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18.12.2019

Envoi n°415. Jean-Pierre Metge "Je me laissai glisser vers l'hiver..."

 

Je me laissais glisser vers l’hiver

tout me semblait facile

je n’étais qu’un mendiant

dessous les porches verts

jamais tu n’aurais dû t’asseoir si près de moi

 

je sais bien tu as froid

je le savais déjà

à regarder tes yeux

à deviner ta vie

 

que tu le veuilles ou non

que je le veuille ou non

tu danses dans mes nuits

mes jours deviennent nuits

pour rêver plus longtemps

et je nage éveillé dans ton visage-pluie

 

je ne dirai plus rien

et pas même ton nom

mais ne va pas trop loin

surtout ne dis pas non

et reste donc pour moi

comme un printemps fragile

 

sur ta poitrine douce

des saisons impossibles

jamais sur ton épaule ne s’useront mes lèvres

jamais je ne prendrai

ton regard dans mes mains

 

une feuille de neige cicatrise ton ventre

 

je déchire les jours pour t’en faire un manteau

 

Jean-Pierre METGE Nos seuls soleils sont des lichens. Choix de poèmes.

Editions L’Arrière-Pays. 2003.

 

 

 

 

14:11 | Lien permanent | Françoise

11.12.2019

Envoi n°414. Jean-Pierre Metge "Le Gui" & autres poèmes.

           LE GUI

                               à M.-F. L

Greffé par quelque oiseau sauvage

au peuplier ou aux pommiers

on le croit à portée de main

Au vent d’hiver

il offre étrange

de minuscules lunes pâles

et le bonheur insaisissable

Qui n’a tendu les bras en vain ?

  •   

Elle se baigne aux nues

et moi je pêche l’eau

sous les piles du pont de la rivière étrange

j’aperçois ses bras pâles

derrière les roseaux

je rêve vers ses sources

et ses habits épars

je cueille les glaïeuls

qu’elle a dû regarder

  •   

Le plus joli voyage serait à contretemps

remonter un chemin

bordé de noisetiers

où les filles du soir

une main sur la hanche

et un bras arrondi

sur des morceaux de ciel

criblés d’astres rouillés

nés des chocs aux fontaines

bomberaient leurs seins blancs

pour irriguer la nuit

 

Jean-Pierre METGE Nos seuls soleils sont des lichens.

Editions L’Arrière-Pays. 2003.

22:38 | Lien permanent | Françoise

04.12.2019

Envoi n°413. Béatrice Marchal "Ton plus beau cadeau reste ce regard..."

 

Ton plus beau cadeau reste ce regard

tiré par ma voix d’un sommeil déjà bien proche

de la mort : jamais aussi vif n’en fut,

lorsqu’il s’ouvrit, le mouvement d’accueil

et sa joie était celle de l’enfance,

jamais aussi intense la lumière

de ces yeux qui me happaient dans leur transparence

jusqu’au fond de l’âme où je lus,

malgré ce qu’elles eurent d’incomplet,

la profondeur insoupçonnée de nos attaches,

élevées par ta mort à l’éternel,

 

bref éclair, prolongé quelque temps par nos mains

serrées, avant de te quitter.

 

Béatrice Marchal Tombeau de l’amie p.22 in Au pied de la cascade. Editions L’herbe qui tremble. 2019

 

    •  

 

Peut-être certains ne tardent-ils à mourir

que pour donner à de vieux enfants l’occasion

de racheter, par une tendresse longtemps

trop longtemps retenue, celle qui, en des temps

oubliés qu’eux-mêmes n’ont pas connus,

laissa des manques que rien n’a comblés.

 

Béatrice Marchal Tombeau de la mère p.51 in Au pied de la cascade. Editions L’herbe qui tremble. 2019

    •  

 

Ceux qui sont partis

après beaucoup d’amour, on les retrouve

en soi

branches et feuilles d’un buisson

qui brûle sans se consumer.

 

Béatrice Marchal Achèvement p.68 in Au pied de la cascade. Editions L’herbe qui tremble. 2019.

22:38 | Lien permanent | Françoise