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06.11.2019

Envoi n°409. Mireille privat "Passant, arrête-toi..."

III.

Passant, arrête-toi sur ces chemins pédestres ou du cyber-espace, écoute par-delà les objets, par-delà les couleurs, le message affiché contre d’antiques contraintes, le message affiché contre les contraintes tentées.

Aicha qui cachait, dissimulait sa lessive intime alors que des slips d’homme ornaient les places de séchage, échappe aux mises au ban, aux dictatures misogynes, trempe ses soutien-gorges dans les couleurs de la République et les plante au balcon, vivante, féminine et le faisant savoir.

Fatima détourne le voile de la pudeur, le voile d’esclavage, le triplement plissé que le religieux lui impose, en étageant sur ses plis de tête les trois couleurs qui l’associent à toutes les femmes, à tous les hommes libérés des clergés de la contrainte, choisissant leur conduite. Progresse le signe « égale ».

Meriem, David, Yahah, Patrice, les frères de terrasses, les promoteurs d’échanges et de rires au plein-air des trottoirs, au soleil ou aux lumières des espaces publics, repeignent en tricolore trois par trois des chaises de bistrot, garantie, garantie, comment ne pas y croire.

Le plus intime des vies intime, les tee-shirts de la peau, les langes des fesses tendres, les serviettes d’après le bain, d’après le doux fouet des douches et du séchage voluptueux s’affichent sous la protection des trois couleurs

affichent les trois couleurs redevenues symbole d’une vie assumée dans sa complétude, d’une vie assumée dans sa diversité, où les fatwas, le décalogue, le moussar et leur impérialisme clérical sont

     déniés

     détournés

     renvoyés

     martyrisés

dans leur hypocrisie, dans leur refus de l’autre, dans leur refus de l’un, leur autoritarisme, au profit d’un vivre ensemble, et de ses exigences nouvelles et cette fois choisies.

Ah ! lire les trois livres, parler discuter les trois livres (et d’autres…) avec le cœur, avec l’esprit, avec l’intérêt, la générosité envers l’autre.

Mireille PRIVAT Séisme Eléments d’une épopée. Poèmes. Editions du Panicaut. 4, rue Louise Michel. 29200 Brest. mireille.privat@orange.fr

« Le 13 novembre 2015, une triple série d’attentats d’une violence particulière visait différents types de pratiques culturelles sur le territoire parisien. (…) L’écriture des poèmes qui suivent s’est faite sous la pression de l’émotion née de ces événements, émotion qui a suscité un certain nombre de réflexions. (…). »

 

*Mireille Privat dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°343 « Nous-deux » ; envoi n°344 : « Nous de L’Europe… » ; envoi n°408 « Le vœu du cœur lavé ».

 

19:20 | Lien permanent | Françoise

30.10.2019

Envoi n°408. Mireille Privat "Le vœu du coeur lavé".

Le vœu du cœur lavé.

 

Éclairs flambants de la violence,

Brasillement de fond d’enfer,

Vapeurs livides de la haine,

Voile glacé de dépression,

Démasqués affrontés repoussés

Écartés, combattus, antagonistes,

Face à face se tiennent les fils de la terre

les yeux lavés, le cœur purifié.

 

« Le 13 novembre 2015, une triple série d’attentats d’une violence particulière visait différents types de pratiques culturelles sur le territoire parisien. (…) L’écriture des poèmes qui suivent s’est faite sous la pression de l’émotion née de ces événements, émotion qui a suscité un certain nombre de réflexions. (…). »

 

Mireille Privat Séisme Eléments d’une épopée. Poèmes. Editions du Panicaut. 4, rue Louise Michel. 29200 Brest. mireille.privat@orange.fr

 *Mireille Privat dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°343 « Nous-deux » : envoi n°344 : « Nous de L’Europe… ».

17:22 | Lien permanent | Françoise

23.10.2019

Envoi n°407. Claude Cailleau "Reverdy encore Debout dans ma mémoire..."

5.

Reverdy* encore Debout dans ma mémoire

Goutte à goutte les mots

comme des notes-oiseaux sur les fils

électriques

et la nuit pour suaire

A-t-il cru en Dieu le vieil homme

qui franchissait la haie habillé de velours

et de solitude

A-t-il crié pour que quelqu’un entende

qui n’était pas Dieu

sa voix brisée tordue terrassée muette

J’étais là J’étais là Quelque part Non loin

Il pouvait m’appeler moi qu’il ne connaissait pas

Solesmes est à deux pas

où veille encore son souvenir

Attendait-il un soir les mots de l’amitié

comme moi derrière le silence

Les pas d’un inconnu pour nier sa détresse

(égrenant dans la nuit ses vers gouttes

d’angoisse

grelots de diligence dans une autre vie

et regardant sa mort déjà dans la fenêtre)

Moi je suis toujours là

mais comment retrouver le message perdu

 

Claude Cailleau En vrac  in Anthologie poétique 1956-1970 et 1999-2018. Editions du Petit Pavé. 2019.

 *cf. Claude Cailleau Dans les pas de Pierre Reverdy, essai biographique. Editions du Petit Pavé. 2006.

 ** Claude Cailleau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°321 « Il n’est pari la nuit que pour tenir l’aube… » ; envoi n°322 « L’enfance tremble – une fumée --… » ; envoi n°406 « Les jours lointains qu’il t’en souvienne… »

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

19:00 | Lien permanent | Françoise