour s'unir. C'est une nuit qui ne me paraît plus si lointaine. Quand je te regarde dans le soir, c'est le même crépuscule, ce n'est pas la même nuit.

    Joë Bousquet L’homme dont je mourrai  Éditions Rougerie.1974.


Joë Bousquet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°12 «Chanson de route» et n°13 «Je ne sais quel nom donner...» ; notice au bas de l'envoi n° 33 : "Joë Bousquet, le marcheur immobile..."

Joë Bousquet aux éditions Verdier http://www.editions-verdier.fr/v3/auteur-bousquet.html

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13.04.2011 | Lien permanent

Envoi n°363. Joë Bousquet ”Je n'y puis rien...”

     « Je n’y puis rien : ma vie est naïve comme un menteur. Mon ami Max Ernst, avant de me connaître, était lieutenant dans l’armée allemande. J’ai été blessé [1]sans doute par un homme de son bataillon, par un homme de son régiment, si les Allemands qui nous ont battus ce jour-là étaient aussi nombreux qu’on l’a dit. Un capitaine français m’avait donné l’ordre de prendre le village de Vailly où l’ennemi venait d’entrer. Je suis tombé en exécutant cet ordre ambitieux et mes hommes m’ont emporté dans le crépuscule. Quand j’ai connu Max, il m’a raconté ce qu’il avait vu de cette bataille : les brouillards du soir ont facilité notre avance, disait-il, la venue de la nuit nous a dérobé la retraite des Français. Quand je suis sorti de Vailly on voyait des étoiles. J’ai demandé à Max Ernst de faire avec un de mes rêves le sujet d’un tableau. Il m’envoie un magnifique sous-bois que je contemple avant de m’endormir et que je vois aussitôt s’ouvrir sur un paysage pénétré d’évocations sublimes. Sur une route du front j’avais rattrapé ma compagnie exténuée et mon capitaine affligé, recru de fatigue. La mort les avait enfermés dans les actions où elle les avait surpris, ils étaient noyés dans la guerre, l’avaient vue, tandis que je lui échappais, devenir chaque jour plus terrible et Houdard[2] me confiait son immense désarroi.

     Enfin, nous nous arrêtions devant un cimetière où j’entrais malgré les supplications d’un soldat. Ebloui par la beauté des arbres et du ciel, je me sentais, tout d’un coup, envahi par une extase muette et confondu de bonheur à la pensée qu’entré derrière moi, Houdard découvrait un sujet d’extase dans l’objet de ma contemplation. Alors, je le menais devant des tonnelles mordorées où se dressaient, toutes nues, des saintes couleur d’or et nous regardions ensemble ces objets étonnants. Je devais les reconnaître, le lendemain, dans le tableau de Max. »

Joë Bousquet Le Bréviaire bleu. pp. 60-61. Rougerie éditeur. Mortemart. 1977.

N.B. : Joë Bousquet dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°12 «A l’enseigne de l’abeille d’hiver » ; envoi n°13 «Chanson de route » ; envoi n°110 «Le baiser» ; envoi n°111 « La rainette du noir ». http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

[1] « Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poésie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

[2] Houdard mourra le 28 mai 1918 : « Le capitaine de la troisième compagnie du 156ème régiment d’infanterie où Joë Bousquet a reçu ses galons de lieutenant, était un jésuite. Il eut un ascendant considérable sur le jeune homme qui, ayant choisi de devancer son destin en s’engageant dès 1916 à l’âge de 19 ans, fit à ses côtés son apprentissage de la guerre. »  http://lepervierincassable.net/spip.php?article278

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07.11.2018 | Lien permanent

Envoi n°364. Joë Bousquet ”Des gestes d'herbe transie””

20 AVRIL 1947

Mon corps est mon église

J’en ai fait mon cheval

 

Viens ma belle à l’église

L’église où j’entre seul…

 

Toutes les cloches sonnent

Au cou de mon cheval

 

DES GESTES D’HERBE TRANSIE

 

Avec la pierre transparente

Le chant de la mer est entré

Je l’ai entendu dans ta voix

 

Il se taisait avec tes yeux

 

Voile une tente

Dont le battant s’est déchiré

 

Petite sœur, herbe transie

Voile la tente,

Jette au ciel ses pans déchirés

 

Joë Bousquet (1) Le Sème Chemins. pp. 41 & 45. Rougerie,  éditeur à Mortemart. 1981.

 

N.B. : Joë Bousquet dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°12 «A l’enseigne de l’abeille d’hiver » ; envoi n°13 «Chanson de route » ; envoi n°110 «Le baiser» ; envoi n°111

« La rainette du noir » ; envoi n°363 « Je n’y puis rien… ». http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

[1] « Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poésie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

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14.11.2018 | Lien permanent

Envoi n°196. Gaston Puel ”Cheyenne Autumn” traduit par Jean-Marie Petit

CHEYENNE AUTUMN

 

Il neige. La tribu avance lentement.

