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20.05.2020

Envoi n°433. Fabrice MARZUOLO "Les Bijoux de la Castafiore".

 

Les bijoux de la Castafiore

 

la vie tranquille

ne tient qu’à un fil

qu’une tuile tombe

et tout est compromis

la misère pose ses valises

aucun doute elle s’installe

chaque jour laissé derrière

soi est un soulagement

on se dit : un de moins à subir

--- et pourtant je vivais

dirait un mort

 

être au monde est un état non choisi

on peut le décliner à l’infini

naître ou mourir

l’un n’est pas tout rose

ni l’autre tout noir

le vieillard cacochyme

perclus de rhumatismes

sera soulagé d’en finir

et pour celui qui sort du ventre

avec un terrible handicap

la vie ne va pas de soi non plus

 

prendre la vie comme elle vient

on s’en est bien éloigné

quand elle se présente

de travers --- aïe ! ça fait mal

 

tant de problèmes se sont posés

qui ne se posent plus

à mesure des heures vécues

tout se change en poussière

mais jamais aussi vite

que sous terre ou dans les flammes

où le rien s’accélère

dirait un mort

 

mon frère est mort si jeune

qu’il n’a presque pas vécu

je ne suis pas encore mort bien vieux

lequel de nous deux

est le plus chanceux

la question posée

de la bouche du vivant

serait indécente

posée de la bouche du mort

elle pose question

 

Fabrice MARZUOLO La Mort ravie, Décharge 184, revue

trimestrielle de poésie. Jacques Morin 11, rue Général Sarrail,

89000 Auxerre. Site : https://www.dechargelarevue.com

 

 

 

 

22:27 | Lien permanent | Françoise

13.05.2020

Envoi n°432. Henri Michaux "Dans la grande salle"

DANS LA GRANDE SALLE

 

(…) *

 

     Les fantômes du jour ne sont pas comme les fantômes de la nuit.

     Contenus entre les lisières d’un fil infime, ils errent inaperçus et un vide plus grave que le vide, un vide comme le vide du cœur les habite. Ainsi, on peut les savoir là.

     Du moins certains le peuvent, qui, creusés de réflexions sans résultat, n’ont pas réussi à suivre le tracé que le destin leur avait enjoint.

     Ils les sentent, ils les reconnaissent.

     De les accueillir, ce serait trop. Que pourraient-ils, les malheureux ? Ils s’épouvantent les uns les autres.

 

Henri MICHAUX  Épreuves, Exorcismes 1940-1944. nrf. Gallimard. 1978.

 

* : cf. envoi n°431.

22:28 | Lien permanent | Françoise

06.05.2020

Envoi n°431. Henri MICHAUX "Dans la grande salle". 1.

                         

 

                                         DANS LA GRANDE SALLE

 

     C’est dans une grande salle, et pourtant comme jetée aux quatre vents.

     Les grands hurlements du Monde, on veille à ce qu’ils y entrent, mais pas trop, pas entiers.

     Cependant, à l’intérieur, les esclaves délibèrent qu’on appelle maîtres.

     Dehors la foule libre s’esclaffe de gaieté, de moqueries ou bien elle crie sa fureur.

     Cependant, à l’intérieur, les esclaves délibèrent qu’on appelle maîtres.

     Dans la salle, tout en délibérant, l’un d’eux capte un mot venu du dehors, une exclamation, la fin d’une phrase, un écho incertain arrivé entre les mille vagues du hasard.

     Alors inquiets, flottants, pliés, les informes de l’intérieur redélibèrent précipitamment, et la situation incessamment renouvelée par les mots intempestifs ne reçoit pas sa solution.

  •  

(…)

                     Henri MICHAUX Épreuves, Exorcismes 1940-1944. nrf Gallimard. 1978.

22:35 | Lien permanent | Françoise