05.02.2020
Envoi n°421. Jan Skacel "Sonnet en guise de rose".
SONNET EN GUISE DE ROSE
Dans un parc on peut voler une rose publique
par une nuit d’été La rose dans un vase
est blessée et perd ses pétales au matin
comme toute chose comme toute vanité humaine
Il y a des roses posées sur un cercueil
des petites roses blanches pour les mariés
il y a la rose cueillie par vengeance
et sombre comme le sang la rose révoltée
Aucune de celles-là La rose pour toi
nous irons la cueillir au bord du champ
où tu t’es accoudée au ciel
lorsque nous séparions l’ancien du récent
Et la voie lactée tout à coup était navigable
et les radeaux de l’amour pouvaient y passer
Jan SKACEL* Douze sonnets pour un vieil amour in MILLET ANCIEN
Traduit du tchèque par Yves Bergeret et Jiri Pelan. Editions Atelier
La Feugraie. 1997
*Jan Skacel dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°151 « Sonnet Talisman » ; envoi n°152 « Demandes » ; envoi n°301 « Remerciement » ; envoi n°302 « Poème qui refuse d’avoir un titre ».
19:41 | Lien permanent | Françoise
29.01.2020
Envoi n°420. Albertine Benedetto "J'envie l'entêtement futile des oiseaux..."
8.
J’envie l’entêtement futile des oiseaux
à percer la toile grise du ciel
le vent attise leurs départs
précipite leurs cris en éclaireurs
rien ne peut les établir
leur grâce est fulgurance
9.
Grands à-plats de la lumière
sur un paysage mouvant
de jardins suspendus
entre les branches
où filent des notes aiguës
des mélismes suaves
un flot de couleurs
terre ébouriffée d’oiseaux où nous planons
enfin légers
10.
Nous pénétrons le bois obscur
à la boussole des rossignols
leur chant ouvre des fenêtres
accroche des lampes
au plus sombre des branches
la nuit n’est plus la nuit
une chambre de musique
leurs voix lèvent des voiles
et nous filons
ainsi le souffle du poème
secoue
l’ombre collée à nos souliers
Albertine BENEDETTO Oiseaux in Revue Décharge n°183
Site : http : //www. dechargelarevue.com
16:57 | Lien permanent | Françoise
22.01.2020
Envoi n°419. Albertine Benedetto "Le rouge-gorge ce matin...".
4.
Le rouge-gorge ce matin
en allé sous la terre
(d’une main pieuse tu as gratté le sol
couché la dépouille sous les feuilles l’œil vide
pattes raidies sur la paroi de la mort)
son ombre aveugle le jardin
5.
A flanc de nuit
les oiseaux en décousent les bords
chaque note fait une trouée
aux bois épais
le monde de nouveau
est un visage
une présence qui remue
dans les gestes du matin
6.
Marais où le ciel se renverse
chenal bassin méandre
la mer se sème dans les prés
ni eau ni terre dédale liquide
transparent aux oiseaux
la lumière s’y noie
et sitôt se ravive
dans une féérie de pluie et de soleil
une mosaïque de bruns et de verts
où flamboient les girandoles
d’un champ de tournesols
Albertine Benedetto OISEAUX, revue « Décharge », n°183.
16:00 | Lien permanent | Françoise