Les Cheyennes, à ce point de rupture,

Famine, déréliction, défaite,

Seul un héros surgissant en sauveur

Les conduirait en Terre Promise.

Mais rien, la cavalerie sur leurs traces,

Point de héros, l'Histoire éructe.

A Washington D.C. on dira plus tard :

 

La triste fin des Cheyennes

N'est qu'un piteux détail.

 

 

Nous aussi, Occitans,

Cheyennes du comté de Toulouse,

Avons été vaincus, colonisés,

Langue immolée.

 

Mais à son tour menacé,

Insidieusement miné

Dans le vent des échanges,

Le vainqueur d'hier

Donnera sa langue

Au plus offrant.

 

Gaston Puel

CANSOS, PLANHS E SIRVENTES. Choix de poèmes en langue française et traduction en langue occitane par Jean-Marie Petit. Éditions Centre Joë Bousquet et son temps / Vent Terral. 2014(in Cheyenne Autumn.ÉditionsVoix d'encre. 2003).

CHEYENNE AUTUMN

 

Nèva. La chorma avança d'a passet.

Los Cheiènas, ne son acqui.

La fam, lo desesper, la desfacha,

Sol un capitani que vendrià en sauvaire

Los menarià en Terrà promesa.

Mai res, la cavalarià sus sas piadas

Pas de capitani, l'istoria rota

A Washington D.C. diran mai tard :

 

La fin tristassa dels Cheiènas

Es pas qu'un detalh pietados.

 

 

Nosautres tanben, Occitans,

Cheiènas del comtat de Tolosa,

Siam estadis vencuts, colonizats,

Lenga aborida.

 

Pasmens tre ara amenaçat,

Falsièirament rosigat,

Dins lo vent dels escambis,

Lo venceire d'aièr

Balharà sa lenga

A l'encant.

 

Gaston Puel

CANSOS, PLANHS E SIRVENTES. Choix de poèmes en langue française et traduction en langue occitane par Jean-Marie Petit. Éditions Centre Joë Bousquet et son temps / Vent Terral. 2014(in Cheyenne Autumn.ÉditionsVoix d'encre. 2003).

 

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04.03.2015 | Lien permanent

Troisième anniversaire de ”Vous prendrez bien un petit poème ?”

Bashô (1643-1694),

Gustave Roud,Béatrice Douvre,

Raymond Queneau,Georges Bonnet, Henri Heurtebise,

Erika Burkart, Saint-John Perse, Gilles Baudry,

Yongjue Yanxian (1578-1657), Geneviève Peigné, Joan-Maria Petit,

Victor Segalen, Odile Caradec, Jules Supervielle,

Gaston Puel,

François Cheng, Josette Ségura, Pierre-Albert Jourdan,

Marina Tsvétaeva,Ossip Mandelstam, Else Lasker-Schüler,

Yongjue Yanxian (1578-1657), Thomas Vinau, Laurent Deheppe,

Emily Dickinson, Jean Malrieu, Frank Castagné, Arthur Rimbaud,

Sapphô, Monique Saint-Julia, Henri Michaux, Tsoui-hao,

Gilles Lades, Francis Ponge,Claire Garnier-Tardieu,

Béatrice Bonhomme-Villani,Shusai (1874-1940,Jean-Claude Xuereb,

Le 20 janvier 2011,

«Vous prendrez bien un petit poème ? » prenait son envol avec l’envoi n°1.

Ce 20 janvier 2014,

à l'approche de l'envoi n°141, «Vous prendrez bien un petit poème ? »,

adresse à ses lecteurs ce salut souriant

en hommage aux poètes.

Bernadette Engel-Roux,  Thierry Metz,

Pierre Dhainaut, Jean-François Mathé, Tozan (807-869),

Joë Bousquet,

Philippe Jaccottet, Hölderlin, Paul de Roux,

Didier Jourdren, Chushi Fanqi ( 1296-1370), Janine Modlinger,

Issa (1763-1827), Marie-Claire Bancquart, Yvon Le Men,

Anne Perrier,Shanci Tongji (1608-1645), Jean Pichet,

Omar Khayyam,

Judith Chavanne,,Jean Joubert,René Char, Georges Perros,

Jean-Damien Roumieu, Gérard Bocholier, Joso (1661-1704),

Max Alhau, Charles-Ferdinand Ramuz, Wujian Xiandu (1265-1334)

Chantal Dupuy-Dunier, Gil Jouanard, Jean-Yves Masson,

Bernard Mazo,Shiki (1866-1902), Jean-Marc Sourdillon,

Bernard René Grasset, Andrée Chedid, Beijian Jujian (1164-1246)

Anthologie en ligne 

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

 

 

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20.01.2014 | Lien permanent

Envoi n°662. Jean-Louis Giovannoni ”Cette envie continuelle...”

Je voudrais entrer tout entier dans la personne

d’un autre homme sans l’empêcher d’être lui.

                                  Joë Bousquet

Cette envie continuelle de passer dans l’autre, de ne plus jamais être dans soi.

     **

 Ne plus croire que tu es peuplé de voix mais du bruissement de l’air.

     **

 Nous vivons avec des mots qui sont sûrement déjà morts.

     **

 Mes yeux me supposent.

     **

 Meurt-on vraiment dans son corps ?

     **

 Je me regarde sans cesse dans le reflet des vitrines, je me surveille. Toujours cette peur de me perdre.

     **

 Rien, aucun signe ne t’indique le mot à dire, le geste à faire. Et tu continues.

     **

 On court, on s’agite, rien que pour faire croire que l’on connaît la sortie.

     **

 Tu n’as que tes gestes contre la montée du froid.

     **

 On ne meurt pas par oubli de respirer, non, on meurt par peur de trop respirer, de trop en prendre.

     **

 Les mots n’ouvrent pas assez.

     **

 (…)

Aucun arbre ne quitte sa famille. Dans nos chambres, les meubles parlent dans une nuit pleine de branches, de feuilles retenues.

     **

(…)

 Jean-Louis GIOVANNONI Les mots sont des vêtements endormis, éditions UNES, 1983/2014.

https://www.editionsunes.fr/

 * Jean-Louis GIOVANNONI dans «Vous prendrez bien un poème?» Courrier des lecteurs n°147: Raphaële George Site consacré à l'écrivain et peintre Raphaële George, par Jean-Louis Giovannoni.      https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html

 

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18.06.2025 | Lien permanent

Envoi n°33. Gil Jouanard. Lentement à pied à travers le Gras de Chassagne.


Cette puissante odeur de terre, épaisse et pourtant translucide. L'enfant lézard, sur la marche tout juste née de la dernière pluie. L'errance de cet escargot ; le trajet précis de cette fourmi. La mante gravide, le grillon surpris. Les oiseaux entre deux averses. Pesant sur le Serre de Barre, cet automne précoce. Le silence a changé d'octave. Et soi, enfin, environné de la seule et dure nécessité.                                                                                                                        p. 10

 

Lente et pesante, la marche nous libère des cellules usées du langage. Le chant de la proximité augmente à chaque pas.                                                                                                        p.14

 

Chemin de novembre. Sol dur. Des nuages de mots se condensent dans l'air coupant. Soleil pourtant sur les oliviers abandonnés. Modernité chaque matin de la phrase rurale. Bruissement d'ailes dans l'or âgé des branches. Rythme des pas, et celui, dans la nuque, du sang. Nu comme un axiome, le chemin s'étire, axe du monde ; tout autour, le silence prend la forme des musiques tombées des arbres, montées des buissons. Le paysan rencontré ne se tait pas par discrétion ; il se tait parce qu'il n'y a rien à dire. Joë Bousquet*, le marcheur immobile, nous accompagne de cette vérité lumineuse :

« Chacun est l'errant, et il est la terre promise. »                                                                   p.19

 

Rien ne surpasse en présence ceci : le long d'un champ d'avoine, la marche pensive d'un homme qui, tout en haut, disparaît dans le ciel. De l'autre côté, la réalité s'accroît de toute notre ignorance.                                                                                                                  p. 27

Non pas des bruits, des sons : cris d'oiseaux ou pierres tombées du mur dans le silence. Non pas des bruits, des sons, de la musique. Le monde, simplement : sa voix.                       

p.34

 

Profondeur de ce qui appelle dans le paysage, patience, obstination, comme si une attente se tenait, antérieure à toute chimie. Se taire, regarder. Et en croire ses yeux.  

 p.37                                 

                                                                                                                                           

 Feuilles de l'amandier. Frisson d'acquiescement. Vert tendre, et puis, violet, de l'iris le cri un peu étouffé. Aventure de chaque instant ; mort bruyante d'un taon sur la marche de l’escalier. Ce qui fut. Le monde à haute voix, et le jour qui se tait. Entre les amandiers, le soleil, entre les chênes. Milliard de feuilles du soleil. Débris de concrétions dans le parfum du thym. Propreté luisante des choses. Quelqu'un en moi s'est mis en marche.

 p. 47                                                                                                                                      

Gil Jouanard LENTEMENT A PIED à travers le Gras de Chassagnes. Cahiers solaires n° 33.1981

 

  • Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité(...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline. revue  Poesie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

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21.09.2011 | Lien permanent

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